Rétrospective classique 2008

Autres informations / 22.07.2008

Rétrospective classique 2008

 

UNE GÉNÉRATION DE CRACKS

 

[Intro]

Il est prématuré

d'avoir des avis tranchés sur une génération et sur ses meilleurs. La mise en

perspective générale, que nous procurent l'été et la fin de saison avec leurs

confrontations intergénérationnelles, nous autorise des jugements plus

définitifs. Cependant, la période classique européenne, qui s'ouvre avec les

Guinées de Newmarket et qui s'achève avec le Grand Prix de Paris du 14 juillet

à Longchamp, nous délivre cette année des images saillantes qui structurent de

fortes impressions : nous avons une très bonne génération classique en Europe.

 

UN GRAND TOURNOI

EUROPÉEN

 

Observons

en tout premier lieu que cette joute classique est devenue totalement

européenne. Loin des méandres du monde politique que suscitent l'égarement des

peuples, la faiblesse des Institutions et la superficialité de leurs

dirigeants, l'Europe hippique du Galop est une réalité acquise qui fonctionne

de mieux en mieux. Les terrains de rencontre nationaux sont largement

fréquentés par les prétendants venus des trois grandes nations européennes que

sont la Grande-Bretagne, l'Irlande et la France. Sans oublier nos compères

italiens et allemands qui, malgré leurs grandes difficultés locales, génèrent

des sujets très compétitifs. Les épreuves classiques se présentent désormais

comme autant de jalons d'un grand tournoi européen, ou si l'on préfère, d'un

championnat d'Europe qui désigne son classement à la fin juillet.

 

L'IMPORTANCE

GRANDISSANTE DES GUINÉES ET POULES D'ESSAI

 

Plus

que d'habitude, les rencontres sur le mile du début mai ont été des finales

avant l'heure. Et cette caractéristique tient au fait que les champions 2ans

ont été au rendez-vous, un scénario de plus en plus rare. New Approach (Galileo) pour les mâles, et Zarkava (Zamindar) et Natagora

(Divine Light) pour les pouliches, ont confirmé leur rayonnement qui s'était

déjà imposé l'année dernière. C'est la marque indéniable des grands champions.

Le meilleur mâle classique et la meilleure pouliche classique étaient déjà les

leaders de leur génération à 2ans. Et ils ont fait mieux que tenir, ils ont

confirmé avec brio, Zarkava sans problèmes, et New Approach avec complications.

 

LA CLASSE PURE DES

LEADERS PRIME SUR LA DISTANCE

 

Avant

de revenir sur le détail des Poules et Guinées, on notera que la classe

intrinsèque de nos champions 2ans a fait qu'ils ont transcendé le problème de

la distance des épreuves qu'ils couraient, avec des fortunes différentes.

En

effet, pour des raisons que JDG a déjà évoquées dans ses commentaires, New Approach a été battu d'un fil à

Newmarket sur le Rowley Mile parce qu'il est, à 3ans, plus un cheval de

distance qu'un miler. Bien qu'il ait gagné à 2ans sur 1200 et 1400m, du fait de

son pédigrée et de sa morphologie, il est un poulain qui à 3ans se trouve plus

à son affaire sur des parcours de 2.000 et 2.400m. Cela ne l'a pas empêché de

finir deux fois deuxième sur 1.600m du remarquable Henrythenavigator (Kingmambo). Ce dernier est un brillant sujet sur

le mile, et sans sa présence, on aurait acclamé l'invaincu New Approach, toutes

distances confondues.

Zarkava représente un cas inverse : elle

a surclassé son monde dans la Poule d'Essai sur 1.600m et elle n'a fait que

continuer son règne sur les 2.100m du Prix de Diane. Elle est donc invaincue et

tout montre qu'elle est, pour l'instant, intouchable en Europe. Mais certains

éléments nous incitent à croire que ses aptitudes, à l'opposé de New Approach,

sont plutôt du côté de 1.600/2.000m que vers les 2.400m des grandes épreuves

intergénérationnelles telles l'Arc de Triomphe et les King George.

 

LES GUINÉES (NATAGORA ET HENRYTHENAVIGATOR)

 

  • Les

    2000 Guinées furent un duel entre un pur miler et un grand poulain, les

    poursuivants étant relégués à 4 longueurs, et l'aptitude du fils de Kingmambo

    l'emporta d'un rien. Henrythenavigator

    plia l'affaire au Curragh, dans les Irish 2000 Guinées, où le valeureux New Approach fut en dessous de ce qu'il

    est, sans doute à cause du terrain si l'on en croit Jim Bolger, son entraîneur.

    Il n'en demeure pas moins que « Henry » règne sans conteste sur le

    Mile comme le prouvera sa facile domination dans les St James’s Palace Stakes

    (Gr1) à Royal Ascot.

     

  • Natagora (Divine Light) réussit l'exploit

    de confirmer son titre acquis à 2ans dans les Cheveley Park Stakes en

    remportant les 1000 Guinées d'une demi-longueur devant un « paquet »

    de bonnes pouliches dont Saoirse Abu

    (Mr Greeley), Nahoodh (Clodovil) et Lush Lashes (Galileo) qui brilleront

    par la suite. Natagora, comme elle nous l'a montré dès ses sorties à 2ans, est

    un phénomène de vitesse et de vélocité, et on l'imaginerait quasiment

    imbattable sur 1.400m. Mais sur 2.000m, et encore plus sur 2.400m, ses

    aptitudes intrinsèques commencent à la pénaliser comme on pu l'observer dans le

    Jockey-Club où elle est surtout battue par la distance.

     

  • Les

    Guinées irlandaises ne nous apprendrons pas grand chose si ce n'est que le

    Curragh devient une chasse gardée d’Aidan O'Brien qui amènera pour toutes les

    épreuves classiques une véritable armada, le lauréat n'étant pas toujours celui

    ou celle que l'on attendait. C'est ainsi que Halfway To Heaven (Pivotal) l'emporta après une chaude lutte,

    confirmant ainsi la ligne en béton de la Poule d'Essai où elle terminait

    excellente 3e.

     

    LES POULES D'ESSAI (ZARKAVA ET FALCO)

     

  • La

    Poule d'Essai des Pouliches fut une course claire qui a scellé la hiérarchie

    française au grand jour en plaçant aux deux premières places deux pouliches

    sortant de l'ordinaire : en tête la star Zarkava,

    et en second la demi-championne Goldikova

    (Anabaa) dont le seul problème dans la vie est d'être née la même année que la

    crack de l'Aga Khan, et de ne pas tenir beaucoup plus que 1.600/1.800m ; ce

    qui est a posteriori normal pour une fille d'Anabaa. Une Poule d'Essai des

    Pouliches et deux perles dont nous n'avons pas fini de profiter.

     

  • La

    Poule des Poulains fut marquée par l'inhabituel grand nombre de partants (19),

    ce qui cause toujours des problèmes pour ceux placés à l'extérieur, en raison

    de l'emplacement des boites de départ sur ce parcours de la grande piste.

    Les deux enseignements majeurs de

    cette Poule sont de nature différente.

    D'abord le gagnant impressionnant

    de cette épreuve, Falco (Pivotal), est

    certainement un bon cheval.

    Ensuite, Tamayuz (Nayef), qui termina 4e , a été mis hors course

    par son très mauvais numéro à la corde, ainsi que Rio de la Plata (Rahy) à un

    degré moindre.

    Nous pensons qu'il ne faut pas

    s'attarder sur les deux dernières sorties de Falco dans les St James’s Palace Stakes

    et le Jean Prat : il y a trop mal couru, comme un sujet qui coince subitement

    au moment de l'effort. Nous espérons le revoir en pleine possession de ses

    moyens, ce qui n'était pas le cas dans ces dernières réapparitions.

    En revanche, la victoire récente

    et époustouflante de Tamayuz, dans le Prix Jean Prat, nous commande une

    révision déchirante de la hiérarchie européenne, si l'on veut bien « oublier »

    sa performance moyenne de la Poule dont nous savons qu'elle est explicable.

     

    Sur ce dernier point, on ne peut

    passer sous silence les problèmes récurrents que nous posent les Poules d'Essai

    quant à leur régularité absolue, soit à cause du nombre excessif de partants

    (rarement), soit à cause du « tapis roulant » d'une corde ramenée à

    zéro pour l'occasion (fréquemment).

     

    LE DERBY D'EPSOM (NEW APPROACH)

     

    Le

    grand New Approach a eu l'occasion à

    Epsom de remettre les pendules à l'heure : le fils de Galileo est exceptionnel.

    Il est exceptionnel car il avait réussi une campagne de 2ans exemplaire,

    demeurant invaincu avec les National Stakes (Gr1) et les Dewurst Stakes (Gr1)

    dans son escarcelle, malgré des courses bien dures qui ont dû l'éprouver. Or ni

    son pédigrée, ni son physique alors décousu, le prédisposaient à de tels

    challenges. Il est exceptionnel car il est revenu « vivant » à 3ans,

    et il n'a échoué que d'un nez dans les 2.000 Guinées de Newmarket contre un

    super miler comme Henrythenavogator. Il est exceptionnel car 10 jours après

    avoir été défait au Curragh dans les Irish 2.000 Guinées, course dans laquelle

    il pencha gravement sur la fin, il revint à Epsom, où plus personne ne

    l'attendait à la fête, pour l'emporter sans coup férir sur tous les chevaux de

    tenue d'outre-manche.

    Il

    n'a rien d'autre à dire sur ce Derby, si ce n'est que New Approach sort de l'ordinaire, qu'il est train d'écrire une

    légende, lui le foal-à-la-cloche pour que sa mère aveugle ne le perde pas.

    Coup

    de chance pour lui, un problème de pied lui a évité le Derby d'Irlande, et lui

    a donc offert un certain repos « forcé », denrée rare chez Gentleman

    Jim…

     

    LE JOCKEY-CLUB (VISION D'ETAT)

     

    Beaucoup

    de points de suspension après la magnifique arrivée qui a vu le franco-français

    Vision d'État (Chichicastenango)

    battre à la lutte l'irlandais Famous

    Name (Dansili), ces deux mâles distançant la phénomène Natagora qui était à

    la limite de ses aptitudes. Sachant que Montmartre

    (Montjeu) n'a pas fait sa course, ainsi que Prospect Wells (Sadler's Wells),

    comment juger cette performance, comment évaluer cette édition de notre grande

    course ? Étant entendu que Vision d'État est sûrement un bon cheval comme l'ont

    prouvé ses sorties de l'année où il devançait facilement de bonnes valeurs

    comme Madagan (High Chaparral).

    Il

    est trop tôt pour répondre avec certitude mais un scénario inquiétant a été

    évoqué par certain observateurs. Il suppose que Famous Name, battu que d'une

    tête, n'avait gagné qu'un tout petit Irish Trial sans trop d'opposition

    crédible (aucun O'Brien n'y participait), et n'avait rien fait de saillant

    auparavant. Il suppose ce que tout le monde évoque, à savoir que Natagora a été

    battue par la distance, lâchant subitement prise à 150m du poteau, alors que

    son début de ligne droite fut spectaculaire. Ce qui signifie qu'en terme de

    rating, elle n'aurait pas fait sa valeur. Il suppose que Montmarte et d'autres

    n'ont pas fait leur course. Resterait alors la réalité d'un Jockey Club sans

    relief, sans véritable ligne étrangère, sans l'assise de Natagora pour « évaluer »

    la course, sans champion de sa génération Bref, une cuvée quelconque.

    Cette

    hypothèse pessimiste ne demande qu’à être démentie, et nous devrions en avoir

    le cœur net début septembre quand le protégé d'Eric Libaud fera sa rentrée,

    vraisemblablement dans le Prix Niel (Gr2). C'est alors que nous pourrons

    véritablement situer ce bon cheval, en espérant que le petit français fera

    taire les critiques, qu'il brisera le silence embarrassé qui l'entoure

    actuellement, les books lui accordant bien peu de chances pour l'Arc.

     

    LE PRIX DE DIANE (ZARKAVA)

     

    À

    l'opposé du Jockey Club, toutes les lignes se recoupent dans le Diane. Nos deux

    perles de la Poule avec l'excellente Gagnoa

    (Sadler's Wells) intercalée, qui coiffe une Goldikova présomptueuse et sans doute, elle aussi comme Natagora, à

    la limite de ses aptitudes. En surplomb de la mêlée, la reine Zarkava qui domine son sujet. Il faut

    avouer qu'elle forme un couple parfait avec son pilote qui, avec cette fée de

    l'accélération, déploie tout son art. Car il faut le culot et la confiance de

    ce grand et encore jeune jockey pour monter Zarkava dans ces classiques comme

    s'il s'agissait d'une banale course de semaine au sein de laquelle elle se

    plairait à musarder. Il faut la sublime inconscience de Christophe Soumillon

    pour avoir de tels nerfs en ces occasions qui n'ont lieu qu'une fois.

    Reste

    que l'analyse de Pascal Bary est la bonne : pour ce premier semestre, et sur

    ces distances (1.600/2.000m), les pouliches semblent supérieures aux mâles.

    Sachant que tout peut basculer à l'été, avec la maturité et l'allongement des

    distances.

     

    LES OAKS (LOOK HERE ET MOONSTONE)

     

    Les

    Oaks d'Epsom et celles du Curragh se sont coulées dans le même moule, avec

    leurs lots de surprises, et leur train d'enfer qui rendent les 2.400m pénibles

    pour des 3ans en ce début de saison. Les Oaks d'Epsom ont été une sorte de

    course par élimination, la plus performante dans ce terrain a été la fille du « nageur »

    Hernando, Look Here. Elle ne s'est

    jamais arrêtée dans son effort qui est devenu envolée. La protégée de

    l'entraîneur Becket, le cousin de Teddy Grimthorpe, a quand même laissé la

    seconde Moonstone (Dalakhani) à 4 longueurs,

    ce qui est appréciable rétrospectivement, vu la performance suivante de la

    fille de Dalakhani, fleuron de l'armada O'Brien.

    En

    effet, au mois de juillet, se déroulaient les Irish Oaks dont Moonstone était une favorite logique

    devant Gagnoa, seconde du Diane. Le

    match des battues d'Epsom et de Chantilly tourna à l'avantage d'Epsom puisque

    Moonstone l'emporta de peu sur sa compagne d'écurie Ice Queen (Danehill Dancer) qui devançait Gagnoa. Forte de cette

    courte victoire, de sa place d'Epsom et de la ligne Gagnoa, Moonstone s'impose comme la pouliche de

    référence d'outre-manche, cependant un cran en-dessous de Look Here à qui on demandera, dès sa prochaine apparition, sans

    doute dans les Yorkshire Oaks, de confirmer sa surprenante prestation d'Epsom.

    Si elle franchit cette étape, elle deviendrait la grande favorite du Vermeille

    qui s'offrirait à elle.

     

    LES ST JAMES’S

    PALACE ET LE JEAN PRAT (HENRYTHENAVIGATOR ET TAMAYUZ)

     

    Le

    Gr1 de Chantilly, heureusement placé après les batailles de juin, n'a pas la réputation

    et le palmarès des St James’s Palace Stakes courus à Royal Ascot. Il n'en

    demeure pas moins que nous avons voulu rapprocher les deux courses, que nous

    avons voulu mettre en perspective leur arrivée respective. Notre fil conducteur

    pour comparer ces deux épreuves est Raven's

    Pass (Elusive Quality), très bon second dans les deux courses, ainsi que Cat Junior (Storm Cat), régulier 4e

    les deux fois. Pour accréditer la ligne, appelons que Raven's Pass avait

    terminé 4e des 2000 Guinées .

    Le

    fils d'Elusive Quality avait terminé à 3/4 de longueur du Navigateur à Ascot et

    à 1 longueur 1/2 de Tamayuz (Nayef) à Chantilly à l'issue d'une course pas très

    heureuse, revenant le long de la corde d'une position d'attente. D'un autre

    côté Tamayuz n'était pas à fond dans le Jean Prat où il a réellement surclassé

    le lot, impressionnant à juste titre tous les observateurs. Par ailleurs

    l'autre ligne de Cat Junior confirme la première : en effet, Cat Junior était à

    4 longueurs du Navigateur dans les St James’s, et à 2 longueurs 1/2, le long de

    Tamayuz dans le Jean Prat. Sans vouloir prendre tous ces écarts au pied de la

    lettre, on peut avancer que Tamayuz a réalisé une performance de même qualité

    que celle de Henrythenavigator à Royal Ascot.

    Cette

    analyse confirme nos impressions, après avoir assisté à toutes ces épreuves

    classiques : Henrythenavigator et Tamayuz dominent clairement le mile

    européen, plaçant contre toute attente le poulain de Freddy Head à hauteur du

    crack de Aidan O'Brien. Leur rating commun pourrait être de 127, ce qui en dit

    long sur le niveau exceptionnel de ces poulains.

    Pour

    ceux qu'étonnerait le classement de Tamayuz, rappelons que ce poulain serait

    simplement invaincu aujourd'hui s'il n'avait pas été victime des circonstances

    dans la poule d'Essai. Estampillé JDG Rising Star l'année dernière, le fils de

    Nayef, dont il s'agit de la première production, est un miler d'exception, issu

    de l'extraordinaire famille d'Urban Sea. Si Freddy tenait le même type de

    discours que celui dispensé par Coolmore et Aidan O'Brien, les médias

    anglo-saxons rendraient justice au champion de Chantilly…

     

    LE GRAND PRIX DE

    PARIS (MONTMARTRE)

     

    Le

    nouveau Grand Prix de Paris serait, selon nos confrères britanniques, le

    « real French Derby ». En fait, dans l'optique classique, la réforme

    avisée et souvent mal comprise du Président de Rothschild, institue une

    sélection française évolutive en deux étapes, compatibles avec la maturité des

    organismes et la progressivité des efforts : d'abord le Jockey-Club sur 2.100m

    début juin à Chantilly, puis le Grand Prix de Paris mi-juillet sur 2.400m à

    Longchamp. Deux pistes différentes, les 2.400m de Longchamp à l'été, en bon

    terrain, étant certainement le parcours de sélection le plus régulier de

    France, sachant que les d'incidents de trafic sont assez fréquents à Chantilly.

    Et cette année, le problème de la distance n'a pas existé car Montmartre (Montjeu) n'aurait pas gagné

    à Chantilly si la distance avait été plus longue (il était inexplicablement

    hors course au début de la ligne droite), tout autant qu'il aurait triomphé à

    Longchamp de la même manière si le Grand Prix avait été sur 2.100m…

    Notre

    Grand Prix du 14 juillet nous a révélé un champion national. Dans une course

    qui a heureusement roulé, avec des leaders opérationnels, il y eût au début de

    la ligne droite une casaque verte qui était littéralement suspendue dans les

    airs, Christophe Soumillon gardant les mains « posées » sur le bas de

    l'encolure à la manière du grand Lester Piggott. Le premier jockey de l'Aga

    Khan n'eût qu'à lâcher la mécanique d'un appel de langue pour que le flying

    Montmartre creuse un écart considérable devant un peloton médusé: une

    impression stupéfiante de facilité et d'envergure, à l'image de son père

    Montjeu quand ce dernier était monté par Cash Asmussen.

    Des

    chevaux de la classe d’Alessandro Volta

    (le fou du Curragh), Doctor Fremantle (pas très heureux), Centennial, Curtain

    Call n'ont pas existé. Les bons Magadan

    (High Chaparall) et surtout Propspect

    Wells (Sadler's Wells) sont un peu revenus sur la fin dans les traces du

    crack. Il est évident que nous tenons là un prodige, du calibre des très

    grands. Un poulain qui défiera New Approach s'ils arrivent à se rencontrer,

    peut-être dans l'Arc que le monde entier a en point de mire. Comme l'a dit

    sobrement Soumillon : « Quel cheval ! »

     

    LE POINT D'ÉTAPE

    CLASSIQUE DE JUILLET : DES CRACKS !

     

    Repérer

    en un semestre autant de stars du Plat en France pour la génération des 3ans,

    est un événement qui fortifie l'activité hippique nationale. Le Galop français

    ne se vit que par ses champions, et ce sont ces joyaux qui motivent le plus

    petit éleveur, qui inspirent tout propriétaire, qui attirent de nouveaux venus.

    Notre activité est pure anticipation, et il est évident qu'un panorama aussi

    ensoleillé confère de la vigueur à tout acteur du Galop, où qu'il se trouve. La

    compétition hippique est une « aspiration par les meilleurs » ne

    cessait de répéter Jean-luc Lagardère qui, avant de produire Linamix, avait

    essuyé, avec patience et obstination, quelques plâtres…

     

    en sommes-nous en cette fin juillet ?

     

  • Côté filles.

    La reine Zarkava domine de la tête

    et des épaules. Mais c'est un autre chemin qui s'ouvre pour elle en septembre.

    Tentera-t-elle l'itinéraire des 2.400m avec l'Arc comme objectif ? Sachant que

    les 2.100m du Diane n'ont aucune valeur en terme de tenue réelle ? Rien ne

    semble décidé dans l'équipe de l'Aga Khan qui, pour l'instant, a deux cartes

    majeures dans son jeu. Cependant, les éleveurs envisagent avec difficulté un

    produit de Zamindar sur 2.400m.

    Les princesses Natagora et Goldikova se dirigent vers le mile, ce qui apparaît assez logique

    bien que les opportunités de Gr1 soient rares : Guy de Rothschild/Astarté et

    Opéra. À moins de se frotter aux mâles et/ou aux vieux.

    Les anglaises se rencontreront à

    York pour décerner leur couronne qui reste indécise entre Look Here et Moonstone,

    sachant que Natagora éclipse les Lush Lashes (Galileo) et autres Nahood (Clodovil) pour le sceptre des

    filles milers.

     

  • Côté garçons,

    la lutte est plus âpre car les très bons candidats sont nombreux. Sur

    2400m, on retrouve le leader New

    Approach et l'étoile montante Montmartre.

    Mais le premier risque un jour d'être fatigué, et le second doit confirmer son

    époustouflante démonstration du 14 juillet. Une défaillance de l'un ou de

    l'autre profiterait à Vision d'État

    (Chichicastengo) que l'on situe mal, et à son homologue irlandais Frozen Fire (Montjeu) dont on ne sait

    si sa victoire dans le Derby Irlandais est crédible tant cette course fut

    confuse.

     

  • Sur le mile,

    les derniers Gr1 ont éclairci la perspective : restent en scène, assez loin

    devant les poursuivants, le champion consacré Henrythenavigator et son homologue français pas encore reconnu, Tamayuz.

     

    Plus que jamais, la

    compétition est ouverte en Europe et la seconde partie de la saison s'annonce

    tout aussi passionnante que la première. Le cru 2008 est remarquable, et c'est

    avec enthousiasme que JDG suivra tous ces phénomènes dont l'existence valide la

    passion hippique, source de la culture des courses dont notre titre est devenu,

    en France, un des témoins essentiels.