Histoire des courses

Autres informations / 22.07.2008

Histoire des courses

 

Il y a 140 ans

par Guy THIBAULT, historien des courses

 

En 1868, naissait Évremond de Saint-Alary dont une course de

Groupe 1 porte le nom depuis 1960. À ce propos on constate que le souvenir

d’une des personnalités les plus éminentes des courses françaises a disparu des

programmes depuis 2005, celui d’Auguste Lupin. Il semblerait opportun de lui

restituer une course de Groupe 1. Pourquoi pas une épreuve pourvue d’une

appellation assez vague, comme le Prix de la Forêt, créé à Chantilly en 1858, que les chevaux

d’Auguste Lupin ont remporté trois fois  ?

Évremond de Saint-Alary fut l’un des plus grands éleveurs

français. C’est à vingt-trois ans, le 24 avril 1891 à Maisons-Laffitte, qu’il

connaît sa première victoire avec Boabdil,

un cheval acheté à réclamer. Deux ans après il acquiert à Deauville un yearling

nommé Omnium II et, dans la foulée,

son lieu de naissance, le haras de Saint-Pair-du-Mont (Calvados), à la suite du

décès de son créateur Léonce Delâtre. Omnium

II est un champion ; Saint-Pair se révèle une terre bénie.

En gagnant dix-sept courses dont le Prix du Jockey Club, le

Prix Gladiateur et deux fois le Prix du Conseil Municipal, Omnium II popularise la casaque rayée jaune et marron de

Saint-Alary qui s’illustrera pendant plus de quarante ans. Installé à

Saint-Pair-du-Mont, Omnium II meurt

malheureusement après deux années de monte, mais après avoir engendré pour son

propriétaire, une championne Kizil

Kourgan (Prix de Diane, Grand Prix de Paris) et une grande poulinière, Basse Terre, la mère de Basse Pointe (Prix du Conseil Municipal)

et de Brûleur (Grand Prix de Paris).

Évremond de Saint-Alary est tout à la fois acheteur et

vendeur. À Saint-Pair, le box laissé vacant à la disparition d’Omnium II, est bientôt occupé par Chouberski,

acheté yearling en 1903, qui sera le père de Brûleur. C’est un sujet acquis en Angleterre, Comrade, qui permet aux couleurs jaune et marron de remporter en

1920 un troisième Grand Prix de Paris (après Kizil Kourgan et Brûleur)

puis l’Arc de Triomphe inaugural. Cette course est l’année d’après aussi

conquise par un élève de Saint-Pair-du-Mont, Ksar vendu yearling en 1919 pour un prix record (151.000F) à Edmond Blanc

du fait de son illustre naissance (Brûleur-Kizil

Kourgan). Ksar est encore un champion,

certainement le meilleur sujet élevé à Saint-Pair : onze victoires dont

l’Arc de Triomphe à 3 et 4ans, mais aussi le Jockey-Club, le Lupin, le Royal

Oak, les Sablons, le Cadran, la

Salamandre, le Hocquart, le Prince d’Orange, et comme étalon,

le premier rang en France en 1931.

En 1928, un troisième Arc de Triomphe est gagné par Kantar, provenant d’un lot de yearlings

vendus à l’amiable par Saint-Alary à un riche Américain, Ogden Mills. Puis,

portant la casaque jaune et marron de son éleveur, Samos procure en 1935 un quatrième Arc au haras de Saint-Pair qui

se classe ainsi aujourd’hui, après Fresnay-le-Buffard (sept victoires), au

deuxième rang des berceaux ayant accueilli des lauréats de la course devenue

l’épreuve n° 1 du programme européen. En outre, trois autres élèves de

Saint-Alary s’illustrent entre les deux guerres mondiales : l’un vendu par lui,

Le Ksar (Deux Mille Guinées 1937),

les deux autres sous ses couleurs, Kandy

(Mille Guinées 1932) et Porphyros

(Prix du Conseil Municipal 1940).

À sa mort

survenue au printemps 1941, Évremond de Saint-Alary lègue le haras de

Saint-Pair-du-Mont à son amie, Mlle Frémont-Tousch. Si celle-ci poursuit encore

pendant deux décennies l’activité à Saint-Pair – y élevant Goyama, Marveil, Mincio et Balto

–, le haras accueille une partie de l’élevage de Jean Stern qui y fait naître

en 1948 le glorieux Sicambre (Jockey

Club, Grand Prix de Paris).

Réduire Évremond de Saint-Alary à une grande figure de

l’élevage français serait incomplet. Le miroir reflète trois autres visages.

Celui du gentilhomme qui passait ses hivers aux Antilles pour veiller à ses

plantations de canne à sucre, d’où les noms de Basse Terre et de Basse

Pointe. Celui du bretteur n’hésitant pas à provoquer en duel un journaliste

qui l’avait « gravement offensé », la rencontre ayant lieu le 15 juin

1896, au parc de Saint-Ouen, avec l’épée comme arme. À la première reprise,

l’offenseur, M. de Saint-Valéry, est atteint au niveau du deuxième espace

intercostal droit, alors que l’offensé est touché au sternum. Résultat :

M. de Saint-Valéry est soigné chez sa mère ; sitôt pansé, Saint-Alary part

l’après-midi pour l’Angleterre voir courir son cheval Arlequin au Royal Ascot. Une dépêche, reçue dans la soirée du 16

juin, signale que dans l’après-midi Arlequin

a gagné l’Ascot Stakes Handicap doté de 25.000F.

Troisième visage d’Évremond de Saint-Alary, celui du

dirigeant entré en 1920 au comité de la Société d’Encouragement dont il est aussi

commissaire de 1932 à 1938. À ce titre, il prêche en 1938 l’ouverture totale

des courses françaises aux chevaux étrangers, 33 % d’entre elles étant encore

réservées aux indigènes. Mesure audacieuse, mais différée alors du fait de

l’émoi des éleveurs français. Mais mesure finalement adoptée le 25 octobre

1946, « à la suite des victoires

retentissantes et répétées des chevaux français en Angleterre. » C’est

ainsi que se réalisa « la réciprocité », mesure souhaitées par

l’Angleterre depuis… neuf décennies.

 

 

Légendes pour les

photos.

 

N° 409. Évremond de Saint-Alary examinant un cheval avec

son entraîneur Frank Carter.

Supprimer le

personnage de profil à gauche.

 

N° 419. Ksar monté par George Stern.