Julien Phelippon tourne la page

Autres informations / 12.12.2020

Julien Phelippon tourne la page

Dimanche, Julien Phelippon va présenter les derniers partants de sa carrière d’entraîneur. Cet homme aux multiples casquettes et au parcours atypique a décidé de s’investir autrement dans la filière.

Par Adrien Cugnasse

L’histoire de Julien Phelippon sort vraiment des sentiers battus. C’est celle d’un parieur de talent qui a eu une autre vie professionnelle (avant les chevaux). Et qui décide de devenir entraîneur public au galop… tout en restant propriétaire de la majorité de ses pensionnaires ! Un pari osé mais qui a bien fonctionné pendant près d’une décennie. Julien Phelippon, c’est aussi celui que tout le monde sollicite : des courtiers l’appellent pour savoir ce qu’il a repéré, certains entraîneurs le consultent pour leurs engagements, les parieurs lui demandent des tuyaux, les élus des conseils et les médias font appel à son sens de la pédagogie !

Un modèle économique qui s’essouffle. Positif mais rationnel, Julien Phelippon nous a expliqué pourquoi Domagnano (Planteur) et Berlin Calling (Dandy Man), dimanche au Croisé Laroche, seront ses ultimes partants : « J’entraîne depuis neuf ans et c’est certainement ce qui m’a procuré le plus de plaisir dans l’univers des courses. Après une bonne saison 2017, j’ai enchaîné sur deux années difficiles, entre virus et conséquences du Covid. L’entraîneur et propriétaire que je suis, au-delà de la passion, doit s’en sortir avec une marge de manœuvre de 20 %. Avec les deux mois sans courses, cette marge a disparu. Être propriétaire des chevaux que l’on entraîne, c’est faire un pari pour l’avenir : celui que son pensionnaire a un espoir en allocations suffisant dans sa catégorie. La tendance pour les chevaux de petites valeurs qui composent mon effectif, c’est un amoindrissement des perspectives de gains. Et cela s’inscrit dans la durée, depuis les baisses de prime aux chevaux d’âge en passant par celle des indemnités de déplacement. Or être propriétaire majoritaire de mon effectif est un choix personnel et, au moment où ce modèle économique devient difficile, on m’offre de belles opportunités par ailleurs. »

Servir les courses autrement. Julien Phelippon poursuit : « J’œuvre depuis janvier 2019 pour la cellule d’optimisation qui fait le lien entre France Galop, LeTrot et le PMU. Il s’agit d’aider à améliorer les enjeux et j’ai eu l’opportunité de renforcer ma position dans ce travail récemment. C’est une tâche passionnante et utile à l’ensemble de la filière. En acceptant d’y consacrer plus de temps, je prenais le risque d’en manquer pour entraîner. Car on le sait, entraîneur, c’est un métier extrêmement exigeant, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Il fallait donc faire un choix. J’ai fait celui de mettre de côté l’entraînement. À la quarantaine, j’ai aussi envie de profiter de la vie autrement. Mais je vais rester un propriétaire assidu et je suis d’ailleurs impliqué dans la création d’une écurie avec des proches. En parallèle, je reste consultant pour les médias et ouvert à toute demande quand il s’agit de promouvoir les courses et le pari hippique. Les courses, c’est ma vie ! Je pense qu’elles ont un grand avenir. Mais il faut que tout le monde aille dans le même sens et accepte que le programme premium se concentre sur les profils d’épreuves et de pistes qui plaisent le plus aux parieurs. Car, quand le PBJ progresse, c’est tout le monde, toutes les catégories, tous les hippodromes et toutes les disciplines qui en profitent. »

Des perspectives. Julien Phelippon conclut : « Le modèle français est le meilleur d’Europe. Peut-être même au monde. Mais il ne faut pas changer les règles en permanence, car c’est un frein à l’investissement. De la stabilité des règles du jeu dépend la capacité à se projeter dans l’avenir. Beaucoup de choses restent à faire. Les prospects parieurs et propriétaires ont besoin qu’on leur consacre du temps. Que l’on fasse preuve de pédagogie. Et c’est à ces conditions que l’on peut les recruter. Je pense qu’il existe de nouvelles professions à développer, que cela soit dans la création et l’animation d’écurie de groupe ou encore dans la pédagogie auprès des joueurs. Deux champs infinis, trop peu explorés en France et pourtant tellement passionnants ! Je tiens à remercier très chaleureusement toute l’équipe qui a accompli un travail formidable depuis neuf ans, d’ailleurs mon responsable Alexandre Dubreuil va passer sa licence en 2021, mes propriétaires, avec une mention toute particulière pour Jean-Pierre Mio et Jean-François Vignion, deux hommes exceptionnels, et bien sûr mon père, la famille Boisgontier, Hervé Naggar et mon partenaire de toujours, Florent Guy. »