Guerre de position à deauville

Autres informations / 16.08.2007

Guerre de position à deauville

La

question mérite d'être posée : est-ce que le combat pour la suprématie du turf

européen, voire mondial, entre la famille régnante de Dubaï et le groupe

cosmopolite de Coolmore, peut déboucher, en ce qui concerne les ventes aux

enchères européennes de yearlings, sur une situation irréelle de non-rivalité ?

Est-ce que nous allons revivre ce qui s'est dessiné l'année dernière sur les

marchés de yearlings : chaque groupe ne s'intéresse qu'à la production de ses

propres étalons ? Chacun sur son segment de marché, chacun chez soi ?

Cette

réalité fait partie des constats que la presse n'aborde jamais, tant le sujet

est politique, et tant les conséquences sont importantes pour le « haut » du

marché. Il est en effet exact que la plupart des prix records établis dans le

passé l'ont été à la suite d'une lutte farouche entre le team de John Magnier

et celui de la famille Maktoum. Depuis deux ans, la tendance imprimée par le

Cheik Mohammed va dans la direction suivante : les intérêts « Maktoum » et

satellites ne se porteront plus vers des yearlings signés Coolmore. Cela n'a

jamais été dit publiquement et clairement mais les porteparole ont laissé

entendre que telles étaient les instructions. Et les observateurs l'ont

immédiatement vu sur les marchés qui se sont transformés.

Il

est désormais clair que ces groupes se vivent et s'affrontent comme des

producteurs de sperme qui le vendent à la clientèle atomisée des éleveurs

européens, contraints de s'acheter les « bonnes saillies » au sein des groupes

qui détiennent les étalons « supérieurs ». Un partage du parc, scindé désormais

par une ligne Maginot dommageable pour l'activité et le commerce en général.

Nous sommes confrontés à ce qu'on appelle en économie un duopole qui partage le

marché en deux. Les conséquences pour les ventes Arqana de Deauville, qui

ouvrent le cycle des ventes européennes, ne sont pas considérables mais quand

même sensibles. En effet, il est probable, et les agents proches des intérêts

de Dubaï ne nous ont pas démenti, que la famille Maktoum et familiers ne

placeront aucune enchère sur des yearlings conçus par des étalons de Coolmore.

Bref, les éleveurs français qui présenteront des yearlings par Galileo, par

Montjeu ou par des nouveaux comme One Cool Cat n'auront pas d'enchères des

courtiers de Darley. Or il faut rappeler notre statistique de hier : plus d'un

quart du catalogue de Deauville est fabriqué avec des sires de Coolmore. Dans

un autre sens, nous avons constaté depuis de nombreuses années que les «

experts » du Haras de Fethard concentraient leur choix vers des produits «

faits maison », et vers des yearlings dans lesquels ils possédaient déjà des

intérêts, conséquences des nombreux foal sharings qu'ils consentent. De leur

côté, et inversement, les agents de la famille Maktoum font de même,

concentrant leur recherche sur des étalons estampillés Darley, Shadwell,

Derrinstown ou succursales locales.

La

guerre des étoiles dans le domaine des étalons (nous avons relaté dans le JDG

les épisodes récents comme celui de Teofilo) devient une vraie guerre de

position, chacun balisant son territoire et flattant ses clients Ce partage du

marché est la réalité européenne, tempérée par des acteurs indépendants qui

existent en dehors de la bipolarité. Espérons que les ventes et les éleveurs y

trouveront leur compte.