Stéphanie Nigge prend son envol

Autres informations / 20.11.2020

Stéphanie Nigge prend son envol

Stéphanie Nigge prend son envol

Après avoir été associée avec son père, Stéphanie Nigge a décidé de voler de ses propres ailes en début d’année. Elle a connu, comme tous ses confrères, une année particulière. Mais cette saison a été bien remplie et couronnée de succès. L’avènement de Normandy Bridge en est le parfait symbole.

Par Emmanuel Rivron

Jour de Galop. - Pourquoi s’installer entraîneur en 2020 à 33 ans ?

Stéphanie Nigge. - J’ai la chance d’avoir des parents entraîneurs et qui font de l’élevage à la maison. Je me suis donc toujours occupée des chevaux avant et en rentrant de l’école. En fait, les chevaux ce n’est pas un travail. Évidemment, c’est très dur mais c’est ce que j’aime. Franchement, je ne me voyais pas faire autre chose et mes parents ne m’en ont jamais dissuadé. Après mes études, je suis partie à l’étranger découvrir de nouvelles méthodes. Je suis allée en Allemagne, à Dubaï, à Hong Kong et en Australie. J’ai beaucoup voyagé surtout grâce à Américain (Dynaformer), entraîné par Alain de Royer Dupré. J’y suis restée un an et y ai fait de belles rencontres. J’ai adoré observer les différentes méthodes de travail que je trouve vraiment intéressantes et souvent différentes de celles que l’on connaît en France.

Au quotidien, quelle est votre méthode de travail ?

Comme les Australiens, j’utilise beaucoup le marcheur. Les chevaux n’y ont pas de poids sur le dos et se déplacent à une vitesse très tonique. Je trouve que c’est mieux pour eux. Quand j’ai un cheval qui a travaillé, il va au marcheur le lendemain et on l’emmène à la piste uniquement pour brouter de l’herbe pendant une demi-heure. Psychologiquement, c’est hyper important car ça leur permet d’associer la piste au plaisir. Au quotidien, tous mes chevaux sortent une heure et demie, même ceux qui sont tardifs et au ralenti. Je crois que c’est très important pour eux, pour les aider à trouver du plaisir et à progresser.

Beaucoup de nationalités sont représentées dans votre équipe. Quels en sont les apports quotidiens pour l’écurie ?

Je suis moi-même de nationalité allemande et mon équipe est effectivement constituée de diverses nationalités. C’est assez agréable de parler plusieurs langues au quotidien. Cela facilite le respect et la tolérance les uns envers les autres.

Pourquoi Deauville ?

Au retour de mes expériences étrangères, j’ai eu la chance de passer ma licence et d’être associée à mon père pendant cinq ans à Deauville. Je préfère entraîner sur un hippodrome que j’aime et que je connais très bien. J’aime également emmener mes chevaux à la plage. À Deauville, les haras où les chevaux vont au repos sont tout proches. Le bien-être du cheval est primordial pour moi.

Quelles sont les actions concrètes que vous mettez en place pour leur bien-être ?

Il faut tout faire pour que les chevaux éprouvent du plaisir à courir pour nous. Ils vont au moins un mois sur douze au champ. On a la chance d’être en Normandie. J’ai beaucoup de bons professionnels avec lesquels je travaille, comme Arcadia Élevage, le haras du Thenney ou Chevotel. Par exemple, Karlarina (Le Havre) est partie quatre semaines au champ pour la récompenser après sa victoire. Je trouve cela vraiment très important.

Pour votre première année d’exercice, vous avez connu une belle réussite, notamment avec vos 2ans. Comment l’expliquez-vous ?

Au début de l’année, on est partis avec trente-cinq chevaux, dont une bonne douzaine de 2ans. J’appréhendais un peu cet état de fait. Le confinement leur a été bénéfique. Ils se sont déclenchés avec le temps. J’ai remarqué que, quand les chevaux sont équilibrés et bien dans leur tête, ils se préparent très vite. Un Normandy Bridge (Le Havre), un Millebosc (Le Havre) ou une Vrigny (Le Havre) étaient prêts en trois à quatre semaines, mais on a attendu qu’ils soient bien équilibrés, bien dans leurs jambes et dans leur tête. Il faut que les fondations soient bonnes et, après, cela suit son cours. C’est à nous de ne pas faire d’erreurs, de prendre notre temps. Après, la qualité est là ou non.

Où en est justement le doué Normandy Bridge ? Comment a-t-il récupéré de sa deuxième place dans le Critérium International ?

Le plus facile aurait été de le ranger et de le laisser tranquille jusqu’à l’année prochaine après ses deux premières victoires. Je voulais qu’il ait une expérience supplémentaire pour ne pas le bousculer en 2021. Si la rentrée n’est pas bonne au printemps, cela ne met en confiance ni le cheval ni son entourage. Dans le Critérium International, Gr1 bien fourni, nous ne voulions pas aller devant mais il est sorti très vite. Quand les autres sont venus l’attaquer, il a pris son bol d’air et il semblait pris de vitesse. Il s’est toutefois ressaisi et a pris la deuxième place au courage. Il a très bien pris sa course et manifeste beaucoup d’entrain et plus de maturité. Il a pris la direction de l’écurie de Rollon où une balnéothérapie l’attend chez les sœurs Kowal. Il retournera à l’entraînement fin 2020 ou en début d’année prochaine.

Justement, quel est votre souhait pour 2021 ?

Que nos chevaux et notre équipe passent un bon hiver et que l’année prochaine confirme tous nos espoirs.