Dominique Le Breton, un autodidacte passionné

Courses / 26.11.2020

Dominique Le Breton, un autodidacte passionné

Au milieu des casaques de Messieurs Detré, Papot ou Pilarski, celle de Dominique Le Breton s’élancera dans le Prix La Haye Jousselin (Gr1) ce dimanche. Cet entrepreneur du Maine-et-Loire voit ainsi récompensées sa passion et son implication dans la filière cheval.

Par Emmanuel Rivron

Jour de Galop. – Votre casaque noire et bleu s’illustre depuis de nombreuses années, dans l’Ouest de la France notamment. Depuis quand êtes-vous propriétaire ?

Dominique Le Breton. – Cela doit faire 35 ans environ que mes couleurs sont dans les pelotons puisque j’ai dû prendre ma casaque vers mes 30 ans. J’ai toujours aimé les chevaux et, quand j’étais adolescent, je voulais devenir jockey. Mes parents ne souhaitaient pas en entendre parler mais ils ne m’empêchaient pas d’aller aux courses à Craon, Segré, Le Lion-d’Angers. J’étais turfiste sans être un gros joueur. Après avoir mis fin à ma première carrière de cuistot, j’ai créé ma société et c’est à ce moment-là que j’ai pris mes couleurs. C’est vraiment un plaisir d’être propriétaire. Gagner une course, même en province, apporte une grande joie. Les chevaux nous font rêver.

Comme vous fait rêver Blasimon sans doute.

Le fait de tomber sur un cheval comme Blasimon (Soave) qui peut courir un Gr1, c’est génial ! Personne n’en avait voulu pour 3.000 € lors d’une vente Osarus. J’ai beaucoup de chevaux avec David Lumet qui m’a dit un jour qu’il lui restait des parts disponibles sur ce cheval. J’en ai donc pris un bout avec bonheur puisqu’il vient de gagner une Listed (Prix Général Donnio) [Dominique Le Breton en partage la propriété avec François Nicolle,  Jamonieres élevage du Cellier & David Lumet, ndlr] C’était vraiment le top ce jour-là. Pour dimanche et ma première participation à un Gr1, je signe de suite pour une quatrième place. Il y a quand même trois, quatre chevaux qui devraient finir devant nous. Je vais vivre ma première participation à un Gr1 devant la télé. C’est frustrant mais c’est comme ça.

On voit surtout vos couleurs en obstacle. Pourquoi cela ?

L’obstacle, c’est ce qui me fait vibrer le plus mais j’ai aussi un bon cheval de plat, Meandro (Gris de Gris), spécialiste de Pornichet. J’ai déjà eu des trotteurs comme L’Épi d’Or (Bon Conseil) qui avait pris pas mal d’argent. Avec Jean-Yves Michel, mon ami et associé pour l’élevage, j’étais également naisseur de Nègre du Digeon (Urfist des Prés), en compagnie de Pierre Forgin. Il était très mauvais à 3ans avant d’être castré et transformé au monté. Il a été longtemps l’un des bons chevaux de Vincennes et a couru jusqu’à 9ans.

Le partage des émotions est un facteur important quand vous investissez apparemment, n’est-ce pas ?

J’ai toujours 17 chevaux à l’entraînement, mais pas beaucoup tout seuls. Souvent, je m’associe avec des personnes que je ne connais même pas. À de récentes ventes, Mikaël Mescam m’a d’ailleurs placé sur des chevaux sans que je sache avec qui je suis associé. C’est ça qui est sympa. On découvre d’autres personnes, d’autres mondes. Je suis notamment associé sur la sœur de Master Dino (Doctor Dino), Mind Glory (Martinborough).

Quel sorte de propriétaire êtes-vous ?

J’aime bien dire mon avis mais c’est bien sûr le professionnel qui décide. À vrai dire, j’adore étudier les engagements de mes chevaux. Le livre des programmes, c’est ma Bible ! J’ai toujours le nez là-dedans et je connais donc bien les courses qui se présentent à mes protégés. C’est plus facile pour moi avec une petite dizaine de chevaux qu’un entraîneur avec tout son effectif.

Faites-vous toujours de l’élevage ?

J’ai arrêté car, en tant qu’éleveur sans sol, ce n’est pas facile. J’ai quand même eu une bonne poulinière, Rose Béryl (Lost World). Elle avait notamment produit Clarcam (Califet) qui a gagné plusieurs Grs1 Outre-Manche.

Vous êtes chef d’entreprise, propriétaire, avez été éleveur mais avez été aussi impliqué dans la Société des courses de Segré (49). Racontez-nous cette expérience.

J’y ai été vice-président pendant 5 ans. Avec l’équipe, nous avions commencé à agrandir les étangs. À mon avis, avoir un bon champ de courses passe d’abord par les pistes. Nous avons ensuite refait les vestiaires ainsi qu’une salle pour l’accueil du public. Je pense qu’il est indispensable de créer des animations sur les hippodromes. Les courses ne se suffisent pas à elles-mêmes. Les spectateurs doivent en ressortir en étant heureux de leurs après-midis et en ayant envie de revenir.

Photo : Blasimon, un élève de Christophe Jouandou