Brexit & Covid : Qu’est-ce qui change ?

Autres informations / 15.01.2021

Brexit & Covid : Qu’est-ce qui change ?

Les horaires des courses changent.

Ce vendredi, France Galop et Le Trot ont diffusé le communiqué suivant :

« L’Institution des courses hippiques adapte les horaires des courses afin de protéger son activité économique. À compter de lundi 18 janvier 2021, et pour une période qui s’ajustera sur celle en vigueur pour le couvre-feu généralisé à l’ensemble du territoire à 18 heures, le départ de la première course française est avancé d’environ 30 minutes. L’horaire de la course support évènement est inchangé. Grâce à la réduction des temps d’intercourses dans la journée, le programme se terminera avec environ 1 heure et 30 minutes d’avance par rapport à l’horaire initial, c’est-à-dire vers 19 heures selon les journées.

Ces mesures permettent l’exposition du programme au plus grand nombre de parieurs hippiques. Elles démontrent, une fois de plus, la capacité des acteurs professionnels et des sociétés de courses à s’adapter et à maintenir leur activité dans le plus strict respect des consignes sanitaires. » On est en droit de penser que la fermeture d’un certain nombre d’établissements à 18 h et la fin des réunions hippiques à cet horaire va avoir un impact négatif sur les paris hippiques.

Brexit + Covid = problèmes transfrontaliers

Depuis le 1er janvier, un accord de commerce et de coopération a été signé entre le Royaume-Uni et l’Europe. Celui-ci sera ratifié au cours de l’année 2021. Mais de nouvelles règles sont d’ores et déjà applicables, notamment au sujet du transport des chevaux. Le process se précise jour après jour, avec encore beaucoup d’interrogations. À ces incertitudes liées au Brexit se sont également ajoutées les contraintes de transport liées à la pandémie de Covid. L’ensemble de ces éléments fait que le transport des juments depuis et vers les îles britanniques est beaucoup plus compliqué. Dans l’attente d’une éventuelle clarification de la situation, les éleveurs français qui veulent faire saillir outre-Manche sont dans l’expectative. Tout comme les Anglais et les Irlandais qui veulent utiliser des sires français, mais dont les juments ne sont pas encore dans l’Hexagone. Les semaines à venir vont donc être déterminantes pour toute une population de poulinières. À l’heure actuelle, la grande crainte réside dans les arrêts prolongés – voire les blocages à la frontière – avec les risques qu’ils représentent pour les juments et leurs produits. Tout en sachant qu’en cette période il n’est pas possible de traverser de France vers l’Irlande en bateau : il faut obligatoirement passer par l’Angleterre, avec toutes les complications associées. À l’heure où nous écrivons ces lignes, Coolmore et Darley n’ont pas encore souhaité prendre la parole. Même les grandes maisons sont dans le flou…

Loïc Malivet : « Nous attendons des réponses »

Loïc Malivet, le président de la Fédération des éleveurs, nous a confié : «  Aujourd’hui, nous ne pouvons pas répondre à toutes les questions liées au Brexit. Nous sommes en relation avec Weatherbys et beaucoup d’autres organismes comme l’IFCE. Nous savons toutefois que les transporteurs auront besoin d’un agrément. Nous pensons qu’il n’y aura pas de fiscalité associée mais il est possible que des cautions soient demandées. Nous sommes actuellement tous dans l’incertitude, avec parfois des éléments un peu contradictoires. Il y a des points à lever. La Fédération, tout comme France Galop mettent tout en œuvre pour éclaircir la situation, en prenant conseil notamment auprès de l’EFTBA (Fédération européenne des associations d’éleveurs de pur-sang) et d’avocats. Nous attendons des réponses. Il n’y a pas d’inquiétude mais il faut absolument que nous ayons des positions claires la semaine prochaine pour pouvoir communiquer. »

Sonia Wittrek : « Des contrôles pour les personnes et les chevaux »

Le docteur Sonia Wittreck est le vétérinaire responsable des départements contrôles et livrets chez France Galop. Elle est actuellement sur tous les fronts, car au Brexit et au Covid vient s’ajouter l’épidémie de rhinopneumonie. Concernant les transports de la France vers l’Angleterre, elle nous a confié : « Toutes les personnes qui accompagnent le cheval doivent présenter un test PCR négatif de moins de 72 heures. Quelles que soient les frontières. Avant le Brexit, les chevaux traversaient librement les frontières au sein de l’espace Schengen, simplement avec un certificat sanitaire. La douane volante effectuait jusqu’alors, éventuellement, des contrôles aléatoires. Désormais, il y aura un arrêt aux frontières franco-anglaises, avec au préalable un contrôle de tout le dossier sanitaire. Il faut envoyer les scans du livret, des vaccins et de la visite vétérinaire qui a lieu normalement dans les soixante-douze heures avant le départ. Au reçu des papiers, le pré-rendez-vous est confirmé par SMS. Les chevaux de sport de haut niveau ont la chance de ne pas descendre du camion si tout est en ordre. Il y a juste un contrôle visuel. »

Christine Barbier : « Plus de temps et de documents »

Responsable d’exploitation service aérien à STH-Hipavia, Christine Barbier nous a dit : « Le Covid se gère au jour le jour. Nous restons perpétuellement informés des demandes faites par les pays dans lesquels nous sommes amenés à faire voyager des chevaux par la route, la mer et par les airs. Chaque mouvement est particulier et les conditions Covid peuvent varier. C’est le cas des tests avant le départ pour nos grooms qui voyagent avec les chevaux en avion. Mais aussi des restrictions territoriales de débarquement dans certains pays. Nous parvenons toujours à trouver une solution pour permettre aux chevaux de se rendre là où ils en ont besoin d’aller. STH-Hipavia est la seule entreprise de transport de chevaux en France abritant son propre déclarant en douane, ce qui facilite la gestion des documents douaniers. Nous sommes agréés OEA (opérateur économique agréé), RDE (représentant en douane) et agent habilité, ce qui rend fluide le traitement de toute nouvelle notification. »

Au sujet du Brexit, Christine Barbier poursuit : « Le Brexit se résume à considérer la Grande-Bretagne comme un pays tiers. Il convient donc de suivre les protocoles mis en place entre l’Europe et la Grande-Bretagne, tant au niveau sanitaire qu’au niveau douanier. Notre service Pays Tiers a une grande expérience des procédures d’import-export. La mise en place d’un transport vers le Royaume-Uni va demander plus de temps, de documents et de certificats qu’en 2020. En cela, il va falloir un peu de compréhension de la part de tous les intervenants. Changer les habitudes n’est jamais simple. Les autorités compétentes, en France et en Grande-Bretagne, ont mis en place de nouvelles règles. Calais possède un poste d’inspection frontalier, ouvert tous les jours de 8 h 30 à 18 h. C’est le passage obligatoire pour toute entrée dans l’Union européenne via la France. À présent, pour venir d’Angleterre, il va falloir passer obligatoirement par les points d’entrée désignés. Un vent de départ a soufflé en décembre dernier et nombre de haras ont décidé de faire voyager leurs chevaux avant la fin de l’année. De notre côté, la "transhumance" des juments pour la saison de monte va reprendre très prochainement. »

Fathi Rojbani : « Faire agréer les véhicules »

Au cœur des transports de chevaux en France et à l’étranger, la STC Horse France effectue entre 250 et 300 passages annuels entre le continent et l’Angleterre. Fathi Rojbani, le directeur, suit les évolutions administratives quotidiennes : « Les contraintes administratives vis-à-vis de l’Angleterre ne cessent d’évoluer. Au jour le jour. Nous venons d’apprendre ce jeudi que les demandes d’agrément pour nos camions sont désormais ouvertes. Pour ce faire, nous devons amener nos camions à vide pour les agréer. Il ne faut pas perdre de temps pour pouvoir reprendre les transports la semaine prochaine. Cela va représenter un coût non négligeable avec 500 à 600 € par véhicule à agréer pour le transport, plus 325 £ pour l’agrément. Avec une dizaine de véhicules, le coût est énorme mais il faut bien passer par là. Pour se rendre en Irlande, il nous est demandé de trouver des écuries agréées en Angleterre pour y faire reposer les juments. Mais comme cette loi est toute récente, aucune écurie n’est encore agréée. Tout est actuellement en train de se mettre en place. »

Une mauvaise surprise pour ceux qui veulent courir en Angleterre

Des doutes demeurent sur la TVA et les droits aux frontières. Il existe également des incertitudes sur les déplacements des foals entre l’Angleterre et l’Irlande. Le process évolue au jour le jour, avec de nouvelles annonces attendues la semaine prochaine. Tout devrait progressivement se mettre en place – au fur et à mesure – d’ici à la saison de monte, qui commence le 14 février. Les incertitudes existent également lors de transport de l’Irlande vers l’Angleterre. Willie Mullins présente ce samedi, à Market Rasen, son premier partant irlandais à courir en Angleterre depuis le Brexit. Et il a eu la désagréable surprise d’apprendre qu’un taux de TVA de 19 % de la valeur du cheval serait appliquée, selon nos confrères du Racing Post. Celle-ci est certes récupérable au bout de quelques mois mais de nombreux chevaux irlandais sont attendus pour Cheltenham, ce qui pourrait s’avérer problématique. Le Jockey Club, propriétaire de Cheltenham, travaille avec les autorités pour faciliter ces mouvements en vue du meeting.

Transport professionnel ou non ?

Pour passer outre-Manche, les camions de transport doivent être agréés, selon le protocole Traces adopté en Europe et en Angleterre. Un service de transporteurs professionnels est donc obligatoire afin de remplir les exigences demandées. Pour passer de Grande-Bretagne en France, le chauffeur devra présenter un résultat négatif d’un test PCR ou de certains types de tests antigéniques datant de moins de 72 h. L’Angleterre exigera également la présentation d’un test négatif de moins de 72 h à compter de ce lundi 18 janvier.

Le cas des poulinières parties en décembre

Afin que leurs produits puissent bénéficier des primes françaises, les poulinières parties outre-Manche doivent y rester au maximum 180 jours. Beaucoup d’éleveurs ont décidé d’anticiper les nouvelles normes liées au Brexit en envoyant leurs poulinières courant décembre. Pour autant, le délai de 180 jours hors de France n’a pas été prolongé, sachant que la saison de monte débutera le 14 février. Un casse-tête et une source d’inquiétude pour beaucoup.

Et l’Allemagne ?

À l’heure où nous écrivons ces lignes, la presse hippique allemande annonce qu’il est possible d’aller courir et faire saillir outre-Rhin en remplissant les documents qui justifient le caractère de déplacement professionnel. Mais la situation change là aussi de jour en jour. Samedi à Chantilly, des chevaux entraînés en Allemagne sont déclarés partants. Dimanche à Dortmund, la réunion de galop accueille des concurrents en provenance des Pays-Bas.