Marchand d’or en champion dans une abbaye recourue

Autres informations / 06.10.2008

Marchand d’or en champion dans une abbaye recourue

Le Prix de l’Abbaye de Longchamp (Gr1, 1.000m) 2008 restera

pour toujours dans les annales. Car il n’y a pas eu une course mais deux !

A 14h15, Overdose (Starborough)

remporte l’épreuve dans un temps canon : 54’40’’, en solitaire. Et pour

cause, le départ a été repris. Pourtant Andreas Suborics – et d’autres jockeys

– n’ont pas « reçu » l’info et ont donc demandé à leur monture

d’effectuer leur course. Les commissaires décident de reprogrammer l’épreuve en

fin de réunion, à 18h30 (lire « L’incident »). C’est en fait à 19h

que se court le véritable Prix de l’Abbaye duquel trois chevaux sont absents,

déclarés non-partants par leur entourage. Marchand d’Or fait alors étalage de

sa grande classe remporter avec de la marge le Groupe 1 français majeur des

sprinters. La victoire est convaincante d’autant plus que le 5ans affole lui

aussi le chronomètre : il réitère exactement le même temps qu’Overdose,

54’40’’. Soit seulement un dixième de plus que le record de l’épreuve (et de

France) établi par Habibti (Habitat) en 1983.

 

Freddy Head : « On tutoie l’exceptionnel »

Ils sont dix-sept à prendre part

au Prix de l’Abbaye de Longchamp, le vrai, celui de 19h. Overdose, Desert Lord

(Green Desert) et Only Answer (Green Desert) ne sont pas présentés par leur

entourage.

Parti tout à l’extérieur du

peloton, Marchand d’Or a bénéficié d’un parcours en or, à flanc du peloton mais

dans le sillage d’Equiano (Acclamation). Lancé comme à son habitude d’assez

loin, il a regagné de manière très impressionnante les distances qui lui manquaient

sur Moorhouse Lad (Bertolini) le premier à avoir pris les devants après la

mi-course. Ce qu’expliquait avec admiration Davy Bonilla lors de la remise des

trophées. « La course s’est déroulée

comme dans un livre. Derrière Equiano, nous avons eu un super parcours et

malgré un petit passage à vide, il a répondu à ma demande lorsque je lui ai

demandé de vraiment accélérer. C’est dommage pour le record. Nous aurions pu le

battre car nous avons fait les derniers 100m en roue libre. Je n’allais pas le

solliciter pour ça. La course était gagnée. »

Freddy Head ne pouvait cacher son

émotion en attendant le retour de son sprinter si exceptionnel. « On tutoie l’exceptionnel ! Il

est formidable. Comme beaucoup, j’étais inquiet lorsque nous sommes revenus aux

écuries après le faux départ. Mais le cheval a décompressé très vite et j’ai

donc décidé de courir une nouvelle fois. »

Moorhouse Lad conservait

finalement la deuxième place après avoir résisté de son mieux à Marchand d’Or

jusqu’à 100m du but. Borderlescott (Compton Place) a confirmé sa récente

victoire des Nunthorpe Stakes (Gr1) en offrant une belle fin de course pour

s’emparer de la 3e place. Son entraîneur, R. Bastiman, a déclaré ne

pas envisager le Breeders’ Cup (Gr1, 1.200m) car son pensionnaire ne peut

s’exprimer à ce niveau sur 1.200m.

 

Une remise de

trophées trébuchante

Au moment de descendre les quelques marches de l’estrade de

remise des trophées, deux hommes en blanc surgissent, bouteilles de champagnes

à la main. Christophe Soumillon et Dominique Bœuf viennent assurer la grande

classique douche au champagne. Tout le parterre récompensé en profitera. Freddy

Head, dans un mouvement d’esquive veut descendre et glisse malencontreusement

sur une marche pour se retrouver au sol, sa coupe encore en main. Tout se finit

dans un fou-rire général.

 

Les références des

plus grands

Marchand d’Or possède dorénavant

un palmarès digne des plus grands sprinters : cinq Groupes 1 dont trois

différents : les Prix Maurice de Gheest (3 fois), le July Cup et le Prix

de l’Abbaye de Longchamp. Dire que Freddy Head possède des références

nombreuses en matière de sprinters de légende est un euphémisme. Dans sa

position d’ancien top-jockey et d’observateur des courses internationales, il

en a côtoyé beaucoup. Et les comparaisons fusent pour Freddy. « Reste-t-il

encore des choses à dire ? Je n’en ai jamais monté un comme lui, même pas

Anabaa… Marchand d’Or a plus de vélocité que lui. Il me fait penser aux

sprinters que l’on voyait il y a trente ans. Il est pour moi devenu l’égal des

Habibti ou Dayjur.» Le reste de la saison passe maintenant par Hongkong et son

Sprint (Gr1). « Il devrait aller à Hongkong s’il a bien récupéré car il a

fait une course aujourd’hui. Réaliser ce chrono n’est pas anodin et exige

d’énormes efforts. »

 

 

ABBAYE 1 :

OVERDOSE

A 14h15, à l’ouverture des stalles, celle de Fleeting Spirit

(Invincible Spirit) reste obstinément fermée. L’aide starter placé environ 200m

après les stalles fait le signal du faux départ en bougeant ostensiblement son

drapeau rouge. Mais le peloton est compact et la reprise des concurrents par

leurs jockeys se fait par vague et de manière disséminée. Ceux de l’extérieur

s’arrêtent les premiers alors que ceux de la corde sont entrés dans la course.

De nombreux jockeys déclareront ne pas avoir vu le signal. En particulier le

signal lumineux, une sorte de feu rouge placé lui aussi 200m devant les

stalles, n’a pas été déclenché en temps et en heure et n’a donc pas joué son

rôle de relais d’avertissement.

Overdose et Andreas Suborics ont, de leurs côtés, fait leur

course en avant – comme d’habitude – suivis par Strike Up The Band (Cyrano de

Bergerac) qui prendra la deuxième place d’une course annulée. Au total, ce sont

au moins sept concurrents qui sont allés au bout des 1.000m. Le temps réalisé

par Overdose de 54’’40, à un dixième de seconde du record d’Habibti et

strictement égal au chrono de Marchand de Sable, laisse songeur. C’est une

vraie performance sportive qu’a réalisé Overdose. On peut d’ailleurs relever

que ce dernier reste invaincu dans tous les sens du terme : dans son

palmarès et sur la piste.

 

Le point de règlement

Le juge au départ de la réunion, Jean-Louis de Watrigant, a

immédiatement arrêté la course et comme le Code des Courses l’y autorise, a

demandé aux concurrents de revenir sous ses ordres. Il a alors été décidé de

reprogrammer la course en fin de réunion.

 

Les décisions

corollaires

Le report de la course en fin de réunion a été accompagné

d’aménagements importants. Les délais usuels qui interdisent l’annulation de

paris enregistrés ont été neutralisés. Les joueurs ont ainsi pu se faire

rembourser en toute liberté et en fonction de leur choix (sauf pour les jeux

engagés sur pmu.fr). Les paris sont aussi restés ouverts sur l’épreuve jusqu’au

départ de l’épreuve.

 

Overdose : un trop plein de frustation

L’entourage d’Overdose était

évidemment extrêmement déçu. Si l’entraîneur, S. Ribarszki, a rapidement pris

la décision de déclarer Overdose non-partant pour le départ de 19h, le propriétaire,

Zoltan Mikoczy, ne décolérait pas. En revanche, un membre de l’entourage nous a

déclaré avec humour : « Ca vous arrive souvent ici ce genre

d’incident ? Ca n’arrive jamais en Hongrie en tout cas. C’est même très

drôle d’une certaine façon. »

 

 

Les déclarations de la première épreuve

Jeremy Noseda, entraîneur de Fleeting

Spirit (resté au poteau) :

« Elle a cogné fort sa tête

contre la stalle… »

 

Freddy Head, entraîneur de  Marchand d’Or (arrêté) :

« Il y a une règle et je ne

comprends pas pourquoi ils ne recourent pas tout de suite. Le drapeau était

levé et tant pis pour les autres qui ne l’ont pas vu. Je ne sais pas pourquoi

ils veulent le courir en fin de réunion, ils devraient le faire tout de suite,

et ceux qui veulent courir, courent, ce qui ne veulent pas, ne courent pas.

C’est déjà arrivé comme ça au moins dix fois…. « 

 

 

Christophe Soumillon, jockey de Tiza :

« Je me tout de suite rendu

compte du faux départ en voyant l’homme au drapeau rouge sur la piste car

j’arrivais droit sur lui. J’ai crié à mes confrères qu’il y avait faux

départ. »

 

Lanfranco Dettori, jockey de Dandy

Man :

« Avec le 8 dans les stalles

de départ, je n’ai pas vu le préposé au drapeau à l’extérieur, ni aucun flash

allumé indiquant qu’il y avait faux départ. »

 

 

Dominique Bœuf, jockey de Mariol :

« J’affirme que les spots

indiquant le faux départ étaient éteints et vu ma position dedans (2), je ne

pouvais pas voir le drapeau rouge à l’extérieur. J’ai compris qu’il y avait

faux départ en entendant Christophe Soumillon crier. »

 

 

Davy Bonilla, jockey de Marchand

d’Or :

« Lorsque j’ai vu le porteur

du drapeau rouge j’ai tout de suite repris pour arrêter mon cheval puisque le

faux départ était annoncé. »