Edouard de rothschild : « l'associatif  n'est pas l'ennemi du dynamisme, c'est plus une question d'homme que de structure. »

Autres informations / 15.08.2008

Edouard de rothschild : « l'associatif n'est pas l'ennemi du dynamisme, c'est plus une question d'homme que de structure. »

Jour De Galop. – Permetteznous, puisque nous sommes à

Deauville, en été, de vous poser des questions détendues et directes qui

tranchent avec les convenances qui lassent les lecteurs. Edouard de Rothschild.

– Le contexte nous y autorise, profitons-en!

 

Bien qu'actionnaire de référence du quotidien Libération,

vous semblez bouder les journalistes ? C'est inexact. Pourquoi serions-nous là ensemble

pour converser aujourd'hui? Je pense simplement qu'il ne faut pas abuser d'une

fonction présidentielle pour communiquer en permanence, et pour monopoliser la

parole. Les membres de mon équipe et France Galop interviennent souvent dans

les médias et c'est parfait ainsi.

 

Le monde des courses vous voit peu sur les hippodromes.

C'est bien simple : c'est une question de temps et de

disponibilité. Par exemple, je suis à Deauville en ce début août et vous m'avez

déjà vu trois fois sur l’hippodrome. Hélas, mon implication dans le domaine du

concours hippique, ainsi que mes activités professionnelles, me laissent un

temps limité, surtout en fin de semaine. De sorte que l'on ne me voit pas

souvent aux courses le Dimanche. Je le regrette.

En revanche, mais c'est moins visible, je consacre beaucoup

de temps à France Galop du lundi au mercredi où j'ai de nombreuses réunions et

rendez-vous. Ces activités sont essentielles pour l'avenir des courses mais

évidemment, nul n'est au courant. Elles sont plus importantes qu'un tour aux

courses pour serrer quelques mains.

 

C'est une conception de la Présidence ?

Puisque vous souhaitez qu'on parle vrai, je dirais que j'ai     une conception opérationnelle et efficace

de ma présidence, et non pas une conception représentative et mondaine.

 

Est-ce à dire que vous privilégiez l'équipe ?

Bien sûr. Le président de France Galop dirige une équipe qui

est double : d'une part, une grande équipe de collaborateurs sous la direction

d'Hubert Monzat, avec des techniciens compétents et fiables, attachés à France

Galop et à l'activité hippique, et d'autre part, une équipe de bénévoles,

Vice-Présidents, Conseil d'Administration, conseillers, avec lesquels je

travaille régulièrement. Et je m'applique à ce que les décisions importantes

soient prises dans un climat consensuel, bien que je n'ai jamais hésité à

arbitrer quand cela s'imposait.                   

 Il faut parfois

prendre des directions fermes, et même si cela ne plait pas à tout le monde, ce

qui est fréquent dans le cadre associatif qui est le nôtre, je tranche et

confirme le cap sans états d'âme.

La rumeur veut que vous soyez interventionniste, y compris

parfois dans des détails qui surprennent. Je suis fondamentalement un décideur

rapide, et donc impulsif et impatient, ce qui est parfois un défaut. Mais je

suis surtout un adepte du contact direct, du téléphone portable et de l’e-mail.

Grâce à cela, il est facile de me faire passer un message, de me demander un

avis ou un rendez-vous. Beaucoup le savent. Je ne me laisse pas enfermer dans

une tour d’ivoire, protégée par des collaborateurs qui filtreraient tout. Ce

n’est pas mon mode de gouvernance qui est plus direct, et sans doute plus

moderne.

 

Le croyez-vous compatible avec le modèle associatif qui est

celui de l'Institution?

Les gens critiquent le modèle associatif. Il est lent et vieillot,

mais il fait partie de la culture française. Il peut parfaitement fonctionner

dès lors qu’il n’exclut pas les valeurs de l’esprit d’entreprise, dès lors

qu'il exige le dynamisme des acteurs. Si cette adaptation au présent est posée

et réalisée, et c'est ce que je demande sans cesse, le cadre associatif reste

le fondement de notre institution qui regroupe ainsi ses acteurs que sont les

propriétaires, les éleveurs, les entraîneurs et les jockeys.

L'associatif n'est pas l'ennemi du dynamisme, c'est plus une

question d'homme que de structure. De plus, et cet aspect me semble décisif,

l'associatif permet d'œuvrer dans l'intérêt général des courses et de

l'élevage, à l'abri des visées privées des puissants. En ce sens, nous sommes

un modèle de démocratie, et le régime associatif est le garant des grands

équilibres que réclame notre activité.

 

Quand vous parlez d'équilibre, pensez-vous à la Province ? À

ses nombreux hippodromes ?

Non, la question provinciale n'est pas une question

d'équilibre. J’ai repris à mon compte puis développé la politique de

décentralisation. Sans cet axe de développement majeur, jamais nous n’aurions

pu augmenter les allocations sur un rythme de 5% par an jusqu’en 2007, et de 4%

pour l’année en cours. La Province représente donc un axe de développement au

moment où le marché des jeux en Europe va connaître une profonde mutation. Sous

le contrôle des sociétés-mères du Trot et du Galop, le maillage provincial

incarne une politique du territoire hexagonal qui sera un véritable atout pour

notre activité.

 

Et les hippodromes si nombreux…

J'y viens. On ne peut pas ne pas se poser la question de

l’organisation globale des courses en France, de son économie, de ses

infrastructures, et donc de ses hippodromes. J’ai demandé qu’on étudie avec objectivité

la pertinence de la “Carte de France” des hippodromes et qu’on examine la place

de chaque hippodrome. Des réorganisations, des économies d’échelle sont

possibles et se réaliseront à brève échéance. Les deux sociétés marseillaises

ont fusionné en une seule, et cela marche formidablement bien. Les deux

sociétés lyonnaises réfléchissent à leurs synergies. Rien n'est figé, et nous

évoluerons dans le bon sens de la rationalité économique et sportive, ainsi que

de la qualité opérationnelle des sites.

Car il y a un critère sur lequel je serai intransigeant :

celui de la sécurité. Je suis interpellé par les nombreuses chutes et incidents

de ces derniers temps. Rien ne peut, à mes yeux, justifier le maintien de sites

dangereux, de pistes inappropriées, voire médiocrement entretenues.

Puisque nous invoquions les équilibres, on connaît votre

passion de propriétaires pour les courses plates. Moins pour celles de

l’obstacle...

En effet, mon histoire et ma culture familiale me portent

vers les épreuves de sélection en plat. Je le revendique évidemment. Mais Le

Président de France Galop que je suis n’oublie pas pour autant cette discipline

où l’élevage français, qu’il s’agisse des pur-sang ou des AQPS, brille par tant

de succès sur les scènes internationales. J’ai régulièrement des partants en

obstacle, entraînés par Jehan Bertran de Balanda qui est un professionnel que

j’estime beaucoup.

C’est sous ma présidence que le week-end international de

l’obstacle d’Auteuil a vu le jour, donnant à l’obstacle une seconde vitrine

médiatique et sportive après celle du Gras Savoye Grand Steeple Chase de Paris.      

 Je veux aussi

souligner qu’en liant le sort d’Auteuil et de Longchamp dans la négociation

avec la Ville de Paris sur le renouvellement des baux, j’ai assuré la pérennité

des deux hippodromes, sans états d’âme, sans préférence ni parti pris. J’ai la

responsabilité du plat et de l’obstacle et je l’assume pleinement.

 

Puisque vous avez mentionné nos hippodromes, un mot sur la

qualité des pistes de nos grands champs de courses, comme celui de Deauville où

nous sommes.

C'est un vaste sujet sur lequel nous reviendrons chez France

Galop dans les prochains temps, quand nos instances seront saisies. Du fait de

l'évolution du calendrier qui veut que le galop fonctionne toute l'année, on

court beaucoup plus qu'avant sur tous nos hippodromes "parisiens"

dont Deauville, et les pistes souffrent énormément malgré le professionnalisme

de ceux qui les entretiennent. Certaines pistes de Province connaissent

d'ailleurs la même surcharge. Le problème est grave.

Je proposerai donc une réflexion dans deux directions :

d'abord une complémentarité intelligente et flexible entre l'herbe et le sable

fibré ou autres surfaces synthétiques en région parisienne, ce qui suppose que

nous nous dotions d'au moins une piste de ce type à Paris le plus rapidement

possible. Ensuite, nous réfléchirons à la réfection de nos grandes pistes en

herbe existantes, proposant des utilisations plus intelligentes, autrement

agencées, comme l'hypothèse de scinder la piste de Longchamp en deux pistes

distinctes, pour des compétitions différentes.

  Les professionnels vont être heureux de

découvrir que vos préoccupations rejoignent les leurs, ce qu'ils semblent

ignorer. Ils vous imaginent ailleurs…

Je comprends leur méprise. Ils m'ont élu pour que je règle

les grands problèmes politiques et économiques de l'avenir des courses et de

l'élevage. Pas vraiment pour que je leur parle de la piste de Deauville ou de

Longchamp. Et pourtant les deux m'intéressent, je dirais même qu'ils sont liés

dans la politique globale de développement du Galop que j'envisage dans le long

terme.

 Puisque vous

mentionniez les grands problèmes, pourriez-vous nous faire un point rapide sur

le sujet crucial de l'ouverture du marché des jeux ? Quelques mots seulement,

car le calendrier fera que je reviendrai plus longuement sur ce sujet avant la

fin de l'année. Mais je ne veux pas du tout esquiver ce champ qui est, comme

vous le savez, décisif pour notre avenir. Nous vivons un bouleversement qui n'a

pas d'équivalent dans l'histoire de notre activité. J'y consacre tout mon temps

et toute mon énergie depuis de nombreux mois, sans que cela se sache sur les

hippodromes. En ce sens, une des raisons qui m'a poussé à demander à Hubert

Monzat de rejoindre France Galop, est précisément son expertise en ce domaine,

expertise qu'il a exercée dans sa collaboration avec Eric Woerth.   

 Depuis de longs mois,

nous travaillons avec nos homologues du Trot, avec le PMU, avec l'aide des

consultant en stratégie McKinsey, à l'élaboration d'une stratégie propre aux

Sociétés-mères pour affronter positivement l'ouverture du marché des paris

hippiques et sportifs requise par Bruxelles. Nous avons encore eu une réunion

il y a 48 heures pour affiner notre position, et raffermir l'unité des

dirigeants des deux disciplines qui constituent les courses françaises.

Est-ce à dire que Trot et Galop sont d'accord sur tout ?

Contrairement à de fausses rumeurs, je peux vous confirmer que nos positions

sont identiques, que nous avons défendu solidairement et victorieusement le

principe du mutuel pour les paris hippiques, et que nous sommes décidés de

relever ensemble le défi des paris sportifs, quelles que soient les formes

qu'ils seront amenés à prendre, suivant la volonté des Fédérations sportives

concernées. Cette politique unitaire et paritaire des Société-mères se retrouve

au sein de notre filiale commerciale qu'est le PMU, qui ne changera pas de

statut juridique. Quant à notre objectif principal du maintien d'un "retour"

identique à la filière des produits des enjeux, je peux vous confier que le

Gouvernement et nous-mêmes travaillons ces jours-ci en vue d'une solution

législative très proche qui garantirait les ressources de notre activité.

Pouvez-vous nous en dire plus sur cette ouverture ? Ce

serait à la fois imprudent et prématuré, et même discourtois pour mes

administrateurs et collaborateurs avec qui je ne me suis pas encore entretenu.

Irez-vous aux ventes de yearlings vendredi ? Certainement.

C'est un des temps forts de l'élevage français et européen, et cela fait partie

de mon information et de ma mission d'y prêter attention. Le dynamisme et les

bons résultats récents de l'élevage français fortifient la maison Galop.

Chacun sait que vous vendez deux yearlings vendredi,

notamment un poulain par Galileo (lot 30) qui pourrait attirer les convoitises

des grands acheteurs. Qu'en attendez-vous et quels sont vos pronostics pour ces

ventes d'Arqana ?

Le financier que je suis m'enseigne qu'il est bien téméraire

d'anticiper la tendance d'un marché aussi spécifique que celui des yearlings.

Aussi, en ce qui concerne la tenue générale, je la souhaite positive pour tous

les éleveurs français qui réaliseront en quatre jours l'essentiel de leur

recette annuelle, et qui ont beaucoup investi pour se hisser au niveau

international. Quant au poulain que vous mentionnez, en tant qu'éleveur, je

l'aime beaucoup moi aussi, et je souhaite qu'il soit très bon pour celui qui

l'achètera, quel que soit son prix.