TRIBUNE LIBRE : les bons chevaux doivent être soutenus

Courses / 01.10.2020

TRIBUNE LIBRE : les bons chevaux doivent être soutenus

Par Gilles Barbarin, propriétaire, pronostiqueur, turfiste et observateur des courses

« Je voudrais réagir à la tribune libre de Jean-Claude Rouget parue dans Jour de Galop en date du 29 septembre 2020 et dire que je partage bon nombre de ses remarques. Pourtant, nous n'évoluons pas dans la même catégorie. Je ne suis qu'un propriétaire averti, un turfiste et pronostiqueur modeste mais, également et surtout, un observateur des courses, un passionné d'épreuves hippiques depuis mon enfance. Comme lui, je suis inquiet de la tournure que prennent les courses de galop en France et de leur compétitivité. Sans doute encore plus inquiet pour l'obstacle, mais là n'est pas l'objet du débat de ce jour.

La France, un système de base merveilleux. Que font ses collègues, jeunes et moins jeunes ? Pourquoi ne réagissent-ils pas et laissent quelques personnes faire pression sur France Galop ? Que font également les éleveurs, propriétaires ? Je ne parle pas des entraîneurs-propriétaires. D'ailleurs, parenthèse, je trouve malsain qu'un entraîneur soit propriétaire de ses chevaux. Le rôle d'un entraîneur est (à mon humble avis), d'entraîner les chevaux dont il a la responsabilité, établir un prix de pension en fonction de ses diverses charges et en tirer un bénéfice plus ou moins important. Il doit aussi veiller au bon recouvrement des pensions. Cela dans un monde parfait. S'il veut être propriétaire de ses pensionnaires, alors il ne doit pas se plaindre lorsque l'écurie est victime d'un virus ou lorsqu'une pandémie comme celle que nous avons vécue (arrêt des courses du 17 mars au 11 mai) se déclare.

En France, avec le PMU, nous avons un système merveilleux et des recettes qui alimentent les allocations. À tel point que nos voisins (allemands, britanniques, espagnols, belges, italiens...) participent de plus en plus à nos différentes épreuves. Et ce n'est que le début ! Il ne faut pas être devin pour le prédire.

Il faut encourager les bons chevaux. Par ailleurs, le système actuel n'encourage pas à avoir des éléments corrects. C'est le cas pour les 2ans mais aussi pour les autres générations. Il est souvent plus rentable d'avoir un vieux cheval (4ans et plus) en 27 qu'en 42.

Il suffit de comparer les allocations des classes 2 en courses premium : 11.000 € pour le gagnant. Exemple, le 27 juillet à Compiègne, une course à conditions a servi de support aux paris Quinté. Skazino (46 de valeur, excusez du peu) a triomphé et c'est tout sauf un mauvais serviteur. À côté de cela, 9.500 € seront versés au futur lauréat du Prix de la Thève, un handicap disputé le 6 octobre 2020 à Chantilly pour des chevaux de 5ans et plus ayant une valeur égale ou inférieure à 27. Dans quel monde vit-on ? Par conclure, ces bons chevaux ont peu d'épreuves à leur disposition, à tel point qu'Harmless (vainqueur de Listed cet hiver à Cagnes) et autre Dalvini ont couru un gros réclamer le 18 septembre à Chantilly. Pourquoi ? Non pas que leurs entourages n'en voulaient plus mais uniquement car le programme ne leur offrait guère d'occasions de "prendre de l'argent".

Des réclamers trop dotés en proportion ! Parlons justement des réclamers. Ces épreuves sont en nombre important et remarquablement dotées, trop dotées. À tel point que certains entourages en font un commerce. Entre les défenses excessives qui coûtent, certes, dans un premier temps mais sont tout bénéfice dans un second temps quand pas de bulletin contre. Il est évident qu'il faut diminuer le nominal de ces courses, mais il me semble vital également d'en réduire le nombre, et ce pour chaque tranche d'âge. En revanche, pourquoi ne pas créer des courses à conditions pour différentes catégories de chevaux, pour chaque tranche d'âge avec une surcharge en fonction des gains des 12 derniers mois (ou autre) ? Des épreuves pour des inférieurs à 43, à 40, à 37, à 34 et ainsi de suite. Je suis persuadé que les partants seraient en nombre et que le turfiste aurait plaisir à étudier. Je serais le premier à faire le papier des épreuves alors qu'au point de vue "jeu", les moins de 23 m'insupportent. Quel "vrai" joueur a le plaisir de plancher dans les handicaps où ils évoluent ? Je n'en connais aucun. À ceux qui vont me rétorquer que ces handicaps font la recette, je vais leur répondre qu'à part les joueurs de numéros formatés par le PMU via le numéro plus ou les Spot, ils n'existent pas. Ce n'est surtout pas le noyau dur de notre clientèle, celle qui constitue le socle de l'édifice.

Revenir à une valeur plancher de 20. Il me semble essentiel de revenir à une valeur plancher de 20 et je suis large. D'ailleurs, la colonne des propriétaires est souvent la même, dans cette petite catégorie, que celle des entraîneurs. Quel plaisir, d'un point de vue sportif, ont leurs responsables à se lever quotidiennement, à l'aube, pour s'en occuper ? Ces braves chevaux (pour la plupart d'un certain âge) seraient aussi bien dans un pré à faire, le cas échéant, le bonheur d'une cavalière.

Oui, je sais ! En France, dès que nous touchons à quelque chose, c'est la grogne et les gens envahissent les rues. Et oui, je vois d'ici la levée de boucliers, à la lecture de ces lignes mais j'assume mes propos.

Pourtant, j'ose espérer que ceux qui dirigent le Galop en France prêteront attention aux remarques de Jean-Claude Rouget et éventuellement aux miennes. Et que la majorité silencieuse se manifestera face à la bruyante minorité. »