Hugo Merienne : « Nous gagnerions à une européanisation de l’obstacle »

Courses / 23.01.2021

Hugo Merienne : « Nous gagnerions à une européanisation de l’obstacle »

Jour de Galop. – Margaret’s Legacy est l’une des belles impressions du meeting de Cagnes. D’où vient-il ?

Hugo Merienne. – Ce cheval a été élevé par Richard Venn et John Webb. Et il est né le jour de la disparition de la mère de John. D’où son nom, Margaret’s Legacy [que l’on peut traduire par "L’héritage de Margaret", ndlr]. Brian Dunn m’a fait rencontrer John Webb, lequel habite à Monaco. Il m’a proposé d’aller voir son élève – alors au champ près de Chantilly – pour savoir si je voulais le prendre à l’entraînement. Le poulain m’a plu, l’origine aussi. J’aime bien Prince Gibraltar (Rock of Gibraltar). C’était un beau cheval, avec de la taille et de l’amplitude. Nous sommes désormais cinq associés. Outre Brian, John et moi-même, Pierre-Yves Merienne et Laura Gomez ont rejoint l’aventure. Margaret’s Legacy a mis beaucoup de temps à venir. Il a débuté en plat sur 2.400m en juillet à Clairefontaine. Mais le poulain était en dessous de son train et il avait besoin d’apprendre. Une fois arrivé au poteau, Jérôme Claudic n’a pas pu l’arrêter et il fait un tour d’hippodrome supplémentaire ! Lorsqu’il est lancé, Margaret’s Legacy peut galoper des kilomètres…

Pourquoi le courir en Angleterre ?

Nous allons l’engager à Haydock le 20 février et à Kempton le 27 février, avec une préférence pour Kempton. Ses propriétaires sont éleveurs et ils ont encore sa mère : du caractère gras serait bienvenu. Il arrive à maturité maintenant. Le poulain est en superbe forme et n’est pas usé. Il a tout pour bien faire là-bas : le rythme, le train, la classe… L’occasion se présente et, il ne faut pas se leurrer, le black type est plus facile à décrocher chez nous. Margaret’s Legacy a peu d’expérience et les courses de 4ans à Auteuil sont relevées. Autant courir en Angleterre – en tablant sur le fait que nous n’aurons probablement pas de problème de transport d’ici là – plutôt qu’attendre le printemps en France. Nous avons coché l’Adonis Juvenile Hurdle (Gr2) sur le programme de Kempton. C’est le "FR" Solo (Kapgarde) qui l’a gagné l’an dernier pour sa première sortie anglaise. Kempton a un profil qui n’est pas trop difficile pour un jeune cheval généreux comme Margaret’s Legacy, contrairement à Cheltenham par exemple. Je pense profiter du déplacement pour courir d’autres jeunes chevaux dans un bumper lors de cette réunion de Kempton.

Que représente l’Angleterre pour un jeune entraîneur français ?

J’ai travaillé là-bas. C’est une ambiance, un enthousiasme pour les courses d’obstacle. Mais j’ai tout aussi envie de gagner à Auteuil ! Les propriétaires de Margaret’s Legacy sont anglais et cela leur fait énormément plaisir d’avoir un partant dans un Groupe chez eux.

Cela étant dit, il n’est pas si facile de préparer un cheval entraîné en France pour courir là-bas. Contrairement au plat, les programmes d’obstacle européens ne sont pas harmonisés. Il faut donc en quelque sorte faire l’impasse sur la France pour être performant de l’autre côté de la Manche. Il est difficile de courir les deux. En plat, on peut viser le programme classique français puis prendre la direction de l’Angleterre. Et inversement.

Je pense que nous gagnerions à avoir une européanisation de l’obstacle et de ses programmes. Les Irlandais y arrivent, pourquoi pas nous ? Pour attirer des propriétaires étrangers dans notre pays et conserver plus de "FR" à l’entraînement en France notamment. On voit qu’un certain nombre d’entraîneurs d’obstacle français sont désormais tentés par l’aventure internationale.

Or en France nous raisonnons beaucoup en termes de meeting à cette période. Et certaines pistes de notre pays ne sont probablement pas assez utilisées pendant la saison hivernale…

Nicolas de Lageneste vous a envoyé Henri le Farceur, né pour le plat, mais qui s’est bien comporté en obstacle l’an dernier.  

Henri le Farceur (Hunter’s Light) a remporté le Prix de Saint-Raphaël sur les haies de Compiègne. Il s’est ensuite classé quatrième du Prix Général de Saint-Didier (Gr3), malheureusement en se faisant un peu mal. C’est un bon cheval. Il va répéter. Nous attendons la publication du programme pour nous projeter avec lui. C’est formidable de pouvoir entraîner pour une grande casaque et un grand élevage. Nicolas de Lageneste m’a depuis confié le 3ans Incollable (Karaktar) et nous avons acheté une pouliche ensemble. Pour cette dernière, Sébastien Desmontils et Antoine Gronfier ont rejoint l’association !

C’est un honneur que d’entraîner pour de grandes casaques comme le haras de Saint Voir, Magalen Bryant ou encore le haras du Mâ. À présent, à moi de justifier cette confiance en transformant l’essai. J’ai un petit effectif mais nous essayons de construire quelque chose de solide, en nous améliorant année après année. Je travaille beaucoup avec Antonin Pelsy. J’ai huit chevaux pour lui actuellement. Nous avons eu beaucoup de chance ensemble, avec de bons chevaux dès le départ et des ventes intéressantes. Gorki d’Airy (Legolas) et Horantzau d’Airy (Legolas) sont partis chez Willie Mullins. Hercule Point (Network) a été exporté lors de la vente de l’Arc. Tout comme Ganzo d’Airy (Legolas) l’an dernier chez Osarus.

Pour réinvestir, nous avons tous besoin de vendre.

Quel regard portez-vous l’avenir du sport hippique ?

Nous communiquons beaucoup en direction du public des parieurs. Mais il ne faut pas oublier celui des propriétaires potentiels. Nos courses doivent retrouver un certain prestige, du glamour. Les courses françaises ont beaucoup de points forts, des atouts indéniables. Ne perdons pas d’énergie à les dénigrer. Il faut se concentrer sur nos atouts et s’inspirer de ce qui fonctionne ailleurs. Un exemple : la réussite des Lady’s Day en Angleterre et en Irlande. C’est remarquable et cela doit être possible chez nous ! On voit que les jeunes cadres de 2021 sont très tournés vers la nature. Ils sont saturés par la technologie. Les courses, une activité qui a les pieds dans la glaise, doivent pouvoir leur parler si nous formulons le message habilement.