Bipolaire, un destin d’exception

Courses / 01.12.2020

Bipolaire, un destin d’exception

Par Alice Baudrelle

La nouvelle a été confirmée lundi soir par François Nicolle sur les réseaux sociaux : l’AQPS Bipolaire (Fragrant Mix), trois fois lauréat du Prix La Haye Jousselin (Gr1) en 2017, 2018 et 2019, ne courra plus. Le beau gris était le grand absent de l’épreuve dimanche dernier, après une blessure au boulet. Sa dernière sortie s’est soldée par une chute dans le Grand Steeple-Chase de Paris (Gr1), le 18 octobre : une performance bien loin de refléter le champion qu’il est. Bipolaire, c’est 13 victoires – dont quatre au niveau Groupe – et 20 places en 37 sorties, plat, haies et steeple confondus. Performant de 3ans à 9ans, le cheval aura marqué définitivement de son empreinte la butte Mortemart, théâtre de ses plus beaux exploits. 

L’histoire de Bipolaire commence le 27 mars 2011 dans la Nièvre, chez ses éleveurs, Thierry et Jacques Cyprès. Le poulain est le deuxième produit de Kenna (Épervier Bleu), six fois placée en dix sorties en obstacle, qui avait été donnée par Bernard Cyprès à ses enfants. Sœur de Moncadou (Cadoudal), lauréat de la Grande Course de Haies de Printemps (Gr3), Kenna est surtout une petite-fille de Judy (Laniste), à qui l’on doit le crack Ucello II (Quart de Vin), gagnant du Grand Steeple-Chase de Paris à deux reprises… mais aussi du Prix La Haye Jousselin, entre autres.

À 4ans, l’ascension. Bipolaire suscite l’intérêt de Jacques Détré, François Seigneur et d’Edward Walsh, qui se portent acquéreurs du poulain en association avec Thierry Cyprès, lequel en conserve 10 %. Envoyé à l’entraînement chez François Nicolle, Bipolaire débute à 3ans en plat le 27 avril 2014 à Lyon-Parilly, sous la selle de Gaëtan Masure. Après quatre sorties dans la discipline, dont trois places, il effectue ses débuts en obstacle en fin d’année, à Nantes, associé à Thomas Gueguen. Coup d’essai, coup de maître : Bipolaire s’impose de bout en bout, par deux longueurs et demie. À 4ans, il effectue une rentrée victorieuse à Auteuil après dix mois d’absence devant un certain Black Corton (Laverock), futur lauréat de Gr1 outre-Manche. Après des débuts victorieux en steeple à Auteuil, Bipolaire remporte le Prix Triquerville (L) pour sa deuxième sortie seulement dans la discipline, face à des chevaux bien plus expérimentés. Un mois plus tard, il subit sa première défaire en obstacle en terminant quatrième d’un Prix Morgex (Gr3) survolé par So French (Poliglote).

À 5ans, la révélation. De nouveau tenu éloigné de la compétition durant dix mois, Bipolaire attaque son année de 5ans par une troisième place sur les haies d’Auteuil, le 20 septembre 2016. Un mois et demi plus tard, il s’impose dans le Prix Fondeur (L) par dix longueurs pour son retour en steeple, malgré une faute au dernier obstacle : le vrai Bipolaire est là ! Dans le Prix Georges Courtois (Gr2), tout le monde attend avec impatience de le voir affronter pour la première fois ses aînés sur le steeple. Mais le cheval ne peut éviter la chute à la double barrière, alors qu’il luttait pour la victoire.

À 6ans, la consécration. Après deux places au niveau Groupe en début d’année 2017, Bipolaire réalise une ligne droite incroyable pour venir coiffer sur le poteau Winneyev (Goldneyev), dans le Prix William Head (L). Il tente ensuite sa chance pour la première fois dans le Grand Steeple, terminant cinquième. À l’automne, Bipolaire réalise une saison de toute beauté. Gagnant, pour sa rentrée, du Prix Richard et Robert Hennessy (L), il dépose ses rivaux dans le Prix Héros XII (Gr3), sa première victoire de Groupe. Au départ de son premier Prix La Haye Jousselin, le cheval crucifie le triple tenant du titre, Milord Thomas (Kapgarde), et le laisse à quatre longueurs et demie, offrant par la même occasion un premier Gr1 à son jockey, Thomas Gueguen.

Deux mille dix-huit, l’année de toutes les émotions. L’année suivante, Bipolaire monte sur les podiums des Prix Robert de Clermont-Tonnerre (Gr3) et Murat (Gr2), avant de se présenter à nouveau au départ du Grand Steeple. Les rêves de son entourage partent en fumée dès le premier obstacle : Bipolaire tombe sur une simple haie, entraînant dans sa chute le double tenant du titre, So French, ainsi que Roi Mage (Poliglote). François Nicolle, qui nous avait dit quatre jours auparavant « dans le Grand Steeple, tout peut arriver », ne croyait pas si bien dire… Trois semaines plus tard, Bipolaire prend part au Prix des Drags (Gr2), où il refait beaucoup de terrain, mais se heurte à la dureté de la franco-irlandaise Baie des Ȋles (Barastraight). Qu’à cela ne tienne, Bipolaire est meilleur à l’automne ! Il le prouvera en conservant son titre dans la Haye Jousselin, sous la selle de Jonathan Plouganou, qui remporte là son premier Gr1. Le jockey, qui avait hérité de la monte suite à la mise à pied de Thomas Gueguen, revenait de loin après plusieurs coups durs, notamment une grave blessure au bras.

Un triplé historique. À 8ans, Bipolaire attaque l’année du bon pied en s’imposant dans le Prix Hubert d’Aillières (L). Après une troisième place dans le Prix Murat (Gr2), il s’aligne pour la troisième fois au départ du Grand Steeple, où tout se déroule à la perfection. Mais sur le plat, Bipolaire ne peut rien faire contre un Carriacou (Califet) au sommet de son art, lauréat par neuf longueurs. Cette fois-ci, il n’y a pas de regrets. À l’automne, Bipolaire prépare son épreuve fétiche en haies, comme l’année précédente. Quatrième du Prix de Compiègne (Gr3), puis troisième du Prix Carmarthen (Gr3), il entre dans l’histoire en signant un troisième succès consécutif dans la Haye Jousselin, associé à Gaëtan Masure. Un triplé qui fait écho à celui de Milord Thomas, lauréat en 2014, 2015 et 2016. Le seul à avoir fait mieux est le roi Al Capone II (Italic), vainqueur de sept Prix La Haye Jousselin consécutifs ! Pour sa dernière année de compétition en 2020, Bipolaire voit ses plans perturbés, Covid oblige. Après trois troisièmes places sur les haies, il se trompe dans le Grand Steeple au gros open-ditch et éjecte Gaëtan Masure, alors qu’il était bien placé. Le cheval se retire de la compétition en ayant amassé 1.559.815 € de gains, au cours d’une carrière exceptionnelle. Il va manquer à beaucoup de monde, notamment à sa fidèle cavalière d’entraînement Emmylou, mais une retraite heureuse l’attend, dans sa Nièvre natale… Merci pour tout, champion !