Débuts français à del mar

Autres informations / 02.09.2007

Débuts français à del mar

Dimanche 2, Del Mar (USA). Comme prévu, le deuxième du Prix

Jean Prat (Gr1) Stoneside (Marchand de Sable) [photo] est au départ du Del Mar

Derby (Gr2), qui a fait le plein.

L'ex-pensionnaire de Rodolphe Collet, désormais entraîné par

Julio Canani, affronte un autre débutant US, Bleu I n t e n s e ( K o u r o u n

) , deuxième de Loup Breton

Dans le Prix Daphnis (Gr3) lors de sa dernière sortie en

France. L'ex-pensionnaire de Jea n-M a r i e Béguigné, maintenant chez Bobby

Frankel, a été vendu à Gary Tanaka et il est arrivé jeudi soir sur l'hippodrome

de San Diego.

Également dimanche mais à Saratoga, Mysterious Peintre

(Peintre Célèbre), élève de Jean-Pierre Dubois désormais sous la propriété de

Edmund Gann et de Michel Zerolo, prend part aux Saranac Stakes (Gr3), sur 1.900

mètres (turf), dans l'avant-dernière réunion du meeting avant le retour des

Newyorkais à Belmont.

La 2ans Orientate Vice (Orientate), deuxième à réclamer pour

sa seule sortie française chez Stéphane Wattel, en juillet, doit débuter lundi

sur les 1.600 mètres de la piste tous temps de Del Mar dans un maiden. Elle a

été vendue aux USA par le courtier Hubert Guy et est désormais entraînée par

Darrell Vienna.

HAPPY BIRTHDAY, MR ZILBER

Un 2 Septembre, au début des années 1920, naissait un

immense talent. D'origine hongroise, juif égyptien de naissance et de culture,

Français d'adoption, citoyen du monde parlant l'anglais, l'arabe, l'italien, le

français et d'autres idiomes, Maurice Zilber n'a finalement qu'une patrie, le

turf. Il est certainement l'une des figures la plus originale, la plus

attachante, parmi ces grands professionnels de renom qui ont bâti la légende

des courses mondiales.

Quittant précipitamment son Egypte natale devenue nassérienne,

alors qu'il y était tête de liste inapprochable des entraîneurs, il atterrit en

France autour des

années 60, avec «une paire de jumelles et une brosse à dents

pour tout bagage

» comme il aime à le rappeler. Sa vie, surtout contée par

lui, pourrait constituer le scénario d'une superproduction hollywoodienne tant

les épisodes sont chaque fois des tranches d'histoire palpitantes. Palliant à

une indisponibilité de l'entraîneur Maurice d'Okhuysen, il se lie au grand

marchand d'art Daniel Wildenstein qu'il va propulser au firmament hippique en

quelques brèves années. « Monsieur Daniel », comme il l'appelait avec respect,

voulait créer une grande écurie, et pour cela Maurice alla, en pionnier,

acheter des yearlings américains à Keeneland dans ces années 1960 pour ramener

de la vitesse et de l'exotisme chez les « Bleus », comme plus tard il partit en

Allemagne dénicher des Schönbrun, ou en Russie trouver des perles comme Anilin,

qui lui échappa. Pendant une dizaine d'années il créa de nombreux classiques

(Don II, Faraway Son, Felicio, Yelapa, Almyre) pour les « Bleus » qu'il quitta

alors qu'Allez France était dans ses boxes, prête à jaillir. En fait, il était

au sommet de son art, et il le prouva en faisant briller de mille feux l'écurie

d'un Texan, Nelson Bunker Hunt. Cette domination était telle que s'esquissèrent

les premières réactions protectionnistes en France face à l'invasion organisée

par le sorcier Maurice qui « marchait sur l'eau ».

Le manque d'espace nous prive ici du compte rendu de tous

les exploits et défis qui jalonnent ces années Zilber. Citons pour mémoire

Dahlia et son historique coup de deux, Irish Oaks King George, Mississipian et

son Grand Criterium facile, Youth est son envolée dans le Jockey Club, Empery

et sa formidable surprise dans le Derby d'Epsom. L'histoire de ce coup de maître

illustre parfaitement l'incroyable talent du « sorcier » : quand Empery était

un 2ans inédit, Maurice confiait à ses proches que «les aptitudes de ce fils de

Vaguely Noble correspondait exactement au Derby » et qu'il allait le préparer

en conséquence. En début d'année de 3ans, pas plus ses très bons assistants,

David Smaga et Claude Beniada, que ses « protégés », René Romanet et Michel

Henochsberg, ne croyaient aux chances d'Empery, apparemment bien inférieur au

standard requis pour un tel défi. Empery fit sa rentrée battu dans le Daphnis,

Maurice demanda cependant à Bill Pyers de lui donner une « course » dans le

Lupin (!) où il fut bien sûr dominé, et Maurice convoqua alors le grand Lester

Piggott pour le convaincre de le monter dans le Derby où, pour lui et pour lui

seul, « c'était un coup sûr !» On connaît la suite victorieuse…

Cependant, Epsom demeure pour lui un souvenir teinté

d'inachevé : « SaintMartin ne m'a pas écouté, il m'a perdu mon deuxième Derby

le jour où il termina second avec l'extraordinaire pouliche qu'était Nobiliary

. C'eût été un incroyable exploit». Et il nous reparle de Trillion, de

Treizième, d'Exceller au Canada, de ses quatre « Washinton DC

», et d'autres que nous ne pouvons rapporter. Au delà de ses

contes et fantasmagories qui parasitent la perception de

son talent et de son professionnalisme, Maurice Zilber est

doté d'un don et d'un feeling exceptionnels, doublés de sa générosité de

seigneur oriental. « Aujourd'hui, lance-t-il à Stéphane Pasquier qui l'écoutait

avec respect et admiration au Bar du Royal où le maître tient de chaleureuses

conférence nocturnes au mois d'août en compagnie d'Omar Sharif, il y a Fabre et

les autres », avec une pointe de regret dans son ton : « Nos courses françaises

s'appauvrissent dans la mesure où il y a trop d'opportunités pour les mauvais

chevaux et plus assez pour promouvoir l'excellence » . Car Maurice, qui fête

aujourd'hui son anniversaire et qui, en dépit d'une sévère opération, demeure

en pleine forme, suit avec beaucoup d'attention et de lucidité ses « chères

courses » qui sont, dit-il toujours en plaisantant, « son gagne-pain », souvenir

du joueur avisé qu'il est (il en est fier), souvenir de sa sortie d'Egypte.

Happy Birthday Maurice !