Christophe Lemaire : « La meilleure, c’est Almond Eye ! »  

International / 29.11.2020

Christophe Lemaire : « La meilleure, c’est Almond Eye ! »  

Trois petites heures après son succès dans la Japan Cup, en selle sur sa jument de cœur, Almond Eye (Lord Kanaloa), Christophe Lemaire a répondu à nos questions, en direct d’une gare tokyoïte, avec sa simplicité et son analyse acérée habituelles.

Par Emmanuel Rivron

Jour de Galop. – Comment avez-vous abordé ce dernier rendez-vous avec Almond Eye ?

Christophe Lemaire. – Je l’ai abordé avec beaucoup moins de pression que le Tenno Sho car Almond Eye avait ce jour-là battu le record de Grs1 dans le circuit J.R.A. Son histoire était déjà écrite. Cela dit, comme une finale de Coupe du monde, une Japan Cup, ça se gagne ! De plus, inscrire une deuxième Japan Cup à son palmarès pour sa course d’adieu, c’est extraordinaire. Durant l’avant-course, j’ai essayé de profiter au maximum sur le dos d’une telle crack. Après, il faut monter avec pertinence et sérieux.

Racontez-nous justement le parcours que vous avez offert à Almond Eye pour la dernière course de sa carrière…

Elle est très bien sortie des boîtes, ce qui était un bon point. J’ai donc pu la placer près de la tête. Même si nous n'avons pas été couverts dans le premier tournant, nous ne faisions pas trop d’efforts. Après, avec le fuyard Kiseki (Rulership) devant, le train était assuré et j’ai pu prendre la roue de Glory Vase (Deep Impact) qui, pour moi, avait une bonne chance. J’étais vraiment content de ma position. Il n’y avait plus qu’à patienter, attendre le bon moment, sans se précipiter surtout. Cela a été un réel plaisir car il n’y a pas eu d’à-coups. Je n’ai pas eu de moment de doutes, de peur d’être enfermé : ç'a a été vraiment limpide. J’ai eu la course rêvée !

Avez-vous quand même été inquiet par l’avance prise par le fuyard, Kiseki, deuxième de la Japan Cup 2018 ?

Non, pas vraiment car, pour le coup, il allait vraiment trop vite. Et je connais le cheval. Quand Kiseki a jeté son feu, il s’arrête vraiment. Dans la première Japan Cup gagnée avec Almond Eye, j’étais à trois ou quatre longueurs de Kiseki. Autant le jockey arrivait à bien le tempérer ce jour-là, autant, là, je voyais qu’il était difficile d’aller au bout comme cela, surtout que, juste derrière lui, il y avait des chevaux comme Glory Vase, Almond Eye et autres. Il y avait du beau monde pour aller le chercher.

Dans la ligne droite, on a l’impression que vous avez pris votre temps avant de sortir du sillage de Glory Vase…

Absolument. Il ne fallait pas sortir trop tôt. Malgré tout, la ligne droite de Tokyo est quand même longue puisqu’elle fait 500m et monte un peu à mi-ligne droite. La course est allée sur un très bon rythme et ça peut donc se payer à la fin. De plus, je sais que, derrière moi, j’ai des chevaux qui ont de bonnes pointes de vitesse. Il fallait être dans le bon timing, cadencer Almond Eye, sans lui demander tout d’un coup. Après elle a fait la différence sur son accélération. Elle a cette action particulière, cette façon d’envoyer les jambes devant qui est assez hors du commun. Non seulement elle envoie très fort les jambes devant mais elle pousse également très fort de derrière. Au moment où elle accélère, elle met tout le monde en surrégime. C’est la classe à l’état pur.

D’autant qu’elle remporte une édition d’anthologie…

Carrément ! Elle affrontait deux chevaux de la Triple couronne, Contrail (Deep Impact) et Daring Tact (Epiphaneia) qui arrivaient invaincus, ce qui n’était presque jamais arrivé. Ils se retrouvaient dans la même course face à Almond Eye qui avait aussi gagné la Triple couronne. C’était du lourd et cela restera dans les annales. Les deux autres courent très bien mais la meilleure a gagné et la meilleure, c’est Almond Eye !

Quelle était l’ambiance ce dimanche à Tokyo ?

On était en petit comité avec 4.000 personnes, dont mon épouse, Barbara, et quelques amis. Ce n’était pas hystérique, comme cela peut l’être parfois quand il y a 100.000 personnes. Par contre, j’ai senti une grosse reconnaissance de la part des fans et du public. C’était vraiment de l’admiration pour Almond Eye. C’était beau. Avec toutes les sollicitations, je n’ai pas pu prendre de temps avec la jument après la course mais je n’y manquerai pas lors d’une prochaine occasion.

Est-ce la plus belle des trois Japan Cups que vous avez remportées ?

Elles sont toutes belles et je ne veux pas en détacher une plutôt qu'une autre. Vodka (Tanino Gimlet), avec laquelle j’ai remporté ma première Japan Cup, était également une jument extraordinaire. C’est toujours différent, mais ce qui compte pour moi, c’est cette histoire avec Almond Eye. C’est incroyable de toucher un cheval comme elle. C’est juste fabuleux la longévité qu’elle a eue. J’en ai monté des top 2ans, des top 3ans mais rester au haut niveau sur trois années comme cela, remporter neuf Grs1 sur 1.600m, 1.800m, 2.000m ou 2.400m, c’est exceptionnel. Je ne revivrai certainement pas cela. On va maintenant pouvoir partager cet événement avec amis et famille à la maison.

Ce dimanche, vous venez d’égaler votre record de Grs1 en une saison (8). Vous semble-t-il possible de le battre ces prochaines semaines ?

ll reste encore quelques Grs1 dans lesquels j’aurais forcément de moins bonnes chances. Je monterai toutefois quelques 2ans et surtout Fièrement (Deep Impact) dans l’Arima Kinen. Il a super bien couru dans le Tenno Sho, en terminant deuxième d’Almond Eye. On peut dire que la ligne est bonne !