Interview

Autres informations / 05.08.2007

Interview

 

Cet homme aime bouger les montagnes. Nul ne sait si

cette passion l'habite à cause de la proximité natale des Pyrénées ou du fait

de son tempérament de joueur de rugby, mais pour lui la vie est affaire de conviction.

Sans doute l'influence de son maître François Boutin y est pour beaucoup, mais

quand notre fougueux béarnais monte à Chantilly, c'est pour entreprendre et non

pour subir.

 

 Et après avoir

glané bien des satisfactions avec son acolyte Pascal Bary, s'occupant entre

autres des intérêts d'un Jean-Louis Bouchard tout aussi passionné que lui,

Gérard Larrieu n'a pas supporté une certaine résignation qui a gagné le monde

du Galop au tournant du millénaire : « Autour des années 2000, Les

propriétaires français disparaissaient les uns après les autres, et au lieu de

me lamenter, j'ai regardé dans le monde comment les autres s'y prenaient pour

faire face à ce fléau. » De l'Australie qu'il connaît bien (toujours le rugby

?) lui vient le modèle qu'il promeut aujourd'hui : « Aux antipodes, 80% des

propriétaires sont des syndicats qui regroupent 10 à 100 partenaires, et les

grands entraîneurs n'ont pas moins de 3000 propriétaires individuels associés

dans leur cour ! ». Pour lui, l'avenir est clair, il est dans la propriété

collective, et cette forme de propriétariat correspond parfaitement à notre

activité : « Le plaisir du propriétaire revêt une dimension conviviale qui est

déterminante, et la victoire est une joie intense qui n'est jamais solitaire et

qui augmente quand elle est partagée à plusieurs. De plus, cette large

association dans le plaisir a l'avantage de mutualiser les risques de

l'investissement et des dépenses d'entraînement. » C'est pourquoi Gérard

Larrieu est devenu le croisé des écuries de groupes.

 

Hélas, tant la législation française que les règles

éditées par la société-mère étaient contraires à cette nécessaire évolution : «

On critique beaucoup l'immobilisme de France Galop qui régule notre activité

mais, moi, je tiens à témoigner de la grande compréhension de Louis Romanet,

Thierry Delègue et Henri Pouret qui ont permis une évolution salutaire,

permettant désormais des écuries de groupes au nombre illimité. D'autre part,

le département propriétaire de France Galop a modifié positivement l'accueil

proposé aux nouveaux propriétaires et c'est devenu un atout majeur. » C'est

pourquoi notre entrepreneur tenace a créé, en 2006, l'écurie du « Club

Millésime 2006 », constitué de 38 porteurs de parts différents, ayant 4 chevaux

à l'entraînement qui ont déjà gagné 3 courses cette année, pris 14 places pour

un confortable total de 50 000€. 38 individus heureux qui suivent au travers du

site www.leclub2006.com tous les éléments informatifs et comptables de « leur »

écurie. « Seule une transparence totale et permanente peut assurer le succès du

fonctionnement d'un tel regroupement, précise Gérard Larrieu, chacun doit

savoir ce qu'il se passe avec ses chevaux. Par ailleurs, je crois que le succès

de mon modèle repose sur le fait que chaque écurie est appelée à se dissoudre

au bout de 2 à 3 ans, on est ensemble pour un temps limité, ça rassure tout le

monde, et après on peut reformer un autre groupe avec ceux qui sont satisfaits

ou qui ont des affinités plus évidentes. »

 

Malheureusement, la législation française, unique en

la matière, prohibe l'appel public à l'épargne. Cette restriction, inexistante

dans les autres pays européens, limite le développement des syndicats à

l'australienne ou à l'anglaise qui regroupent plusieurs centaines d'individus

que l'on ne peut toucher que par voie médiatique. Qu'à cela ne tienne, la

fougue Larrieu le pousse vers la Grande Bretagne où, avec Lord Huntington et

l'avocate Judith Lancaster, il lance une « écurie européenne » dans la mesure

où son siège social sera anglais, ses chevaux basés à Pau, et parmi ses

entraîneur palois, hormis les incontournables Rouget et Rohaut, figure

l'espagnol Urbano.

 

Actuellement, ce qui retient l'attention de Gérard

Larrieu est la mise en place de l'écurie Club Millésime 2007. Il rassemblera

les plus fidèles actionnaires du Club 2006 et l'infatigable Gérard espère

élargir son cercle, il espère faire plaisir à de nouveaux acteurs qui, en

investissant 3500 € à 5000€ suivant les écuries, vont devenir des afficionados

des courses. Pour l'ensemble du galop français, il est symboliquement et

politiquement important que l'entreprise réussisse et que de nouveaux

passionnés rejoignent la galaxie Larrieu : c'est toute la dynamique du

propriétariat français qui se joue dans ces projets. Une nouvelle culture se

dessine car chacun sait que le propriétaire individuel est une espèce qui ne

correspond plus à notre réalité économique et sociale : les courses tant pour

le jeu que pour la propriété sont un plaisir convivial, des émotions qui ne

sont que dans le partage. Gérard Larrieu l'a compris,