Dettori : « <span class="highlightSearchResult">Enable</span> m’a touché en plein cœur »

Courses / 12.10.2020

Dettori : « Enable m’a touché en plein cœur »

Par Franco Raimondi

La sagesse a pris le dessus. Lundi matin, Juddmonte, via une déclaration de son Pdg, Douglas Erskine Crum, a annoncé la retraite de la championne Enable (Nathaniel) : « Après avoir consulté son entraîneur, John Gosden, et son racing manager, Teddy Grimthorpe, le prince Khalid Abdullah a décidé qu'Enable ne courra plus et partira pour sa carrière de poulinière chez Juddmonte où elle sera saillie par Kingman. »

Enable a gagné à quinze reprises en dix-neuf sorties. Son palmarès compte onze Grs1 : trois King George and Queen Elizabeth Stakes, deux Qatar Prix de l'Arc de Triomphe, deux Yorkshire Oaks, les Oaks, les Irish Oaks, les Eclipse Stakes et le Breeders' Cup Turf ! Elle a décroché 10.724.300 £ (11,81 M€), le record pour un pur-sang entraîné en Europe.

John Gosden, qui a façonné la championne, a dit : « Enable prend sa retraite heureuse et saine, après une carrière extraordinaire. Toute l'équipe de Clarehaven Stable a eu le privilège de s'en occuper pendant cinq ans. Nous avons pu apprécier sa force de caractère et son talent. » Teddy Grimthorpe a ajouté : « Elle a donné beaucoup de plaisir à tous ceux qui ont travaillé avec elle. Son élégance et sa puissante personnalité ont été nourries par John et toute son équipe, surtout par Imran Shahwani, qui s'en est occupé avec dévouement depuis son arrivée. Frankie Dettori a trouvé en elle une partenaire prête à tout donner en course. »

Trois ans et demi inoubliables. Lanfranco Dettori, justement, a monté beaucoup de champions mais le feeling qu'il a trouvé avec Enable était à part. Il nous confie : « Dubai Millennium et Golden Horn, pour ne citer que ces deux-là, ont fait des choses incroyables lors de leurs grands jours mais avec Enable, j'ai rêvé pendant trois ans et demi ! On a eu un lien exceptionnel, je n'ai jamais eu un rapport si fort avec un cheval. Même avec des champions, il arrive qu'on partage des grands moments mais quand ils quittent l'écurie, on est déjà avec un autre cheval… Avec elle c'est différent. Enable m'a vraiment touché en plein cœur. C'est peut-être parce que je me fais vieux et que je suis devenu sentimental ! Elle est arrivée à un moment spécial de ma carrière et m'a poussé à faire encore mieux. Une championne comme elle t'apprend beaucoup de choses. »

Les King George 2019, presque sans cravache. Le pilote italien détache deux courses. En premier lieu, sa plus belle victoire : « Pas de doute, son deuxième succès dans les King George est le plus beau de sa carrière. Elle a gagné une course impossible, dans laquelle elle avait le droit d'être battue sans rougir. Elle a voulu gagner : tout le monde m'a demandé comment j'ai pu gagner une course de ce niveau, d'une encolure et avec un seul coup de cravache. Il ne fallait pas en donner deux, la cravache peut motiver un cheval à la lutte mais Enable se motivait d'elle-même ! Quand elle était à la lutte, elle voulait gagner. Ce jour-là, à Ascot, elle a battu un super cheval comme Crystal Ocean et avait laissé à deux longueurs Waldgeist, un grand gagnant d'Arc. Une super performance pour une jument de 5ans. »

Le premier Arc gagné aux Grandes Écuries. La victoire la plus facile a eu pour cadre la France et Lanfranco n'a pas le moindre doute : « Son premier Arc, celui couru à Chantilly, fut son succès le plus désinvolte. Elle avait course gagnée aux Grandes Écuries. Enable, à 3ans, était au sommet de son art. Sur 2.400m elle était tout simplement imbattable. Ce jour-là, Ballydoyle avait cinq partants et ils ont cherché à nous mettre dans la boîte mais c'était impossible. Elle avait placé deux accélérations et peut-être en avait-elle gardé une troisième en cas où… Sa saison de 3ans a été exceptionnelle : avant l'Arc elle a gagné coup sur coup les Oaks, les Irish Oaks, les King George et les Yorkshire Oaks en 83 jours. Et surtout elle avait remporté le classique au Curragh et les King George avec seulement deux semaines entre les deux courses. »

Quatre fois favorite dans l'Arc. Au chapitre des regrets, il y en a un seul, le coup de trois raté dans l'Arc de Triomphe. Lanfranco Dettori n'en veut pas à sa chérie : « Il faudrait un historien des courses pour savoir si un cheval a couru quatre fois l'Arc de Triomphe avant elle mais je peux parier les yeux fermés qu'aucun cheval n'a été quatre fois favori dans l'Arc ! C'est quelque chose, n'est-ce pas… La défaite de cette année, je l'ai déjà oubliée. Une course terrible, tout a joué contre elle et c'est dommage car John Gosden et toute l'équipe ont fait un magnifique travail pour l'avoir au top. Celle de l'année dernière m'avait fait mal. C'était une course qu'on pouvait gagner, même dans un terrain qui l'a gênée. Je continue à penser que l'open stretch nous a coûté le succès. »

Et maintenant ? Toutes les belles histoires ont une fin. Mais que va faire Lanfranco Dettori sans Enable ? « Je vais continuer mon métier, même sans ma championne chérie. Samedi, il y a le Champions Day à Ascot. Ensuite je passerai huit jours de vacances chez moi pour la mise à pied dont j'ai écopée dans le Qatar Prix Marcel Boussac. Le prochain déplacement sera en principe à Keeneland pour la Breeders' Cup. Je dois monter Campanelle (Kodiac) dans le Breeders' Cup Juvenile Fillies Turf (Gr1) et New Mandate (New Bay) dans la course pour les poulains. J'espère aussi récupérer quelques montes supplémentaires, surtout dans les courses sur le gazon. Je devrais partir à la dernière minute et rentrer après les courses. Je pense que la Japan Cup et les courses de Hongkong, je les regarderai à la télé. C'est une saison spéciale, j'ai très peu monté et le rêve d'Enable m'a beaucoup aidé. Il faut penser à l'avenir : cette année, je voulais faire une grande fête pour mes cinquante ans, ça sera plutôt par Facetime où Zoom… »