Comment une Autrichienne et des chevaux français sont en train d’exploser en Pologne

20.12.2020

Comment une Autrichienne et des chevaux français sont en train d’exploser en Pologne

L’entraîneur Cornelia Fraisl connaît un remarquable début de carrière en Pologne. Elle a réalisé une saison 2020 exceptionnelle, bousculant la hiérarchie locale… en attendant de pouvoir nourrir des ambitions internationales.

La saison polonaise s’est terminée le 22 novembre. L’équipe de Cornelia Fraisl a décroché 44 victoires, terminant deuxième au classement des entraîneurs derrière celle d’Adam Wyrzyk. En raison du Covid, il n’a pas été possible d’aller courir à l’étranger, mais elle envisage ce challenge pour l’année prochaine si la situation s’améliore. Cornelia Fraisl a vu le jour à Salzburg et elle se souvient que sa découverte du cheval ne fut pas très heureuse. Ses grands-parents avaient une ferme avec un poney offert par son père. Elle explique : « C’était le poney shetland typique et têtu. Après avoir mordu la poussière à de multiples reprises, j’ai demandé à mon père de vendre le poney et de m’acheter un cochon d’Inde ! » Le retour vers les chevaux est arrivé une décennie plus tard. Elle consacrait alors l’ensemble de son temps libre à l’écurie de trotteurs du voisinage. C’est en déménageant à Vienne en 1996 qu’elle fut assez proche d’un hippodrome de plat pour poursuivre son rêve hippique. Là-bas, elle commença à monter régulièrement à l’entraînement, avant de prendre une licence d’amateur et d’acheter son premier galopeur.

De jockey à entraîneur. En tant qu’amateur, elle a décroché environ 25 victoires en Autriche et en Hongrie. En 2006, elle a pris une licence professionnelle et compte un total de 208 victoires. En prenant part aux H.H. Sheikha Fatima Lady Rider World Championships, Cornelia Fraisl a eu l’opportunité de monter en Grande-Bretagne, en Suède et en Pologne. Cette expérience en course a été très utile au moment de devenir entraîneur. Elle précise : « Tout particulièrement dans la communication avec les jockeys ou pour trouver la bonne tactique pour chaque cheval. Il m’arrive parfois encore de monter en course, en particulier mes vieux chevaux. Le matin, je monte la plupart des lots. C’est la situation idéale pour moi. Cela me permet de les suivre à l’entraînement, de voir leur comportement… tout simplement de les "sentir". »

En 2020, Cornelia Fraisl est pour la première fois entraîneur public en nom propre, après une décennie en tant qu’assistant de son compagnon, Michal Romanowski, dans leur ferme proche de l’hippodrome de Wroclaw. Elle explique : « J’ai toujours eu les mains libres pour l’entraînement au quotidien. Car quand Michal s’occupait de la partie administrative, je gérais la partie pratique à l’écurie. » Son expérience au trot lui est très utile, notamment en ce qui concerne l’interval training, l'alimentation et le bien-être des animaux. Un séjour en Floride lui a été très utile pour apprendre à faire venir les jeunes chevaux.

L’importance du mental. Pour entretenir le moral des chevaux, Cornelia Fraisl milite en la faveur du maintien des interactions entre animaux, lesquels apprécient l’opportunité de pouvoir communiquer grâce à des façades de boxes ouvertes. Au sujet de sa méthode, elle explique : « Ces derniers temps, j’ai eu l’occasion de voir qu’un cheval doit être heureux pour donner le meilleur en course. Nous essayons donc de les avoir heureux et motivés. Tous nos chevaux vont dehors plusieurs heures par jour, les pouliches et hongres en petits groupes, les poulains tout seuls. Bien sûr, cela représente beaucoup de travail pour l’équipe car il faut les nettoyer lors du retour à l’écurie. Mais comme nos résultats le prouvent, cela vaut la peine. »

Le travail sur le moral passe par la diversité des exercices d’entraînement. Les chevaux galopent sur des pistes naturelles de 1.400m ou de 2.000m. Mais aussi dans un champ de 50 hectares où il est possible d’utiliser le dénivelé naturel. Pour faire progresser les jeunes et pour les travaux avancés, ils utilisent l’hippodrome de Wroclaw. Après le travail, une petite rivière permet de refroidir les jambes des chevaux. Le site dispose aussi d’un marcheur et de stalles de départ, afin que les chevaux puissent les découvrir sans stress.

L’ensemble de ces pratiques porte ses fruits et Cornelia Fraisl poursuit : « Certains chevaux arrivent en provenance d’autres écuries. Et ici, ils changent énormément, notamment en profitant du paddock, en ayant l’opportunité d’avoir des interactions sociales. En allant dans la campagne, ils ne sont pas cantonnés à l’entraînement sur le même anneau. »

Après leur carrière de course, certains partent en endurance, mais cette discipline ne fait pas partie des activités du lieu. Ceci étant dit, Cornelia Fraisl pense que sa méthode d’entraînement facilite la reconversion. Dans le sud de la Pologne, le climat est assez clément. Le site, ancienne propriété de l’État, a été acheté par la famille Romanowski en 1999. Il compte environ 110 chevaux, en tenant compte des poulinières et des plus jeunes, mais aussi de quelques étalons pur-sang anglais, des chevaux à l’entraînement et des heureux retraités.

Au sujet de l’élevage, Cornelia Fraisl explique : « Nous avons un petit nombre de juments pur-sang anglais et pur-sang arabes. Je possède huit juments arabes et il est toujours passionnant de voir les poulains naître et de suivre leur évolution jusqu’à les débuter sous la selle. Si l’un de mes "bébés" gagne une course, c’est toujours une grande émotion. »

Le haras dispose de deux étalons pur-sang anglais qui couvrent une poignée de juments. Le pur-sang arabe Vasyli Kossack (Marwan I) a été vendu en France l’année dernière pour produire en endurance. Les poulinières arabes sont en majorité de souches françaises, croisées avec des courants de sang russes ou polonais, comme Harbin (Eukaliptus) ou The Wiking (Wiking).

La plupart des 55 chevaux à l’entraînement sont des pur-sang arabes. Les quelques pur-sang anglais courent en plat et sur les obstacles. Outre les produits de l’élevage maison, la majorité des pur-sang arabes vient de France. Quelques-uns ont vu le jour en Allemagne ou en Scandinavie.

Cornelia Fraisl entraîne pour de nombreux propriétaires européens et c’est avec fierté qu’elle annonce qu’ils sont de plus en plus nombreux. À ce jour, seulement deux sont polonais. Cela s’explique, selon elle, par le fait que ces derniers préfèrent faire confiance à des professionnels plus expérimentés et basés sur un champ de courses.

Un partenariat fructueux avec l’élevage de Bozouls. Marcel Mezy, de l’élevage de Bozouls, est désormais son principal propriétaire extérieur. Quatre chevaux sont arrivés en février 2018. Cette association a connu de nombreux succès et cette saison, leur nombre est monté à 18, avec 13 victoires à la clé. L’un d’eux, Gatsby de Bouzouls (Muguet de Pascade) a été tête de liste des 4ans pendant une bonne partie de la saison en Pologne, finissant l’année à la quatrième place du classement.

L'entraîneur explique : « Cette coopération fonctionne très bien. Je ne peux pas imaginer meilleur propriétaire. Un vrai homme de cheval qui comprend que tous ne sont pas faits pour les courses, que certains ont besoin de plus de temps et que parfois il y a des accidents. Les chevaux sont bien manipulés lorsqu’ils arrivent et cela facilite beaucoup notre travail lorsqu’il s’agit de les passer sous la selle. Gatsby est un cheval à part. Vous ne pouvez pas lui forcer la main. Il faut le garder de bonne humeur pour qu’il puisse s’amuser en course. Il n’est pas facile à entraîner. Certains jours, il pousse son cavalier dans ses retranchements. Il a une confiance en lui extraordinaire et sait qu’il est un être à part. Mais dans le box, il aime qu’on le câline et sait trouver les récompenses dans vos poches. Il continue à s’améliorer. Je ne pense pas qu’il ait déjà atteint le maximum de son potentiel. Et j’espère vraiment qu’il va rester avec nous pendant quelques saisons supplémentaires. »

Cette année, Gatsby de Bouzouls a gagné trois courses. Il en a remporté sept depuis ses débuts, sur 23 départs, de 1.600m à 3.000m. C’est le meilleur produit de l’inédite Bab Al Shams (Barour de Cardonne) et c’est aussi le plus performant. Son père, Muguet de Pascade (Tidjani), a gagné le Prix Chéri Bibi et fait la monte à l’élevage de Bozouls. Cette année, il se retrouve parmi les étalons tête de liste en Pologne, avec huit lauréats, tous entraînés par Cornelia Fraisl. C’est le cas de Guarf de Bozouls (Gdansk Cup, Gr3PA), un produit de Guarfie de Bozouls (Dormane).