Suite de notre grand débat jean-paul gallorini : « la vraie question, c’est celle du respect du personnel »

Autres informations / 27.08.2008

Suite de notre grand débat jean-paul gallorini : « la vraie question, c’est celle du respect du personnel »

 

JDG. – Etes-vous étonné de voir un débat surgir sur les conditions d’entraînement Paris-Province ?

Pas du tout. Ca fait plus de vingt ans que je le dis ! A l’époque, on me disait que j’étais trop critique… Le problème, c’est que si les courses sont un sport, tout le monde doit partir sur la même ligne. Or ce n’est plus le cas aujourd’hui. Je me réjouis de voir que le PMU est florissant, que les ventes de Deauville ont été en hausse, etc, mais ces réalités ne doivent pas cacher les difficultés que nous rencontrons tous les jours. Il faut dire la

vérité : la décentralisation, c’est une catastrophe pour les entraîneurs et les employés. Ce n’est que coûts et fatigue supplémentaires… Je suis d’accord pour faire des partants pour le PMU, mais je ne reconnais plus mon métier : certains jours, au rond, on voit des chevaux qui sortent à peine du pré, avec le poil « long comme ça », à peine ferrés. C’est cela, un partant ?

 

Mais sur le débat lui-même ?

Il est stérile de dire : « C’est la faute à la province, c’est la faute à Paris ». Il faut se poser des questions et s’asseoir tous autour d’une table pour en parler. Les courses ont besoin d’Etats généraux, où la question centrale sera celle du personnel des écuries. La vraie question, c’est celle du personnel. Si nous n’agissons pas, les courses resteront un sport antique, avec des conditions de travail qui sont à peine plus valorisantes qu’au XIXe siècle ! A l’époque, pour payer le personnel, on donnait un « verre d’eau ».                     

 

Un débat s'instaure entre socioprofessionnels autour des conditions économiques d'entraînement, autour du programme des courses, et d'autres sujets connexes. Nos colonnes sont donc ouvertes à ceux qui souhaitent intervenir, en vue de proposer analyses et suggestions positives – et ceci sans porter atteinte aux personnes, sans attaques personnelles, ce qui a toujours été la ligne de notre publication.                          M.C.

 

JEAN-PAUL GALLORINI

 

Et si le gars avait bien travaillé, on ajoutait un glaçon !

« Et attention petit, surtout, ne le dis à personne, je ne veux pas que cela s’ébruite… » A part la création de l’Afasec, les choses ont très peu évolué en un siècle. Notre personnel n’est pas assez respecté, financièrement et moralement.

 

Quelle solution proposez-vous ?

Le problème ne sera pas facile à résoudre, mais il faut déjà se réjouir de la prise de conscience actuelle. Toutes les idées sont bonnes à prendre. A titre personnel, je proposerais par exemple que soit prélevée, sur les gains, une prime individuelle qui irait au lad d’un cheval finissant à l’arrivée. Voilà une des évolutions qui pourraient permettre de lutter contre le travail au noir et qui motiverait les troupes.

 

D’autres évolutions ?

Notre sport a besoin de se professionnaliser. On se réjouit du bénévolat. Mais moi, je suis archi-contre. Au contraire, nous avons besoin, dans notre sport où les enjeux sont énormes, de vrais professionnels. Pour prendre l’exemple des commissaires, je pense qu’ils devraient être salariés par l’Institution. Comment prétendre avoir des gens compétents si on ne les paye pas ?

 

 

 

MICHEL ROUSSEL : « AU TROT, LA TRÈS LARGE BASE PERMET D’AVOIR UNE ÉLITE »

Michel Roussel a ceci de particulier, et de rare, qu’il a d’abord été driver et entraîneur au trot avant de s’installer au galop. Cette double expérience lui confère un regard original sur l’actuel débat Paris-Province.

 

JDG.   – Que pensez-vous du débat né le week-end dernier ? Michel Roussel. – Franchement, je le trouve étonnant. Déjà, notre élevage ne va pas très bien, car les meilleures pouliches partent tous les ans à la saillie à l’étranger. Alors aujourd’hui, il ne faut pas qu’il en soit de même au niveau des entraîneurs. En province, nous faisons tous les jours de gros efforts. Et si notre prix de pension est ce qu’il est, c’est parce qu’il permet de garder des propriétaires qui ne souhaitent pas payer plus de 1500€/mois. Sans nous, il y aurait moins de propriétaires. Donc je ne comprends pas que l’on nous montre du doigt. Que veut-on ? Tuer les petits entraîneurs ? Mais qui fera des partants ?

 

Comment est organisée votre écurie de La Teste ? J’ai 18 chevaux et cinq personnes à mon service, toutes déclarées ! Je peux me tromper, mais je ne connais pas d’entraîneur à La Teste qui paye ses employés au noir. Les miens sont aux 35 heures et touchent des heures supplémentaires pour leur travail du week-end. Mon prix de pension est de 43€/jour, ce qui fait 1300€/mois. C’est jusqu’à deux fois moins cher que certains. Et pourtant, le foin, la paille et l’avoine ne me coûtent pas deux fois moins cher. Et toutes les semaines, on est sur les routes : Vichy, Marseille, Longchamp… Alors quand on se déplace, il faut prendre de l’argent ! Et l’argent est à Paris. A Longchamp, on va gagner un réclamer où il y a 12.500€ plus les primes, parce qu’un maiden F dans le Sud-Ouest, c’est 7.000€ plus les primes.

 

Pourquoi ce même débat n’existe-t-il pas au trot ? Au trot, la méthode, l’organisation générale, est bonne. On n’a privilégié personne. On n’empêche pas les petits de réussir à Paris. Si bien que nous avons une très large base. Et c’est elle qui permet d’avoir une élite, qui elle-même motive la base.