Achats exceptionnels des «français» !

Autres informations / 12.09.2007

Achats exceptionnels des «français» !

Les français ont le vent en

poupe : 12 achats pour un total de 5,7 Millions de dollars ! Le top price

pouliche pour la session ! Du jamais vu à Keeneland en une seule journée.

D'une part, il est remarquable

de noter que les intermédiaires français ont acheté en une seule journée une

douzaine de yearlings destinés à l'entraînement français ; ces achats n'étant

pas de « bonnes affaires européennes » dues au décalage de marché, mais des

vrais papiers et modèles consistants, payés au prix fort, et initialement

conçus pour la clientèle américaine.

D'autre part, cela fait bien

longtemps qu'un courtier français n'a pas fait le top price du jour, or c'est

cet exploit qu'a réalisé Marc-Antoine Berghgracht lorsqu'il a plié l'opposition

en offrant 1,6 Million de Dollars pour le #490, une magnifique fille de Storm

Cat de la famille maternelle de A.P.Indy. Ce fut un achat spectaculaire qui

remplit d'aise Marc-Antoine qui trouvait « qu'elle était très cher, mais que ce

coût était en rapport avec l'étalon et la très forte lignée maternelle ». En

prenant du recul, nous pourrions objecter à MAB qu'elle n'est pas si chère en

regard des prix atteints par ses deux propres frères, qui avaient été vendus

les années précédentes. En effet, Le premier frère, Mr Sekiguchi, qui est âgé

de 4ans, avait fait le top en 2004 au prix record pour septembre de 8 Millions

de dollars. Le 2e frère, Surprises Welcomed, a fait 3 Millions de dollars

l'année dernière. Aussi, on peut estimer que cette propre sœur des 2 premiers,

dans un marché qui booste les pouliches bien nées, a été adjugée à un prix fort

raisonnable pour son propriétaire, l'espagnol Alberto Abajo qui a déjà quelques

sujets chez André Fabre. Comme le maître de Chantilly va vraisemblablement

entraîner cette pouliche, le public français sera bien placé pour juger de la

pertinence de cet achat qui redore le blason de la France au Kentucky.

KEENELAND : LA BELLE HISTOIRE

LE VIEIL HOMME ET LA MER

D'IRLANDE

Quand il acheta « sa » pouliche

à 1.400.000$ lundi, Clarence Scharbauer qui revenait à plus de 80 ans sur le

lieu qui lui avait permis d'acheter Alysheba, son vainqueur du Derby, on

croyait avoir vu se dérouler un des grands moments d'émotion de ces ventes. En

fait, on n'avait encore rien vu. En effet, ce mardi passait sur le ring le

fameux #432, un magnifique poulain par Unbridled's Song. Demi O'Byrne, comme à

son habitude, avait pris position « in the back », c'est-à-dire dans le très

grand espace, à l'arrière de la salle de vente, par où entrent et sortent les

yearlings. Il était là, entouré de tout le team de Coolmore, visiblement décidé

à emporter rapidement les enchères sur ce poulain.

Mais, à l'intérieur de la

salle, Clarence Scharbauer, entouré de son manager et de son entraîneur, Bret

Calhoun, attendait, lui aussi, le poulain présenté par Lane's End. De 1 million

à 3 millions, Demi enchérissait méthodiquement et discrètement, assez sûr de

lui. À l'intérieur, l'équipe de notre octogénaire sembla s'arrêter au chiffre

de 3 millions qui était la limite convenue. Le temps se ralentit et Clarence, à

la surprise de tous, mit une enchère à 3,2 Millions ! Demi répliqua après

consultation du groupe : 3,3 Millions. C'était apparemment fini quand

brusquement le vieil homme montra ses 5 doigts à la tribune : 3,5 Millions.

Dans un dernier effort, comme un dernier souffle, il avait « jumpé », passant

les 3,4. Mais le groupe Coolmore voulait le cheval: 3,7 Millions ! C'en était

trop pour Clarence qui, tout en étant de plus en plus essoufflé, souriait à

toute la salle qui n'avait d'yeux que pour lui et son combat inégal. Will

Farish (Lane's End) se précipita vers Clarence Scharbauer pour le féliciter,

comme si c'était Scharbauer qui avait emporté la victoire. Le vieil homme

continuait à sourire, précisant qu'il « adorait le poulain et qu'il avait

décidé de l'acheter ». Nullement affecté par sa défaite dans le jeu des

enchères, il ajouta, en pensant au rêve qui se dérobait : « Que Dieu bénisse

son cœur ». Puis, enfin, il ne s'avoua nullement dépité : «J'ai déjà acheté

deux mâles et une pouliche qui sont formidables. Que demander de plus ? » Comme

hier, l'enthousiaste octogénaire avait fait le spectacle dans la salle.

L'histoire ne dit pas si l'armada irlandaise est venue plus tard le consoler.

KEENELAND : L’ANALYSE

VERS UNE CONSOLIDATION

SALUTAIRE

Il faut bien analyser, à

froid, ce qui arrive à Keeneland. Certes, sur la base des deux premières

vacations que l'on peut considérer comme des ventes de super sélection, on y

constate une baisse sérieuse. Deux chiffres objectifs matérialisent ce constat

:

1) le chiffre d'affaires

diminue d'environ 37 Millions de dollars, soit 25% de baisse,

2) la moyenne connaît une

chute de 23%.

Malgré l'aspect alarmant de

ces éléments quantitatifs, nous estimons qu'il s'agit d'une sorte de correction

beaucoup plus que d'un effondrement. Regardons la répartition : en 2006, 30

yearlings avaient franchi la barre du Million de dollars, en 2007 même

résultat, 30 au-dessus du Million. Mieux encore, on note plus d'acheteurs différents

de ces millionnaires cette année qu'en 2006.

En somme, ce qui fait la

différence, et donc la baisse observée, c'est l'absence de folie ! Plus de

yearlings autour de 10 Millions de dollars, et c'est tant mieux, car ces prix

perturbent le marché normal, ils créent des biais de nature spéculative qui

déforme l'activité de base de l'élevage. Les

37 Millions de dollars qui

manquent dans la recette de Keeneland sur ces deux premiers jours sont ceux

dépensés par Cheikh Mohammed, et par Coolmore à un degré moindre. Ce n'est pas

l'argent des investisseurs qui fait défaut, c'est celui des gros opérateurs qui

se défiaient au détriment de la raison et de l'économie élémentaire.

Si ce point est bien perçu,

alors la physionomie du marché 2007 a des dimensions rassurantes de bonne santé

intrinsèque, à savoir des acteurs nombreux prêts à payer le juste prix mais peu

enclins à surpayer les yearlings, comme à Deauville, comme outre-Manche.

Il y a donc, pour reprendre

les expressions boursières, une consolidation du marché, après une sévère

correction qui était nécessaire (quels fondements justifient un yearling adjugé

à 10 Millions de dollars ?), correction organisée par ceux qui avaient provoqué

le dérapage, peut-être au nom d'une sagesse toute récente ou plutôt en raison

du déplacement du terrain de la folle lutte pour le pouvoir.

En effet, la guerre, qui

avait affolé le marché des yearlings, s'est déplacée sur le terrain des étalons

! Et JDG a déjà alerté ses lecteurs durant le mois d'août sur ce sujet. Nous y

reviendrons très bientôt. Mais pour le moment, nous observons donc un marché

sain et régulier à Keeneland qui se déroule sans heurts à des prix abordables

qui correspondent à des normes productives et économiques : atteindre, dans des

ventes de sélection américaines, une moyenne de vente de 430.000$ par yearling,

avec une distribution plus resserrée, est une bonne nouvelle.

Voilà pourquoi Keeneland, en

affichant une baisse réelle, nous envoie un message positif !