La "Breizh Touch"

Courses / 21.01.2021

La "Breizh Touch"

Par Emmanuel Rivron

Les 2ans de l’hiver ne sont pas forcément ceux du printemps mais il en est un qui a impressionné en fin d’année passée sur la P.S.F. deauvillaise, Breizh Eagle. Invaincu en deux courses, ce breton pure souche symbolise l’excellente saison 2020 de Joël Boisnard, régulier année après année. 

En selle lors des premiers lots, c’est en bord de piste de Senonnes que Joël Boisnard nous accueille en cette fin de matinée de janvier. L’heure n’est pas aux excès de vitesse mais celui qui attire notre attention a été flashé au radar fin décembre à Deauville. Pour ce quatrième lot de la matinée, ce Breizh Eagle (Bow Creek), qui vient de prendre 3ans, accompagne et sert de guide à ses cadets. En poulain « facile et sans souci particulier » selon son entraîneur, ce beau poulain tient parfaitement son rôle, lui qui s’est envolé lors de ses deux sorties publiques, à Deauville.

Une famille bretonne performante. Il a notamment impressionné fin décembre à Deauville. « Il faut se rendre à l’évidence, ce n’était pas un grand lot, tempère Joël Boisnard. Cela dit, il m’a beaucoup plu : le style était là. Nous ne l’avons pas retravaillé depuis. Je connais bien sa famille puisque j’entraînais sa mère, Breizh Touch (Country Reel). Ce n’était pas une crack mais une bonne petite jument. Jusqu’à maintenant, elle a toujours bien reproduit puisqu’elle a eu Breizhoun (Evasive), qui a gagné quatre courses, et Bopedro (Pedro the Great), double vainqueur avant d’être exporté en Grande-Bretagne, suite aux ventes de l’Arc. Je pense Breizh Eagle bien meilleur que ses frères. Il est ralenti actuellement au travail. Son programme n'est pas défini mais il a encore droit aux Classes 1. Nous verrons cela fin mars. »

Les 2ans arrivés en nombre. En attendant les échéances du printemps, Breizh Eagle se contente d’un canter sur un peu plus d’un kilomètre ce matin-là, montrant donc le chemin à quelques 2ans, arrivés en nombre cet hiver puisque Joël Boisnard en compte trente dans son effectif. Ayant déjà eu des 2ans prometteurs tels que Sokar (Slickly) et Mambia (Aldebaran), notamment, l’ancien jockey n’est pas du genre à s’enflammer à l’instar de la Breizh Team composée de Daniel Cherdo, éleveur de Breizh Eagle, et de la copropriétaire Mme Roland Perron, qui ont pourtant le droit de se prendre à rêver.

Directa, la belle histoire de 2020. Malgré une saison 2020 tronquée, Joël Boisnard a tout de même sellé 69 gagnants l’an passé, dont cinq avec l’excellente Directa (Anodin), lauréate du Prix Fille de l’Air (Gr3), avant de retourner là où l’avait repérée Joël Boisnard, sur le ring des d’Arqana : « Je l’avais achetée 15.000 € aux ventes de yearlings d’octobre. J’aimais bien son modèle, et son prix aussi ! Certains lots m’attirent également beaucoup mais j’ai des clients qui ont des moyens à ma hauteur. Directa a été une réussite mais d’autres achats ont été des échecs ! Après une excellente carrière, elle a été vendue 470.000 € et sera désormais poulinière au Japon. Nous avons vécu une formidable aventure avec ses propriétaires, Bernard Blot et sa femme. Pour moi, il est extrêmement important de travailler avec des personnes de confiance et avec lesquelles nous partageons des émotions. Le relationnel est un élément clé. Nous avons la grande chance de pouvoir exercer notre métier actuellement mais vivement que nous puissions retrouver ces moments de partage sur les hippodromes. »

Le cross du Pertre comme catalyseur. Originaire de Chantepie (35), tout proche de Rennes, Joël Boisnard est lui-même breton et a découvert les courses, grâce à un ami "trotteur", sur l’hippodrome du Pertre (35), étant notamment attiré par le cross et les courses d’obstacle. Touché par le virus, ce fils d’agriculteurs est alors parti en stage chez Wladimir Hall, sans avoir monté jusqu’alors.

Encore plus "accroc" à la sortie de ces quelques jours auprès du célèbre professionnel, il prend ensuite la direction des écuries de Miguel Clément, de François Doumen puis d’Élie Lellouche. Retour dans l’Ouest, où il entre au service d’un nouveau venu, Henri-Alex Pantall qui entraînait alors une douzaine de chevaux. Rapidement, Joël Boisnard devient l’une des plus fines cravaches, terminant sa carrière avec treize Cravaches d’or de l’Ouest à son actif et près de 1.000 succès. Le 1er avril 2000, Joël Boisnard s’installe sur le centre d’entraînement de Senonnes : « Au début, la piste d’entraînement était à peine plus grande que celle du Bois du Coin. Maintenant, le centre de Senonnes a bien changé et nous n’avons pas à nous plaindre. Ma méthode est basée sur ce que j’ai connu chez monsieur Pantall, composée de travail régulier, plutôt axé sur la vitesse. Nous travaillons plus le fond pour les chevaux d’obstacle bien entendu. »

Une attirance particulière pour l’obstacle. Titulaire de six succès en onze montes sur les obstacles, le gendre de Gérard Margogne n’a jamais caché son attirance pour les "routes barrées", en tant que jockey mais aussi comme préparateur. Un tiers environ de ses soixante chevaux à l’entraînement se consacre à l’obstacle : « J’adore préparer un cheval pour cette spécialité. Quand il est doué naturellement pour le saut, je trouve cela vraiment gratifiant de s’imposer sur la butte Mortemart. Auteuil, ce n’est pas Lourdes, il faut y être bon pour réussir à gagner. Cette année, je pourrais compter sur Garkapstar (Kapgarde). C’est vraiment un excellent cheval qui va rentrer à l’entraînement la semaine prochaine. Ce printemps, il va être un peu contraint d’aller vers le programme classique des 4ans. Si je pouvais lui trouver une course ou deux d’AQPS pour rentrer fin mars, ça m’irait bien ! Prince du Roume (Sinndar) va être opérationnel dès les premières courses du printemps. Souffrant de tendinites, Irrésistibles (Nom de d’La) et Denomedenuo (Crossharbour) devraient être revus à l’automne. »  

Éleveur dans l’âme également. Jockey puis entraîneur de plat et d’obstacle, copropriétaire de trotteurs, Joël Boisnard ajoute une corde à son arc en étant également éleveur, avec quatre poulinières, City Béré (Perr Gynt), Fabuleuse Béré (Pedro the Great), Gyntka (Perr Gynt) et Visby (Irish Wells), qu’il a toutes entraînées. « J’aime l’élevage : c’est dommage car ça coûte plus cher que cela ne rapporte ! (rires) Avant de savoir si la mère reproduit, il faut du temps. C’est passionnant mais très ingrat. Le premier produit de Visby (Irish Wells), Zambella (Zambezi Sun), a couru deux fois en obstacle et s’y est imposée. Elle reste sur trois succès dans des Listeds outre-Manche, ce qui va donner de la valeur à ses frères et sœurs. J’aime d’ailleurs beaucoup son cadet, Friday Thirteen (Muhtathir) qui saute très bien et qui avance également sur le plat. »

Le repos, élément essentiel d’une carrière. Sur les treize hectares de terres que possède Joël Boisnard, les poulains de l’élevage croiseront peut-être d’anciennes gloires telles que Talentueux (Gairloch), 26ans, et Stodoun (Pistolet Bleu), 25ans, qui profitent d’une retraite bien méritée, non loin de compétiteurs au repos : « Comme nous, les chevaux ont besoin de temps, de faire un break. Je préfère les mettre un mois et demi en avril-mai quand l’herbage est bon que durant l’hiver. »