Édouard Monfort : plus haut, plus fort

Courses / 27.01.2021

Édouard Monfort : plus haut, plus fort

Déjà titulaire de quatre victoires depuis le début du meeting d’hiver, le jeune Édouard Monfort n’en finit pas de soigner ses statistiques, excellentes depuis son installation, fin 2018. À la tête d’un effectif qui ne cesse de s’améliorer, ce jeune professionnel méticuleux et réfléchi ne va sûrement pas en rester là. Il incarne cette nouvelle génération d’entraîneurs ambitieuse, tout en restant les pieds sur terre.

Par Emmanuel Rivron

Installé depuis fin 2018, Édouard Monfort n’a pas tardé à se faire un prénom en tant qu’entraîneur. D’une dizaine de chevaux au tout début de sa carrière, le fils de Patrick Monfort a vu son effectif considérablement augmenter ces derniers mois puisqu’il a désormais sous sa responsabilité près de soixante-dix compétiteurs. En colocation avec Mathieu Brasme sur le site d’entraînement de Luché-Pringé (72), appartenant à Guy Henrot, les deux professionnels ont même dû pousser les murs, en construisant tout récemment un deuxième barn. « En soi, c’était un but de voir mon effectif augmenter, analyse Édouard Monfort. Je ne pensais pas que tout irait aussi vite mais je ne vais pas me plaindre. C’est le signe que les résultats sont là et que beaucoup de personnes me font confiance. Maintenant, je pense que je vais garder soixante-dix chevaux en continu. Aux alentours, je peux compter sur de bonnes structures de pré-entraînement qui me permettent de faire un roulement de chevaux et de constituer ainsi mon effectif essentiellement de chevaux prêts à courir. »

Un pourcentage de réussite époustouflant. La méthode semble fonctionner à merveille, avec des statistiques à couper le souffle. En 2020, Édouard Monfort, ingénieur agronome de formation, a effectivement présenté 197 partants avec à la clé 33 succès et 114 places. Soit un pourcentage de chevaux « dans l’argent » de 74,6 % ! En France, seuls Jean-Claude Rouget, Pascal Bary et Alain Couétil ont fait mieux.

Partie en 31,5 de valeur handicap mi-août à Deauville, Eudaimonia (Vision d’État) reflète à merveille la façon de travailler de son mentor, elle qui a su monter les paliers progressivement pour terminer troisième du Prix du Conseil de Paris (Gr2) : « L’optique de l’écurie est d’exploiter au mieux chaque cheval et de ne pas s’amuser à le surestimer. Nous essayons de viser au mieux, en établissant un programme qui permet à chacun de gravir progressivement les échelons, sans griller les cartouches dès le départ. Eudaimonia est la belle histoire de l’année 2020. Nous ne pensions pas la voir atteindre le niveau Groupe. Elle nous a fait extrêmement plaisir, et elle a bénéficié d’un super programme. Elle est montée sur chacune de ses courses. Dans le Prix Fille de l’Air, elle avait été un peu décevante mais peut-être avions-nous couru de façon un peu rapprochée, d’autant qu’elle s’était beaucoup donnée dans le Conseil de Paris. Malgré un terrain très léger, elle n’a pas démérité à Toulouse, terminant sixième, tout près. Elle est au repos actuellement et visera le second semestre. Cette jument de terrain lourd va reprendre de la fraîcheur pour être prête en fin d’année. »

La confiance de grandes maisons. D’ici à ce que cette placée de Groupe soit revue en piste, l’écurie d’Édouard Monfort aura maintes fois l’occasion de s’illustrer, probablement avec des poulains issus d’élevages prestigieux comme ceux de Gérard Augustin-Normand ou des frères Wertheimer : « De belles casaques sont arrivées depuis cet été. C’est un gage de confiance, certes, une réelle satisfaction, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut se relâcher. Je me dois d’être à la hauteur avec de bons résultats. L’arrivée de ces nouveaux chevaux pourrait nous permettre de monter d’un échelon. Cela donne une pression supplémentaire car il faut que nous répondions présent. Il y a une certaine excitation de voir le niveau de l’effectif s’améliorer en qualité. Chez les 2ans, je n’avais jamais eu d’origines comme cette année. Il est un peu tôt pour les juger mais j’ai déjà un piquet de poulains intéressants. »

Des poulains prometteurs. S’il est encore trop tôt pour parler de ces nouvelles recrues de 2ans, Édouard Monfort pourra compter sur des 3ans qui ont montré de la qualité l’année passée, à l’instar d’Intime Dream (Dariyan), victorieuse lors de son unique sortie, à Deauville, l’automne dernier : « Cette très bonne pouliche a eu un petit souci. Nous avons été obligés de l’arrêter mais nous espérons qu’elle va pouvoir être prête pour le printemps, ce qui devrait être le cas si tout se passe bien. C’est une chouette pouliche, sur laquelle j’ai des espoirs. Sotoro (Toronado) est également un bon poulain. Il a mis un petit peu de temps à venir mais il est arrivé à maturité. Il devrait courir une Classe 2 le 12 février sur 1.600m, à Cagnes. Il est très bien et j’espère qu’il va confirmer le bien que l’on pense de lui. Cette prochaine course sera importante pour la suite de son programme. Quant à Breizh Angel (Dabirsim), elle avait débuté victorieusement puis avait terminé cinquième à Deauville. J’ai fait une erreur lors de sa deuxième sortie et je n’aurais pas dû la courir. Elle devrait faire une bonne saison de 3ans. Funny One (Montmartre) a remporté sa seule sortie, au Pin. La ligne est plutôt bonne. Il est revenu récemment à l’écurie et sera vu sur les courses de 2.000-2.400m pour 3ans. Nous verrons ensuite jusqu’où cela nous amène. Il pourrait ensuite aller sur les obstacles, chez son copropriétaire François Nicolle. »

Tammani comme recrue de choix. Parmi l’effectif des vieux chevaux, un nom tape particulièrement dans l’œil, celui d’une nouvelle recrue, Tammani (Make Believe), deuxième du Prix Daphnis (Gr3) l’été dernier : « Il est arrivé début novembre à l’écurie. Il s’annonce intéressant et va bientôt faire sa rentrée à Cagnes-sur-Mer, soit lundi prochain, soit le 10 février. C’est un vrai bon cheval, loin d’être usé. Il n’a couru que deux fois l’année dernière. Il avait eu des petits soucis qui sont derrière lui pour le moment. Je vais pouvoir compter sur lui pour les Listeds ou les Grs3 cette saison. »

Sur les traces de Guy Henrot. Édouard Monfort aurait pu choisir Chantilly, Deauville ou Pau pour s’installer mais il a préféré renouer avec ses racines, lui qui est un adepte des ambiances des hippodromes provinciaux. À tel point qu’il ne fallait pas s’étonner de le croiser sur le très convivial hippodrome de Corlay le 14 juillet dernier, alors que son pensionnaire Wonder Boy (Sepoy) remportait son Quinté à Longchamp. Et c’est donc tout près du Mans, là où Guy Henrot façonnait ses chevaux, qu’Édouard Monfort prépare ses pensionnaires : « Nous nous organisons bien avec Mathieu Brasme pour travailler de façon alternée. Nous bénéficions de deux pistes en sable naturel, une de 1.300m et une autre de 1.800m. Elles sont de très bonne qualité et ont fait leurs preuves. L’endroit est juste incroyable ! Pour ces raisons, cette opportunité d’entraîner dans ce centre m’a semblé la meilleure d’autant que nous sommes géographiquement très bien placés. J’ai mes repères dans l’Ouest, tout en étant non loin de Deauville et de la région parisienne. Il m’arrive également d’aller faire des galops à Pornichet ou ailleurs, pour montrer autre chose aux jeunes chevaux et pour les avancer avant leurs débuts. »

Ingénieur en agronomie avant d’épouser le métier d’entraîneur. Avant de s’installer entraîneur à 30 ans à peine, Édouard Monfort s’est aguerri dans les pelotons des gentlemen-riders, terminant avec plus de 130 succès à son palmarès : « C’est une excellente école pour comprendre les courses, en plus de nous apprendre à connaître tous les profils d’hippodromes. Cela m’a permis de poursuivre mes études et de commencer dans un autre secteur d’activité, chez Joël Séché Environnement, en attendant de me lancer dans les chevaux. Cette expérience m’a appris à gérer une équipe, un budget, des clients et à me rendre compte que les chevaux étaient bien ma voie professionnelle. Au bout de trois ans, j’en avais fait un peu le tour et je ne me voyais pas faire autre chose qu’entraîner les chevaux. C’est un métier passionnant et j’ai la chance que tout se passe bien depuis le début. Il y a des hauts et des bas mais c’est passionnant. Cela me réconforte dans la décision que j’avais prise d’arrêter mon métier d’ingénieur. Quand nous gagnons des courses, il y a une vraie montée d’adrénaline que seuls les chevaux peuvent nous procurer. »

Un casting de choix pour l’apprentissage du métier. Après sa première vie professionnelle, Édouard Monfort a appris auprès des meilleurs. De fait, il est resté six mois au contact de Willie Mullins, un an chez André Fabre puis vingt mois chez Jean-Claude Rouget, chez qui il a sûrement pris goût au meeting de Cagnes, auquel il participe actuellement avec déjà quatre succès à son actif : « J’ai une quinzaine de chevaux cet hiver, contre trois ou quatre seulement l’hiver dernier. J’avais gardé des chevaux frais pour l’hiver et j’apprécie Cagnes, où il y a un bon programme pour les chevaux. Je suis à cheval le matin et je fais quelques aller-retours dans l’Ouest. Certains chevaux ne vont peut-être courir qu’une seule fois mais nous essayons de viser au mieux. »