Mathet après mathet

Autres informations / 06.09.2008

Mathet après mathet

IL Y A 100 ANS, NAISSAIT FRANCOIS MATHET (PARTIE 4)

par Guy THIBAULT, historien des courses

Le 21 mai 1908, naissait François Mathet. JDG, par la plume

de Guy Thibault, lui rend hommage tout au long de la semaine. Après les trois

premières parties de notre série, voici la dernière, consacrée à l’héritage du

maître…

Décédé subitement le 11 janvier 1983, seulement trois mois

après la victoire d’Akiyda dans l’Arc de Triomphe, François Mathet demeure

inoubliable. Son nom, qui a été attribué à une avenue de  Gouvieux  et à une course (Listed) de Longchamp, est lié

à celui d’Yves Saint-Martin, véritable fils spirituel. « Fils aîné », entré en

apprentissage en 1955 et détenteur de sa première « Cravache d’Or » en 1960,

année même du mariage de son maître dont naîtront deux garçons. À la question

posée par Maurice Bernardet (Week-End, mai 1969), « Saint-Martin est-il, selon

vous, le meilleur jockey que vous ayez vu monter ? » Mathet reconnaît : « Il

est sans aucun doute le plus complet. Il possède un ensemble de qualités que

l’on trouve rarement réunies. Il y a eu probablement de meilleurs finisseurs,

de meil-

leurs tacticiens, de meilleurs cavaliers. Mais je n’en ai

pas connu qui réunissent en un seul individu les dons de ce garçon. Le bon

équilibre, le sang-froid, l’esprit de décision, la patience, le courage

physique et moral, la force des muscles et du caractère et une parfaite

droiture sont les atouts qui ont permis sa très grande réussite. Croyez-moi,

elle n’est pas due au hasard. »

Toutefois, le fils prodigue n’hésite pas à répondre aux

sollicitations de Daniel Wildenstein en août 1970 et à quitter son maître qui

en est ulcéré. Mais celui-ci saura sait pardonner l’abandon lors de

retrouvailles en 1979.

 

Titulaires d’un nom difficile à porter dans le milieu des

courses, les deux fils de François Mathet s’y risqueront pourtant. L’aîné

Melchior-François, après avoir appris en Californie le métier d’entraîneur, l’a

pratiqué en France où son pensionnaire Boismorand a enlevé le Grand Prix de

Vichy en 2001. Le cadet Hubert a suivi la voie paternelle comme cavalier. Il a

été un amateur talentueux, comme en témoignent ses victoires obtenues dans le

Grand Prix des Gentlemen en 1982 et dans le Prix Georges Courtois en 1986.

 

Le turf est aussi redevable à François Mathet de quelques

autres jockeys, tels Maurice Bouland, Alain Lequeux, Jean Parra, Michel Quémet,

Daniel Rouillès, Édouard Windrif, ainsi que des entraîneurs l’ayant assisté

plusieurs années comme Miguel Clément, Robert de Mony-Pajol, Emmanuel Chevalier

du Fau, Yves de Nicolay, Henri-Alex Pantall et Jonathan Pease.                          

Enfin demeure le souvenir de François Mathet éleveur.

Souvenir, peu connu – fondé sur des faits moins spectaculaires –, mais toujours

présent grâce à la descendance des sujets élevés par lui au haras de la

Chartreuse de Bourfontaine dans l’Aisne. Nouveau défi que ce choix de terres

non pas normandes, mais situées à l’orée de la forêt de Villers-Cotterêts,

région réputée froide. Mais terres permettant une surveillance fréquente –

grâce à un accès rapide de Chantilly – au cœur d’un domaine grandiose, dont les78

hectares (entièrement clos de murs) entourent une ancienne abbaye fondée au

XIVe siècle. Commencé en 1962, souvent en partenariat avec certains

propriétaires (Mme André Rueff, le baron Van Gysel), l’élevage se composera

bientôt d’une vingtaine de poulinières sélectionnées surtout pour leurs

performances. Dès 1964,  naissance         d’Ancyre, deuxième de la Poule d’Essai

des Pouliches derrière la championne Gazala. Puis viennent deux talentueux

sauteurs : en 1968 Le Vermandois (Prix Renaud du Vivier), et en 1970 Dom Helion

(Prix Cambacérès, Renaud du Vivier et La Haye Jousselin). Au terme d’une

dizaine d’années – délai usuel – se succèdent de nombreux fruits savoureux en

majorité porteurs de noms de personnages éminents de l’ancienne abbaye ou de

localités régionales.

1974 : Dom Alaric, fils d’Ordenstreue (Preis der Diana),

lauréat à 3 ans du Grand Prix de Deauville et du Prix Prince Rose à Ostende.

1975 : non seulement Dom Racine (Prix Jean Prat, Prix La Force, puis père de

Deep Roots, Prix Morny), mais aussi Frère Basile, gagnant du Prix Hocquart

avant de perdre le Jockey Club d’un nez, celui d’Acamas. 1983 : à la mort de

leur père, les frères Mathet, s’ils continuent temporairement l’élevage,

mettent en vente aux enchères dès le 3 mars vingt-six chevaux à l’entraînement

portant tous la marque de Bourfontaine,        quatorze

mâles appelés « Dom » et douze femelles prénommées « Marie ». Parmi eux, deux

3ans vont s’illustrer immédiatement : Marie de Litz (Prix de Pomone et

Royaumont) et Dom Pasquini, lauréat du Prix Greffulhe, 4e du Jockey Club puis

tête de liste des pères de sauteurs en 1995, 1996 et 1998.

 Top de la vente (840

000 F), Marie de Flandre (1980) va faire honneur à la marque Bourfontaine en

donnant le jour à Solo Mio (1994, quatre Gr3), comme le feront ses sœurs

utérines, Marie de Russy (1979, mère de Top Sunrise, Prix Berteux 1988), Marie

de Fontenoy (1983, grandmère de Marienbard, héros de l’Arc de Triomphe 2002) et

Sakura Reiko (1984, Prix Morny).

Cinq autres Marie prendront le relais : Marie de Solesmes

(1976, mère de Cœur de Lion, Prix Exbury 1988, et arrière-grand-mère de Maille

Pistol, Prix Greffulhe et Hocquart 2001) ; Marie d’Irlande (1979, mère de

Sierra Madre, Prix Marcel Boussac et Vermeille, ellemême mère d’Aljabr lauréat

des Sussex Stakes 1999) ; Marie d’Argonne (1981, mère de Polar Falcon, Haydock

Sprint Cup 1991 puis père de l’excellent étalon Pivotal) ; Marie de Vez (1982,

grand-mère d’Ana Marie, Prix d’Harcourt 2003) ; et enfin Marie de Beaujeu

(1983, mère de All My Dreams, Deutsches Derby 1995).

Ainsi durant les deux dernières décennies, nombre

d’excellents chevaux descendirent de juments portant la marque de fabrique «

Bourfontaine », haras dont les produits furent soigneusement élaborés par celui

qui, maître entraîneur, n’avait pas hésité – à cinquante-quatre ans – à

s’asseoir sur le banc d’une école en affichant l’écriteau « élevage ».

  

« Le bon équilibre, le sang-froid, l’esprit de décision, la

patience, le courage physique et moral, la force des muscles et du caractère  et une parfaite droiture sont les atouts qui

ont permis la très grande réussite d’Yves Saint-Martin. Croyez-moi, elle n’est

pas due au hasard. »