Florent Guy, en route vers une 15e Cravache

Courses / 23.01.2021

Florent Guy, en route vers une 15e Cravache

Vainqueur de sa 14e Cravache d’or des gentlemen-riders en 2020, Florent Guy n’a pourtant plus été revu depuis sa victoire du 29 novembre à Limoges. Actuellement sur la touche, il revient avec nous sur son remarquable parcours, entre victoires et embuches.

Par Emmanuel Rivron

L’heure du retour à la compétition n’a toujours pas sonné pour Florent Guy. Il souffre du quadriceps depuis le 7 décembre, la faute à une "dérobade" de sa partenaire du jour : une meuleuse ! Joint en pleine séance de kinésithérapie, il nous a expliqué : « J’étais en train de refaire une clôture, quand la meuleuse est venue sur ma jambe gauche. Jane [Soubagné, ndlr] a eu le bon réflexe : elle s’est jetée sur moi et m’a fait un garrot. J’ai vraiment cru que j’allais perdre ma jambe, d’autant qu’on m’a toujours dit qu’elle craquerait un jour. J’ai le quadriceps tranché et je vais avoir droit à quelques séances chez le kiné ! »

En grand habitué des séances de kiné. S’il y a quelqu’un qui connaît les efforts à endurer pour se remettre à cheval, c’est bien Florent Guy, victime d’un grave accident de la route à 18 ans. Plongé deux jours dans le coma, cinq mois cloué au lit, le jeune homme ne sentait alors plus sa jambe et pensait bien devoir tirer une croix sur sa passion : « On se dit que c’est fini quand on se retrouve dans un centre, en fauteuil roulant, avec des jeunes paraplégiques comme moi. Je faisais juste des courses de fauteuil après le dîner. Comme mes parents ne pouvaient pas m’accueillir avec mon fauteuil, mon pote, Philippe Sogorb, venait donc me chercher et mes parents dînaient chez lui. J’allais aux courses avec Philippe le week-end et je rentrais le dimanche soir. Je ne sentais pas ma jambe et je pensais rester handicapé à vie. Une nuit, j’ai rêvé que ma jambe se réveillait. Ce n’était pas le cas, mais c’était peut-être prémonitoire car, trois jours plus tard, j’ai eu des fourmillements. La fracture était tellement complexe qu’il a fallu m’opérer dix fois. J’ai refusé la onzième opération, qui consistait à enlever le clou qui était dans le fémur. Il est possible que ce clou ait dévié la trajectoire de la meuleuse, qui, au lieu de trancher, a contourné l’os. Le chirurgien était très étonné de cette trajectoire. »

Recalé à l’examen des gentlemen. En compétiteur toujours déterminé à monter en course, ce fils de jockey d’obstacle avait pourtant été recalé lors de son premier passage pour devenir gentleman : « J’étais un petit "branleur". Jean Coustères, secrétaire général à l’époque, m’a signifié que j’étais un amateur, pas un jockey. Je me comportais trop comme un professionnel et il me demandait un peu plus d’humilité. Il m’a parfaitement recadré. »

Une belle réussite sur les obstacles. Titulaire de 10 victoires en obstacle en 58 montes en France, le jockey montois a toujours montré une certaine habileté dans cette discipline, même s’il tempère : « Il faut reconnaître que j’ai eu de super chevaux à monter. C’est quand même plus facile. Après avoir gagné ma première course en obstacle, j’avais dit que j’arrêtais. Mais, pour disputer la Fegentri, il fallait que je continue en obstacle. »

Des succès à l’international. En 2010, Florent Guy remporte la Fegentri et peut s’enorgueillir d’avoir gagné aux États-Unis, en Suède, en Norvège, en Angleterre et en Allemagne. S’il ne monte plus en obstacle, il suit toujours la discipline de près : « Tous les ans, ça me titille de courir le Maréchal Foch. Mais un accident est tellement vite arrivé. Je me rappelle notamment une journée à Pompadour. Je refusais de monter en obstacle en province, mais François Nicolle avait beaucoup insisté. Deuxième pour ma première monte de l’après-midi, je m’étais ensuite vautré au quatrième obstacle, avec un arrachement de l’omoplate. J’ai couru en plat juste après et me suis déboîté le bras pendant la course. François Nicolle m’a cramé ma carrière (rires) ! »

Un quatorzième titre, mais pas la même saveur. Titulaire de 438 succès en plat en France, Florent Guy en a enregistré seulement dix en 2020, mais il a tout de même remporté sa quatorzième Cravache d’or des gentlemen : « C’est toujours gratifiant d’être le numéro 1. Mais la saveur était différente au début, quand je bataillais avec les Boisgontier, Monfort, Guimard ou Selter. Il fallait être en forme olympique pour les battre à mi-ligne droite. Au mois de mai, il me fallait au moins dix succès pour croire à la victoire finale ! Le niveau n’est plus le même désormais. Chez les jockeys, comme chez les gentlemen, certains jeunes se voient bons trop tôt. À mon avis, ils n’écoutent pas assez les conseils. Parallèlement, nous montons de moins bons chevaux. Je me rappelle avoir gagné la première course de Be Fabulous (Samum) à Lisieux. Quelques mois plus tard, elle remportait le Royal-Oak (Gr1) ! J’ai aussi eu la chance d’être associé à un gagnant du Cadran, Tajoun (General Holme), à Craon. J’avais été battu par Arnaud Bourgeais sur le poteau. Ce pensionnaire d’Alain de Royer-Dupré était très compliqué. Il s’était arrêté à mi-ligne droite et je me suis ensuite fait la valise avec plusieurs tours de piste au programme ! »

Le record d’Yves Saint-Martin en ligne de mire. Avec quatorze Cravaches d’or chez les gentlemen, Florent Guy est désormais à une longueur du record d’Yves Saint-Martin, légende des jockeys professionnels : « Ronan, "PC" et Barza me gonflent depuis plusieurs saisons pour que j’aille chercher ce record. Je n’ai pas le choix : je vais y aller ! Mais je partirai avec plus de 50m de retard cette saison à cause de cette blessure… » D’ici à ce qu’il remonte à cheval dans quelques semaines, entre deux interviews de professionnels pour Paris-Turf, le bricoleur de service de l’écurie de Jane Soubagné est quasi quotidiennement au bord des pistes de La Teste : « J’y vais un maximum de fois le matin. J’aime être présent. L’effectif est composé de trente chevaux en roulement. Jane veut garder cette notion d’écurie familiale. »