Jean Brouqueyre : « Les professionnels sont des chefs d’entreprise responsables »

Autres informations / 09.01.2021

Jean Brouqueyre : « Les professionnels sont des chefs d’entreprise responsables »

Les chevaux doivent eux aussi faire face aux virus et le meeting de Pau est aux prises avec l’épidémie de rhinopneumonie. Directeur de la société des courses de Pau, Jean Brouqueyre fait un point sur la situation.

Par Emmanuel Rivron

Jour de Galop. – La rhinopneumonie sévit actuellement. Quelle est la situation ce week-end ?

Jean Brouqueyre. – Il faut déjà essayer de replacer et recentrer la discussion. Cette rhinopneumonie à forme respiratoire n’est pas grave en soi. Elle n’est pas sévère comme elle peut l’être sous sa forme nerveuse. Néanmoins, dans un souci de santé des chevaux mais également de leur carrière dans les courses, France Galop et la société des courses de Pau ont mis en place un protocole pour surveiller l’évolution du virus. Je pars du principe que les entraîneurs sont des chefs d’entreprise responsables. J’en appelle à cette responsabilité auprès des professionnels. Ils connaissent leurs chevaux et c’est là-dessus que je leur demande un suivi, même si cette rhinopneumonie n’est pas grave en soi. La gestion de la carrière du cheval est au centre de cette épidémie, et l’enjeu financier rend la situation plus vive. France Galop a demandé à ce que les partants de Pau stationnés sur place soient testés PCR, mesure qui va être élargie aux chevaux entraînés dans le Grand Sud-Ouest, à partir de lundi. Concomitamment, il est demandé des prélèvements obligatoires pour suivre l’évolution.

Pau est-il le seul endroit touché ?

Clairement, nous pouvons nous questionner si la rhinopneumonie est présente ailleurs et je pense que c’est le cas. Il ne faut ni dramatiser la situation, ni stigmatiser Pau. Généralement, quand nous cherchons, nous trouvons. Et comme il y a la mise en place d’un protocole du suivi sur Pau, nous trouvons naturellement des cas. Nous suivons l’évolution du virus au sein même du centre d’entraînement, qui accueille pas loin de 1.000 chevaux sur 90 hectares. Forcément, avec une telle concentration, nous nous devons de faire un suivi et surtout de ne pas appliquer la politique de l’autruche. Cela nous a imposé de scinder les entraînements en deux, avec certains chevaux qui se préparent le matin et d’autres l’après-midi. Avec l’enchaînement des courses en plus, je tiens à féliciter toutes les équipes de la société des courses, qui œuvrent au mieux. Ils font un travail remarquable de 4 heures du matin jusqu’à 20 heures pour délivrer des pistes pour l’entraînement et pour les courses.

Combien de chevaux ont été testés sur le centre d’entraînement ?

À Pau-Sers, plus de 330 chevaux ont été testés : 16 % seulement de ces chevaux étaient touchés par cette forme de rhinopneumonie. Je tiens à souligner que 99 % des chevaux touchés ne présentent aucun signe clinique, que ce soit fièvre ou attitudes d’abattement. Certains testés aléatoirement et ayant bien couru, voire gagné, étaient positifs dans les 48 heures après la course. Il faut savoir qu’une grande majorité des positifs ont une charge faible du virus. Peu ont une charge modérée et seulement un ou deux une charge forte.

Comment ces mesures sont-elles perçues ?

Nous sommes soumis à beaucoup de questions sur la tenue de la gestion de crise mais il faut être clair : nous serons forcément impopulaires quand nous imposons des règles et dans ce que nous faisons puisque chacun aura sa vision, son prisme. Aujourd’hui, nous menons à bien un protocole sur les deux sites (hippodrome et centre d’entraînement), selon des analyses constats, et les tests PCR. Cela nous amène à prendre des décisions chaque fin de journée, qui ne sont pas toujours comprises de tout le monde. Si nous avions pris des décision unilatérales et totales, c’était simple, nous mettions tout le monde à l’arrêt, y compris les courses. Désirons-nous être dans ces cas extrêmes ? Je ne le pense pas et ce n’est pas la décision défendue par la société des courses. Dans ce contexte, il y a beaucoup de rumeurs et de murmures mais nous ne sommes surtout pas dans une situation où nous devons nous baser sur ceux-ci. Une approche cartésienne et scientifique est nécessaire au contraire d’une gestion empirique. Beaucoup de personnes recherchent les responsables, comme dans une chasse aux sorcières mais je m’y oppose. Comme pour la Covid, la situation évolue et des décisions sont donc prises au fur et à mesure. Nous sommes parfaitement épaulés par les directives du docteur Sonia Wittreck de France Galop, qui gère très bien la situation, avec la hauteur qui s’impose. Elle tiendra d’ailleurs une réunion ce lundi, après les courses. Nous ne sommes ni laxistes, ni durs mais essayons d’être le plus objectifs possible, de suivre les évolutions en prenant les mesures qui s’imposent. En collaboration avec les professionnels, nous nous devons d’être vigilants afin de tenir le virus le plus bas et le moins virulent possible.