Le propriétaire de la semaine : Ulf Sjöberg : « La France a les meilleures courses, les meilleurs entraîneurs et les meilleurs jockeys du monde ! »

Courses / 26.01.2021

Le propriétaire de la semaine : Ulf Sjöberg : « La France a les meilleures courses, les meilleurs entraîneurs et les meilleurs jockeys du monde ! »

En s’imposant dimanche dans le 134e Grand Prix de Pau - Biraben Foie Gras (Gr3), Ajas (No Risk at All) a offert un premier Groupe à son éleveur-propriétaire, Ulf Sjöberg. Rencontre avec un Suédois amoureux de la France.

Par Anne-Louise Échevin

Jour de Galop. – Ajas vous a offert une première victoire de Groupe dans le Grand Prix de Pau. Comment avez-vous vécu la course ?

Ulf Sjöberg. – J’ai suivi la course depuis la Suède. C’est une grande épreuve, donc j’étais un peu stressé, mais j’avais toute confiance envers David Cottin, même si la préparation du cheval avait été contrariée. Ajas a gagné très facilement, c’était un moment incroyable !

Ajas a été, en 2017, votre premier partant entraîné par David Cottin. Vous lui faites confiance depuis son installation…

Ajas était auparavant chez son père, et c’était pour moi logique de le confier à David dès qu’il s’est installé comme entraîneur. Je m’entends bien avec la famille. Pour l’instant, je n’ai qu’Ajas à l’entraînement chez eux : nous avons vendu les autres l’an dernier, une année compliquée…

Pourquoi, en tant que Suédois, avoir choisi d’avoir des chevaux d’obstacle entraînés en France ?

La France a les meilleures courses du monde, les meilleurs entraîneurs du monde et les meilleurs jockeys du monde ! C’était un rêve pour moi que d’avoir des chevaux ici. Un jour, j’étais à Paris et je m'étais dit que c'était ici que j’aurais des chevaux. Je me suis lancé comme propriétaire en 2008, en choisissant d’emblée l’obstacle. Je m’enthousiasme plus devant les courses d’obstacle que devant les courses de plat. Mais je n’ai pas tout de suite eu les chevaux en France : l’obstacle étant peu présent en Suède, j’ai eu des partants en Allemagne, en Pologne. Puis, pendant trois ans, mes chevaux étaient en République Tchèque. Cela m’a permis de me former, d’apprendre… Cela a été en quelque sorte une école avant d’arriver en France.

Vous avez acheté Seraglio, la mère d’Ajas, pour 13.000 £ à la vente de chevaux à l’entraînement de Goffs UK. Qu’est-ce qui vous a plu chez elle ?

Seraglio avait gagné un bumper juste avant de passer en vente. J’ai trouvé que c’était une belle jument, avec un bon pedigree. Après l’avoir achetée, elle est venue en Suède dans le but de courir mais elle s’est accidentée, alors je l’ai envoyée en France pour l’élevage, chez Maja Sundström. Elle me conseille pour tout ce qui concerne l’élevage. Seraglio a d’abord été présentée à Kapgarde, ce qui a donné Goddess Freja. Pour son deuxième produit, nous souhaitions avoir un modèle moins imposant que Goddess Freja : plus léger, typé course. Le choix s’est donc porté sur No Risk at All, lequel a été un superbe cheval de course, qui s’est malheureusement blessé avant l’Arc. C’est ainsi qu’est né Ajas.

Depuis quand élevez-vous ?

Je suis éleveur depuis 2009. J’ai en général entre une et deux poulinières. Je suis déjà allé jusqu’à quatre, mais c’était trop. Je préfère en avoir peu et pouvoir contrôler les coûts. J’élève pour courir, je cours parce que j’aime cela. Si mes élèves ne donnent pas ce que j’espérais, alors je les vends.

Avez-vous encore des chevaux et poulinières en Suède ?

Non, j’ai arrêté. Ce n’est pas facile pour les courses suédoises. Les allocations sont faibles : un de mes amis a un cheval à l’entraînement en Suède qui a gagné six courses, et les allocations ne permettent pas de rentabiliser les coûts.

Avec des chevaux dans l’Hexagone, prévoyez-vous de partager davantage de temps entre la Suède et la France ?

C’est dans les plans : j’aimerais passer plus de temps entre la Suède et la France, et donc acheter une maison en France. J’avais commencé à chercher mais, pour les raisons que l’on connaît, j’ai suspendu mes recherches l’an passé. Je compte m’y remettre prochainement !

Deuxième article

Amanda Zetterholm : « Ulf a reçu de très grosses offres pour Ajas, mais il n’a jamais voulu le vendre ! »

Ajas est arrivé chez David Cottin par l’intermédiaire d’Amanda Zetterholm, qui gère les intérêts d’Ulf Sjöberg en France. La jeune femme nous a raconté leur rencontre.

Par Alice Baudrelle

Ajas est né en Normandie, au haras de Coulonces, chez Jan et Maja Sundström. C’est grâce à eux qu’Amanda Zetterholm a fait la connaissance d’Ulf Sjöberg : « Jan et Maja sont de bons amis. Un jour, ils m’ont proposé de dîner avec Ulf Sjöberg et eux à Deauville. Je ne connaissais pas Ulf, mais nous avons sympathisé. Étant donné qu’il est suédois comme moi, ça aide ! Il possède une société de transport de camions en Suède, mais c’est un vrai passionné de chevaux. La mère d’Ajas, Seraglio (Singspiel), était stationnée à Coulonces. Nous nous sommes mis d’accord pour que ses produits aillent à l’entraînement chez David. La jument n’en a eu que deux : Goddess Freja (Kapgarde), qui a gagné trois courses en obstacle, et Ajas. Seraglio avait un caractère très difficile, elle était même dangereuse, et Ulf n’a pas pu la garder. Mais il a gardé Goddess Freja à l’élevage. C’est sa seule poulinière d’obstacle. Elle a un yearling par No Risk at All (My Risk), et elle est actuellement pleine de Zarak ** (Dubawi). »

Une carrière atypique. Après des débuts en plat en fin d’année de 2ans, aux Sables-d’Olonne, Ajas a brillé d’emblée sur les haies au printemps de ses 3ans, s’imposant par neuf longueurs à Auteuil dans le Prix Grandak. Il était alors entraîné par Philippe Cottin, son fils n’étant pas encore installé à l’époque. C’est d’ailleurs David Cottin qui a monté Ajas lors de ses trois premières sorties en obstacle. Amanda Zetterholm nous a dit : « Ulf a reçu de très grosses offres pour Ajas après sa première victoire à Auteuil, mais il n’a jamais voulu le vendre ! Le cheval a confirmé en gagnant le Prix Go Ahead (devenu L), puis en terminant troisième du Prix Georges de Talhouët-Roy (Gr2). À 4ans, il a gagné très facilement sur le steeple d’Auteuil, avant de connaître un passage à vide. Il n’était pas beau, et après discussion avec Ulf, nous l’avons envoyé en Suède pour lui changer les idées. Ajas a repris du moral là-bas : il a alterné le plat et l’obstacle, et a gagné dans les deux disciplines. Après une année en Suède, il est revenu à l’entraînement chez David. En 2020, il a réalisé un quasi sans-faute, avec quatre victoires et deux deuxièmes places. »

Il a aussi élevé Belloccio. Ulf Sjöberg a eu un autre sauteur chez David Cottin : Here he Comes (Loup Breton), qu’il avait acheté 33.000 € à 2ans à la vente d’été Arqana, par l’intermédiaire d’Antoine Gronfier. Here he Comes s’était imposé facilement pour ses débuts en fin d’année de 3ans, sur les haies de Pau. Victime d’un souci de santé, il a dû faire l’impasse sur son année de 4ans. Sa dernière sortie s’est soldée par une deuxième place sur les haies de Vichy, le 28 août 2020. Amanda Zetterholm nous a expliqué : « Ulf a vendu Here he Comes l’année dernière, mais le cheval est resté chez David. Le seul cheval qu’il a à l’entraînement actuellement, c’est Ajas. Ulf est un vrai passionné d’obstacle : la course qu’il rêve de gagner, c’est le Nakayama Grand Jump (Gr1) au Japon ! Mais il a aussi eu des chevaux de plat chez Francis-Henri Graffard et Ronny Martens. Récemment, il a même investi dans des trotteurs en Suède. Ulf a plusieurs poulinières de plat chez les Sundström, à l’image de Fragancia (Oratorio) et de Three Cards (Mastercraftsman). Cette dernière lui a donné Belloccio (Belardo), qu’il a vendu yearling à Arqana et qui est invaincu en deux sorties à 2ans en 2020, sous l’entraînement de David Menuisier. Lors de sa deuxième sortie, Belloccio a gagné le Critérium du Languedoc (L). Il aurait dû courir le Critérium de Saint-Cloud (Gr1), mais il s’était fait mal pendant le transport. »