Un bleu disparaît

Autres informations / 19.02.2008

Un bleu disparaît

Tétière : HOMMAGE

 

 

Le ciel de Paris était d'un bleu

lumineux et limpide en ce lundi 18 février comme pour mieux accueillir Alec

Wildenstein  qui représentait ces

dernières années la fameuse casaque bleue, célèbre de par le monde hippique et

incarnation de la réussite  française aux

quatre coins de la planète. Le monde entier connaît la renommée de ces grands

marchands et collectionneurs de peinture que sont les Wildenstein, mais nul ne

doit sous-estimer le lien qui unit cette famille à la compétition hippique.

Dans la suite de leur père, Monsieur Daniel, disparu en octobre 2001, Alec et

son frère Guy avaient repris les couleurs familiales avec une ferveur que

certains ignorent. Certes Guy, résident à New York s'occupait particulièrement

de leur multinationale de l'Art, mais Alec consacrait un temps appréciable aux

chevaux de courses au travers de leur écurie familiale.

Acquis depuis toujours aux nouvelles

technologies, Alec ne quittait pas son ordinateur portable qui lui permettait

d'être au courant 24h sur 24 de tout ce qui arrivait dans le monde du cheval,

même quand il prenait quelque repos dans ce Kenya qu'il aimait temps. Cet homme

connecté vivait pleinement son époque, offrant au public une image qui ne lui

correspondait pas vraiment. Il était trop timide pour révéler sa véritable

nature de passionné, et il camouflait volontiers sous ses allures d'homme

pressé et réglé une sensibilité dont seuls ses proches peuvent témoigner. Il

n'avait pas l'aisance de son père, ou son sens des réparties cinglantes, mais

il en en avait hérité une vision sportive du monde : Alec était un homme de

compétition qui vivait son imaginaire sportif au travers des chevaux de

l'écurie familiale.

Il vivait avec ses chevaux ainsi qu'avec

le souvenir de leurs exploits. Il aimait le trotteur Jardy car la dernière

grande victoire de son père fut offerte par ce champion. Alec connaissait par

cœur la musique et le pédigré de tous les grands performers de la casaque bleue

que le public populaire aimait tant. Oui, à Longchamp ou Saint-Cloud, les

turfistes aiment les bleus. Et Alec aussi les aimait tous : il était

intarissable sur les grandes épopées des champions maison. Il pouvait parler

sans retenue de toute sa galerie personnelle depuis les Faraway Son et Yelapa

de sa jeunesse jusqu'à Westerner, son dernier chouchou en date. Bien sûr, Allez

France et Peintre Célèbre couronnent la mémoire, mais il a toujours montré de

l'intérêt et de l'affection pour d'autres merveilles peut-être moins célèbres.

Dans son cerveau tout y était classé par ordre alphabétique, il y avait les

familles des « A », Arcangues, Ashmore, Almyre, Agathe, All Along.

Celle des « B », Broadway Dancer, Bigstone, Bright Moon. Celle des

« L », Lupe, Louveterie, Louve Romaine. Celle des « M »,

Madelia, Mount Hagen, Moonlight Dance, Mersey. Celle des « P »,

Peintre Célèbre, Plencia, Pawneese, Paulista. Celle des « S »,

Sagace, Steinlein, Simply Great, Schonbrunn. Celle des « V »,

Vitiges, Vacarme, Victoire Bleue, Vertige, Verveine, et les récentes Volga et

Vallée Enchantée. Enfin celle des « W », Waya, Walensee, Westerner.

Et bien d'autres bien sûr, puisque nous n'avons cité que les « championnes

et champions », et puis nous n'avons pas mentionné les merveilleux

sauteurs comme Kotkijet ou trotteurs comme Kesaco Phedo, son dernier phénomène.

Ce passionné discret des courses et des

victoires aura en tout cas su poursuivre une trajectoire qui est synonyme du

nom de famille : gageons que Guy et la génération suivante sauront reprendre le

flambeau et le porter haut. Bon voyage Alec, vous manquerez au turf français,

mais nous savons que là-haut vous restez à l'écoute des dernières nouvelles

hippiques d'ici bas.