Tétière : international

Autres informations / 05.09.2008

Tétière : international

 

Bookmakers : un trou d'air révélateur en Irlande

 

La

journée de mercredi fut très animée dans les officines des bookmakers anglais

et irlandais. Tony Kenny, qui représente le fameux book William Hill, raconte

le déclenchement de la crise qui a conduit à la suspension de la prise de paris

sur les Irish Champion Stakes : « Entre 9h et 9h30 du matin, nous avons

pris plusieurs paris importants, chacun de plusieurs milliers de Livres

Sterlings, sur les chances de New Approach, alors que le favori de l'épreuve

est Duke Of Maramalade. Ce mouvement inattendu et massif nous a conduit à

suspendre tout pari sur cette course, en attendant de voir ce qui arrive ».

Dans

le mouvement, Duke Of Marmalade est remonté dans la matinée à 4-1 chez Betfair

dont le porte-parole Tony Calvin précisait « qu'il s'agit peut-être d'une

tendance infondée, et qu'il y a  peu de

paris ». D'ailleurs dans l'après-midi le favori était réajusté à 5-2, ce

qui est néanmoins une cote très élevée chez les books pour un archi-favori

comme le Duke qui est invaincu cette année.

De

son côté, Ladbrokes reconnaissait vivre le même mouvement : « Nous avons

eu beaucoup de paris sur les chances de New Approach aujourd'hui (mercredi,

ndlr), précisait le porte-parole David Williams. Cela n'est peut-être pas très

significatif, mais nous avons préféré suspendre les paris et attendre pour

rouvrir nos livres. »

Jeudi

matin, sur le marché gris, New Approach était à égalité alors que Duke Of Marmalade

était à 3-2.

Cet

épisode inhabituel de grande effervescence, autour de cette épreuve classique,

a donc suscité une mini-crise dans le monde du bookmaking anglo-saxon qui a

préféré « geler » les paris afin d'éviter de trop grandes pertes pour

leur maison respective. En effet, avant la tempête de hier, le Duke était grand

favori en dessous d'égalité, et New Approach qu'il avait battu à York il y a 10

jours n'avait que la seconde chance à 5-2. Dans ces circonstances que les books

ne contrôlaient plus, ils ont préféré suspendre le marché comme cela se fait

dans de très rares occasions de crise sur les marchés boursiers.

Cette

réaction nous démontre la très grande similitude d'inspiration libérale entre

la spéculation boursière et le bookmaking, tous deux reposant sur une détention

ou une appréciation de l'information par les acteurs. Mais ce qui semble normal

pour l'activité boursière qui n'est qu'anticipation, l'est beaucoup moins pour

le pari hippique qui repose sur des informations transparentes à la disposition

de tous les turfistes. C'est pourquoi la suspension des paris qui a été décidée

unilatéralement par les offreurs/vendeurs souligne l'extrême fragilité du

bookmaking ainsi que sa « vérité nue » : une activité profitable

contrôlée par les distributeurs de paris et non par les autorités organisatrices

de courses.

Il

est vraisemblable que la précipitation de certains vers les chances du champion

New Approach procède de deux facteurs : d'abord la météo qui prévoit de la

pluie pour samedi et donc un terrain lourd que n'affectionne pas vraiment le

Duke à l'inverse du protégé de Jim Bolger. Ensuite, mais chacun le savait,

Mister Jim avait précisé partout que son cheval serait bien mieux qu'à Newmarket

où il était arrivé avec peu de travail suite à son repos forcé de juillet.

Mais

indépendamment des fondements de l'inversion du betting, cette suspension/crise

révèle que le bookmaker est directement intéressé par l'arrivée future, et

qu'il en est le premier anticipateur. Et quand son anticipation lui échappe

momentanément, il préfère fermer la boutique, ce qui est dit long sur le statut

du parieur dans une configuration de bookmaking. Il semble salutaire que cette

démonstration parvienne aux sportifs français qui s'apprêtent à découvrir des

opérateurs privés, producteurs de cotes fixes. Les Fédérations sportives, déjà

alertées par l'affaire Davidenko, comprendront alors qu'il est difficile

d'assurer la régularité des épreuves, et de la prise de paris, quand le

producteur de pari est le premier concerné par le résultat.