Adieu Dalakhani

Courses / 15.01.2021

Adieu Dalakhani

Ras-le-bol de 2020 ! Alors, histoire de tourner la page en beauté, Franco Raimondi vous propose un voyage exceptionnel au pays des cracks. Les vrais. Les purs. Les durs. Symboliquement : 21 champions en écho à l’année (20)21.

Par Franco Raimondi

Au moment où nous avons rédigé la liste des 21 cracks pour oublier 2020, il était encore parmi nous. Mais, au moment où ces lignes sont écrites, il nous a quittés. Dalakhani (Darshaan) est mort vendredi. Et c’était un crack, un cheval connu bien au-delà de la sphère hippique. Assurément, un des galopeurs français les plus connus du grand public.

Dalakhani a toute sa place dans notre panthéon hippique avec 21 places, même si sa carrière n’a pas la saveur d’une aventure exotique. Il a été le classicisme à l’état pur. Les chiffres parlent pour lui. Sa carrière nous ramène au programme de sélection français d’avant le raccourcissement du Prix du Jockey Club (Gr1). Il est le dernier lauréat du Prix du Jockey Club qui a réussi à 3ans le doublé dans l’Arc de Triomphe. Une performance – on a tendance à l’oublier – vraiment exceptionnelle. Après lui, il a fallu patienter dix-sept ans pour voir un gagnant du Derby français gagner la grande épreuve. Mais Sottsass (Pivotal), lui, s’est imposé à 4ans. Au sommet de sa gloire, Son Altesse l’Aga Khan avait déclaré après l’Arc : « Il a une concentration de talents rares. Il doit être exceptionnel, compte tenu du fait qu’il a été champion à 2 et 3ans, sur toutes les distances et tous les terrains, et il a une si belle action. »

Le meilleur rating français depuis 2003

Mais il y a bien que plus tout cela, que les impressions et les images. Son rating officiel en fin de saison 2003 fut de 132. Depuis, aucun cheval entraîné en France n’a atteint ce rating. Dix-sept ans c’est beaucoup. L’art du handicap a évolué, mais nul ne pourra jamais dire que cette valeur de 132 fut usurpée. Le nom de son dauphin – Mubtaker (Silver Hawk) – a été oublié. Mais Dalakhani était invaincu en arrivant au grand jour. Et le troisième, à presque six longueurs, n’était autre que le double gagnant de Derby High Chaparral (Sadler’s Wells). Ce dernier avait remporté les Irish Champion (Gr1) comme préparatoire. Et il s’est ensuite imposé dans la Breeders’Cup Turf (Gr1). Ce dimanche d’octobre, dans un terrain collant, Mubtaker était parti pour la gloire et il fallait un crack pour accélérer dans ces conditions. Dalakhani l’a fait, car il en était un.

C’était écrit

Dalakhani était né pour devenir un astre. Demi-frère de Daylami (Doyoun), rien que ça ! Et il a mené sa mission à bien. Dalakhani a une place à part dans les mémoires hippiques d’Alain de Royer Dupré. Le grand entraîneur nous a confié ce vendredi : « C’était un fils de Darshaan (Shirley Heights), mon premier gagnant du Prix du Jockey Club. Et remporter cette course avec un de ses produits, c’était très bien. Surtout que son père était mort quand lui n’était qu’un yearling. Dalakhani, c’était la classe pure. Il l’a montré tout de suite, en remportant le Criterium International (Gr1) à 2ans. Il a terminé en invaincu sa première campagne : trois courses, trois victoires. Dalakhani n’était pas un gros poulain, il fallait le travailler gentiment, ne pas trop lui rentrer dedans. Et il a aussi été parfait à 3ans. Le cheval a progressé tout au long de ses sorties et il est arrivé au top pour le Prix de l’Arc de Triomphe. »

Au nom du père

Son programme à troisième a été archi-classique : rentrée dans le Prix Greffulhe (Gr2), dernière préparation dans le Prix Lupin (Gr1), à trois semaines du rendez-vous classique. À Chantilly, il s’est promené, dans un bon chrono mais sans puiser dans ses ressources. Une victoire en écho à la grande édition remportée par son père (devant Sadler’s Wells et Rainbow Quest).

Dalakhani n’a pas tout donné dans le Jockey Club, car un autre Derby l’attendait. Il fut crédité de 124 par le Racing Post, un très bon rating pour le French Derby. Dalakhani a donc fait le déplacement au Curragh pour l’Irish Derby (Gr1), où il était opposé à six poulains de Ballydoyle, dont le deuxième d’Epsom, The Great Gatsby (Sadler’s Wells). Les courses irlandaises, c’est presque un autre sport. Et les 2.400m du Curragh représentent un test terrible pour un poulain français. Les O’Brien ont durci la course dès le départ… mais le danger ne venait pas de Ballydoyle.

Une seule défaite, au Curragh

Dalakhani, parti grandissime favori à 0,57/1, a pris l’avantage sans forcer. Mais, dans les 300 derniers mètres, il a trouvé un rival dans son propre camp. Alamshar (Key of Luck) s’est montré plus dur à la lutte et il l’a battu par une demi-longueur. Alain de Royer Dupré se souvient : « Une défaite ne fait jamais plaisir. Mais, dans l’Irish Derby, nous avons été battus par un autre poulain de la maison… Ce jour-là au Curragh, Johnny Murtagh, qui connaît l’hippodrome comme sa poche, a monté une course parfaite. Et Alamshar était lui aussi un poulain de grande classe. » Maître Alain a raison : Alamshar, quatre semaines après, a survolé une édition de haut niveau des King Georges VI and Queen Elizabeth (Gr1) pour s’imposer par trois grandes longueurs devant Sulamani (Hernando), lauréat du Jockey Club 2002 et deuxième de l’Arc de Triomphe.

Un Arc de très haut niveau

La tradition sur la route du Prix de l’Arc de Triomphe est un passage par le Prix Niel (Gr2). Une course transformée en test-match avec le gagnant d’Epsom Kris Kin (Kris S). Dalakhani a fait ce qu’il fallait pour garder une grande longueur d’avance sur Doyen (Sadler’s Wells), le 3ans surprise d’André Fabre. L’Arc de Triomphe a été le sommet de la carrière de Dalakhani. Son entraîneur nous a confié : « Je me répète : gagner l’Arc de Triomphe avec un fils de Darshaan, c’était quelque chose de très émouvant. Entraîner un crack comme Dalakhani a été un privilège, j’étais très attaché à lui. » Le RaceHorses of 2003 avait crédité Dalakhani de 133. Un rating qui le plaçait parmi les grands 3ans qui ont triomphé dans l’Arc après Dancing Brave (Lyphard).

LE PEDIGREE

Tony Morris avait raison, son nom restera

Dans sa page d’analyse publiée par le Racing Post, Tony Morris voyait loin. Très loin. Après son premier succès de Groupe dans le Prix des Chênes (Gr3), il expliquait au sujet de Dalakhani : « Impressionnant lauréat de ses deux courses. Un prospect de Gr1 pour l’année prochaine et un candidat pour le Derby 2003. » Tony Morris, c’est le maître de tous les journalistes de courses et d’élevage. Il avait noté son pedigree dans le détail. Dans les moindres détails même, comme le fait qu’il était un gris qui tendait au bai, au contraire de son demi-frère Daylami. Dalakhani a fait ses débuts à 45.000 € et son prix de saillie est monté à 50.000 € en 2009, la saison qui a suivi les succès classiques de Moonstone (Irish Oaks) et Conduit (St Leger). Deux chevaux issus de sa première génération. Dalakhani est le père de 92 black types, dont 10 vainqueurs de Gr1, dont Reliable Man, lui aussi entraîné par Alain de Royer Dupré. Le Cantilien nous a dit : « Un excellent cheval qui n’avait pas la même vitesse que Dalakhani. Au contraire de beaucoup de chevaux de haut niveau, qui ont disparu des pedigrees, je pense que le nom de Dalakhani va rester. Il a donné des bonnes femelles et il semble devenir un grand-père de mères. » Bien vu, Dalakhani est le père de la mère de Pinatubo (Shamardal), le champion des 2ans en Europe en 2019 ! Selon Bloodhorse, son taux de black types par partants est de 14,8 % dans l’hémisphère Nord à la fin de la saison 2020. À titre de comparaison, une vedette comme Siyouni (Pivotal) est à 14,4 % !

DALAKHANI EN CINQ CHIFFRES

132

Dalakhani a été le meilleur 3ans de la génération 2000. Il a décroché un rating de 132 en fin de saison. Aucun cheval français ne l’a dépassé depuis.

17

Dalakhani a réussi le doublé Prix du Jockey Club - Arc de Triomphe à 3ans. Une performance qui n’a pas encore été reproduite. Mais, 17 ans plus tard, à 4ans, Sottsass l’a fait.

1

En neuf sorties, Dalakhani a connu une seule défaite, dans l’Irish Derby, où il s’est incliné face à l’autre poulain de Son Altesse l’Aga Khan, Alamshar.

10

Dalakhani a produit dix gagnants de Gr1 et quatre classiques, dont son fils Reliable Man, qui a brillé à Chantilly sous la férule d’Alain de Royer Dupré.

9-e

Daltawa (Miswaki), mère de Dalakhani, a produit aussi le classique Daylami. Elle remonte à la famille 9-e, qui a donné au haras de Son Altesse l’Aga Khan cinq autres lauréats de Gr1.