Génération 82

Autres informations / 18.12.2008

Génération 82

Tout au long de l’année 2008, les pouliches françaises nées en 2005 nous ont fait vibrer, en France et dans le monde entier. Les exploits de Zarkava (Zamindar), Goldikova (Anabaa) et Natagora (Divine Light) resteront à jamais gravés dans le marbre. Cette génération dorée est à comparer avec un autre grand millésime : celui des pouliches nées en 1982. Retour sur ces femelles qui dominèrent gaillardement les mâles.

 

ANNÉE 1984

Seven Spring, la plus précoce

Dès le début de la saison, les pouliches "speedées" amorcent leur domination. Après avoir remporté son maiden à Saint-Cloud, Seven Spring (Irish River) bat les mâles dans le Prix Robert Papin (Gr1 à l’époque). Le temps réalisé (1’’06’30, terrain à 3,4) est le plus mauvais des dix dernières années et certains observateurs de l’époque jugent alors le lot « de petite qualité ». Pourtant, Seven Springs et son dauphin Noblequest (Gay Mécène déjà lauréat du Prix du Bois, Gr3), répéteront par la suite. Le mâle remportera en fin d’année l’important Prix de la Salamandre (Gr1 désormais disparu) devant une pouliche de qualité d’Alan Clore, Northern Walker (Northern Dancer).

 

Prix Morny : bis repetita pour Seven Spring

Suite logique du Robert Papin, le Prix Morny (Gr1), disputé le 15 août, voit de nouveau Seven Spring s’imposer. Elle domine Gallanta (Nureyev), une "Niarchos" qui a remporté auparavant le Prix de Cabourg (Gr3), dans un excellent temps de 1’’08’20. Par la suite, Seven Spring sera dominée par les pouliches de sa génération, notamment par celles qui débuteront dans le Prix des Marettes…

 

18 août 1984 : un nouveau départ avec le Prix des Marettes

Quel prix fallait-il payer pour remporter le Prix des Marettes (course F) 1984 ? Réponse : 2.150.000$. C’est le tarif auquel Triptych (Riverman) a été acquise, yearling, un an plus tôt à Keeneland, pour le compte d’Alan Clore. Pour ses débuts, elle domine de bout en bout la représentante de la famille Head, Silvermine (Bellypha), et toutes deux relèguent l’opposition à six longueurs. A nette distance, Spectacular Joke (Spectacular Bid) termine sixième. Elle sera assez discrète à 2ans, mais nous aurons l’occasion de reparler d’elle lorsqu’elle aura 3ans…

 

12 septembre 1984 : la pointe de Coup de Folie Après son succès dans le Prix des Marettes, Triptych est directement orientée vers le Prix d’Aumale (Gr3). Elle tente à nouveau de l’emporter de bout en bout, mais est battue sur le fil par la future poulinière de choc de la famille Niarchos, Coup de Folie (Halo), qui l’avait pistée tout le parcours. Toutes deux relèguent l’opposition à plus de six longueurs.

 

30 septembre 1984 : Captive Island, un arbre qui cache la forêt des Chênes

Jusqu’en 1996, le Prix des Chênes (Gr3), était ouvert aux pouliches. L’édition 1984 voit la victoire de l’une d’entre elles, Captive Island (Northfields), entraînée par Robert Collet, qui venait de rejoindre la casaque de Robert Sangster (portée la même année par Sadler’s Wells). Installée favorite, elle contrôle la course, sous la monte d’Yves Saint-Martin, maître dans la course d’attente en allant devant. De 1984 à 1996, seules trois autres femelles ont remporté ce Gr3 : Harmless Albatross (Pas de Seul) en 1987, Reason to Trick (Clever Trick) en 1990 et Dancienne (Groom Dancer) en 1992.

 

5 octobre 1984 : encore une pouliche qui domine Issue de la première saison de monte du météore Nureyev, Breath Taking avait, pour ses débuts, remporté le Prix Yacowlef (L), à Deauville. Elle confirme cette victoire en remportant le Prix Eclipse (Gr3), pour sa quatrième sortie et face aux mâles. L’année suivante, Breath Taking gagnera de nouveau un Gr3 à l’occasion du Prix Messidor, à Deauville, et terminera troisième du Prix de la Forêt (Gr1).

 

7 octobre 1984 : Triptych a des ailes

En ce jour de l’Arc, la championne d’Alan Clore, Triptych, va laisser une très grosse impression à tous les observateurs. Associée pour la première fois à un leader, elle surclasse l’opposition dans le Prix Marcel Boussac-Critérium des Pouliches (Gr1), reléguant Silvermine à quatre longueurs, Coup de Folie à neuf longueurs, Captive Island à 9 longueurs et demie, et Seven Spring à douze longueurs ! Les spécialistes sont alors conquis par cette envolée, et certains n’hésitent pas à comparer Triptych à l’illustre Allez France (Sea Bird). Cette performance est l’une de ses plus élevées en terme de rating pur, quand on connaît la valeur de l’opposition. Malgré cette victoire, Triptych quittera ensuite les boxes de David Smaga pour rejoindre ceux de l’Irlandais David O’Brien.                      

 

15 octobre 1984 : Alydar’s Best, un vrai vélo ! Outre Triptych, Alan Clore possédait un autre élément de qualité, nommé Alydar’s Best (Alydar). Acquise lors de la même session que la lauréate du Prix Marcel Boussac à Keeneland, Alydar’s Best avait coûté pour sa part 625.000$. Elle débute victorieusement dans un Gr3 outreManche et son entraîneur, David O’Brien, n’hésite pas à déclarer qu’il a pour grand objectif le Derby d’Epsom 1985 pour cette fille d’Alydar ! Abondance de biens ne nuit pas aux courses et, pour éviter la confrontation avec Triptych, Alydar’s Best est alignée face aux mâles dans le Grand Critérium (Gr1 – disputé alors une semaine après l’Arc) le 15 octobre 1984. Malgré sa victoire, son style ne fait pas autant sensation que celui de la lauréate du Prix Marcel Boussac, mais son jockey, Christie Roche, restera dans les annales : en poussant de haut en bas, il serait – selon les chroniqueurs du Courses & Elevage de l’époque – à l’origine du terme "pompe à vélo"…

 

ANNÉE 1985

 

5 mai 1985 : la victoire classique de Silvermine Débarrassée de Triptych, placée chez David O’Brien (l’entraîneur d’Alydar’s Best), Silvermine fait sa rentrée dans le Prix de la Grotte (Gr3). Elle s’y classe deuxième, avant d’être rétrogradée à la troisième place pour avoir gêné Captive Island, la lauréate du Prix des Chênes à 2ans. Anecdote : après l’enquête, les spectateurs présents à Longchamp le 14 avril peuvent pour la première fois voir la vue de face sur les écrans de télévision. Trois semaines plus tard, Silvermine prend une éclatante revanche en remportant d’une classe la Poule d’Essai des Pouliches (Gr1). Son entourage tentera ensuite le pari de la supplémenter dans le Prix Lupin (Gr1), dont elle prendra la quatrième place.

 

 

18 mai 1985 : l’exploit de Triptych

Placé sous la responsabilité de David O’Brien, Triptych fait une rentrée victorieuse dans un trial des Guinées, sur 1.400m. Elle dispute ensuite les 1.000Guinées de Newmarket, où elle se classe septième. Son entourage décide alors de tenter l’aventure dans les 2.000Guinées d’Irlande (Gr1), face aux mâles, donc. Elle réalise un exploit historique le 18 mai 1985, devenant la première pouliche de l’histoire (et la seule encore aujourd’hui) à remporter ce classique irlandais. Elle dispute une semaine après l’équivalent pour femelles de ce classique, dont elle prend la cinquième place, ce qui tend à prouver que la génération des femelles était bien plus relevée que celle des mâles. Après avoir hésité entre les Oaks et le Derby, son entourage choisit la voie des Oaks. Elle est deuxième à Epsom d’une pouliche de légende, Oh So Sharp (Kris). Cette dernière est restée dans l’histoire comme étant la dernière détentrice de la triple couronne britannique des pouliches et la première lauréate classique de Cheikh Mohamed. Quand on discute avec l’entourage de Triptych, ils confessent qu’ils auraient dû aller sur le Derby remporté par Slip Anchor (Shirley Heights) ! C’est dire…

 

4 août 1985 : où l’on reparle du Prix des Marettes… Après avoir débuté dans le Prix des Marettes de manière assez anonyme, Spectacular Joke remporte (toujours à 2ans) son maiden à Clairefontaine. Cinquième du Prix d’Aumale ensuite, elle gagne un handicap pour sa rentrée à 3ans. L’année 1985 la voit prendre une autre dimension, dès le Prix du Palais-Royal (Gr3). Le 2 juin, elle domine les mâles et ses aîné(e)s sur les 1.400m de Longchamp. Elle n’en reste pas là et continue sa marche en avant. De retour à Deauville durant l’été, elle réalise l’exploit, pour une pouliche de 3ans, d’enlever le Prix Maurice de Gheest (Gr2 à l’époque). Depuis Spectacular Joke, cette prouesse ne sera réalisée qu’à deux reprises.

 

 

FOCUS SUR TRIPTYCH

La fille de Riverman a beaucoup de points de comparaison avec sa mère, la très bonne Trillion (Hail to Reason – Prix Ganay, Gr1 ; 2e de l’Arc 1978 derrière Alleged). Comme elle, elle manque d’un véritable changement de vitesse, mais pas de classe. Triptych sera très souvent placée, toujours dans le coup, mais se fera parfois battre sur une pointe. Cela, les observateurs avaient pu le voir dans le Prix d’Aumale où Coup de Folie, pourtant moins bonne qu’elle, avait réussi à la battre.

 

A la fin de son année de 3ans, alors que plusieurs de ses contemporaines arrêtent la compétition pour rejoindre le haras, Triptych continue sa carrière de course. Elle rejoint l’entraînement de Patrick Biancone avec lequel, en quatre ans (elle arrêtera de courir en 1988), elle remporte huit Gr1. A la fin de sa carrière, elle compte quarante et une sorties, dix victoires de Gr1 (dont deux fois les Champion Stakes de Newmarket) et de nombreux accessits à ce niveau. Elle termine deux fois troisième de l’Arc, notamment dans l’édition 1986, où seuls les excellents Dancing Brave et Bering la devanceront. La carrière de Triptych nous ramène à une autre époque. De nos jours, une "carrière à la Triptych" ou à la Dahlia (Vaguely Noble) – équivalent de Triptych dix ans auparavant – sont très rares. D’autant que Dahlia ou Miesque (Nureyev), qui coururent durant plusieurs saisons, furent ensuite d’excellentes reproductrices…

 

Une fois sa carrière de course finie, Triptych est envoyée au haras, au Kentucky. Elle y est présentée à Mr Prospector et est pleine de lui. Mais, elle ne donnera aucun produit, mourant tragiquement en 1989, renversée par un véhicule dans le haras où elle était stationnée…