Quelques idées pour réussir ses croisements

Élevage / 19.01.2021

Quelques idées pour réussir ses croisements

Avec quel étalon vais-je croiser ma jument cette année ? Dois-je privilégier le modèle, les performances, les origines, la forme de tel ou tel sire, le haras dans lequel il fait la monte, le résultat de ses produits aux ventes, etc. ?

Ces questions, nous nous les posons tous un peu chaque année… C’est pourquoi nous avons voulu y répondre : en vous présentant des méthodes qui donnent de bons résultats, et en vous proposant plusieurs pistes de réflexion. Pourquoi "plusieurs" pistes ? Parce qu’il n’existe pas une formule magique unique, qui éclipserait toutes les autres. La vérité de l’un n’est pas nécessairement la vérité de l’autre, ni la vérité d’un jour celle du lendemain – et c’est d’ailleurs ce qui fait le charme de l’exercice.

ÉPISODE 1

Quelques principes basiques pour bien élever

En élevage, on vous dira parfois qu’il n’existe pas de règle pour réussir. C’est un peu facile (on peut le dire d’énormément d’activités humaines) et surtout, c’est assez largement faux ! S’il n’existait pas de bonne méthode, il n’y aurait pas d’éleveurs qui réussissent mieux et d’autres qui réussissent moins bien. Clairement, ceux qui réussissent ont une bonne méthode, n’est-ce pas ?

Et en effet, il est tout à fait possible de dégager certains grands principes qui peuvent aider à mieux élever (pour ceux qui sont déjà installés) ou à se lancer (pour ceux qui veulent tenter leur chance). C’est l’objet de notre grand dossier de début d’année, publié à partir d’aujourd’hui. Dans JDG et nulle part ailleurs.  

Le savoir, l’une des clés du succès

Le "jeu" consiste à essayer d’identifier des schémas – généalogiques, morphologiques… – qui semblent fonctionner. Pour réussir, l’élément le plus déterminent reste la chance. Mais à défaut de pouvoir "prévoir d’avoir de la chance", les deux éléments décisifs sont – dans l’ordre d’importance – le savoir et quelques moyens financiers.

Les meilleurs éleveurs sont comme les grands artistes : ils sont tous très différents, mais ils ont comme point commun d’avoir une culture encyclopédique de leur univers. Il est rare de devenir un bon éleveur sans suivre quotidiennement et en détail l’actualité des courses. Mais surtout en privilégiant les sources d’information de la meilleure qualité. Au quotidien, on peut chercher à repérer les aptitudes, défauts et qualités qui semblent ressortir dans les produits d’étalons et dans les familles. Il faut chercher également à comprendre le style d’entraînement de chaque professionnel et le type de chevaux avec lequel il semble le mieux réussir.

De même, la majorité des bons éleveurs ont une véritable connaissance de l’entraînement, de ses acteurs et de ses méthodes. La réussite d’un haras, c’est souvent celle d’un tandem éleveur-entraîneur, car l’échange d’information entre les deux parties est déterminant. C’est la raison pour laquelle autant d’entraîneurs sont devenus des éleveurs de premier plan (Aidan O’Brien, Federico Tesio, Jim Bolger…) : ils ont l’accès le plus direct à l’information.

Pour commencer, bien s’entourer

Le premier conseil que l’on donnerait à un éleveur qui souhaite se lancer, c’est de bien s’entourer. L’idéal étant certainement de s’associer avec un éleveur à succès, plutôt que de se lancer seul dans son coin. Cela permet de répartir les risques et de bénéficier de son expérience. Pendant plusieurs années, l’association permet d’apprendre au contact d’un professionnel.

Dans un monde idéal, avant de se lancer, tous les éleveurs de France se seraient formés pendant au moins un an dans une écurie classique, puis cinq ans dans un grand haras. Mais un tel temps n’est pas à la disposition de tout le monde et la majorité des éleveurs apprend petit à petit, sur le tas. L’"œil", c’est-à-dire avoir un jugement juste sur la locomotion ou la conformation, s’acquiert aussi avec le temps. Faute de temps, le plus sage est encore une fois de se faire conseiller, pour confirmer ou infirmer ses propres intuitions et impressions. Le plus simple est certainement de prendre contact avec un courtier, dont la réussite sur le long terme dans les croisements qu’il réalise pour ses clients est prouvée. Théoriquement, ce professionnel a inspecté puis acheté beaucoup de foals et/ou yearlings dans plusieurs pays tous les ans. Dès lors, il a dans l’œil la production de beaucoup d’étalons.

Une aventure au long cours

Avant de se pencher sur le choix de l’étalon, il faut recueillir le maximum d’informations sur la poulinière ou future poulinière. Quelles étaient ses aptitudes en course ? Son comportement à l’entraînement ? Son dossier vétérinaire ? Ces informations sont capitales. Avant de se lancer dans de grandes études généalogiques, c’est certainement par là qu’il faut commencer à chercher. Car un poulain a statistiquement beaucoup plus de chance de ressembler à ses deux parents qu’à ses grands-parents. Bien sûr, la probabilité qu’il hérite de la qualité de son arrière-grand-père existe. Mais elle est vraiment extrêmement faible par rapport à celle d’hériter des caractéristiques de sa mère ! Dès lors, partir à la rencontre de l’éleveur ou de l’entraîneur de la jument, regarder toutes ses courses, n’est jamais une perte de temps. C’est même essentiel ! On n’a jamais assez d’informations ! Dans la compétition que représente l’élevage, c’est plus souvent l’homme de cheval qui gagne que le théoricien…

Comment font les meilleurs ?

Bien souvent les grandes maisons réalisent leurs croisements lors d’un échange entre plusieurs membres de ladite maison. Ces membres ont réalisé une "veille" tout au long de l’année, en vue de ce rendez-vous, mais le travail s’accélère vraiment pendant l’été, date à laquelle les réservations des bonnes saillies commencent. Lors de la réunion, une première personne arrive avec des éléments statistiques, par exemple une liste d’étalons dont le tarif correspond au budget prévu pour chaque jument et ayant connu une excellente réussite récente. Ou encore avec des suggestions d’affinités.

Une deuxième personne fait remonter les informations venant des courses et de l’entraînement. La jument était-elle facile ou difficile ? Meilleure en course ou le matin ? En pleine santé ou sujette à certaines pathologies ? Comment se comportent ses frères et sœurs ? Et les produits ?

Une troisième personne livre le détail des notes rassemblées à l’élevage. À quoi ressemblent les autres produits de la mère ? Le yearling est-il prometteur ? La jument a-t-elle besoin d’un étalon très fertile ? Supporte-t-elle bien les longs voyages pour aller à la saillie ? C’est la discussion de ces trois personnes – et la capacité à trouver un compromis – qui permet de trouver le meilleur croisement possible pour chaque mère. C’est la synthèse des connaissances de tous les intervenants.

Dernier élément : la sélection. Pour réussir sur le long terme, il faut faire du tri et en permanence essayer d’améliorer sa jumenterie. On gagne rarement à insister avec une jument qui ne répond pas aux attentes que l’on a placées en elle.

Demain, épisode 2 (sur 3) : élever pour courir ? Ou pour vendre ?

Après-demain, épisode 3 (sur 3) : jeunes étalons, complémentarité et affinités.