Itv revue de jp deroubaix

Autres informations / 20.12.2008

Itv revue de jp deroubaix

 

JEAN-PIERRE DEROUBAIX : « ALEC WILDENSTEIN A MENTIONNé MON NOM à

VLADIMIR POUTINE LORSQU’IL LUI A PARLé DE SON SOUHAIT D’AMéLIORER LES COURSES EN RUSSIE. »

Depuis douze ans, Jean-Pierre

Deroubaix voyage à travers le monde en tant que consultant international. Conseiller auprès de

sept Jockey Clubs ou Ministères de l’agriculture différents (Turquie, Qatar, Russie,

Kazakstan, Azerbadjan, Oman, Allemagne), cet homme ne passe jamais plus d’une

semaine par mois en France. Personnalité multiple qui aime s’imprégner des autres cultures, Jean-Pierre

Deroubaix a acquis une place unique sur l’échiquier hippique mondial. Rencontre

avec un témoin important de l’internationalisation des courses.

 

JDG – En quoi consiste exactement le métier de consultant international

en matière hippique ?

Jean-Pierre Deroubaix - En premier lieu, si toute mon activité

se développe sous le couvert de French Bloodstock Agency (F.B.A.), cela

recouvre tant mes interventions en courtage que mes missions à l’international.

Aujourd’hui, cette dernière part est devenue plus importante que mon métier de

« simple » courtier. Dans ce registre international, je me considère

comme un intermédiaire qui met en relation un pays qui souhaite effectuer des

rénovations de toutes sortes dans les courses avec les personnes qualifiées

comme des architectes, des vétérinaires... Je réponds, par ailleurs, à toutes leurs questions et du mieux

que je le peux, je leur fait découvrir les courses à Hongkong, au Japon, aux Etats-Unis ou en

France. Le jour du Prix de l’Arc de Triomphe, j’avais cent personnes derrière moi ! F.B.A. a

également pour mission de représenter des sociétés qui fabriquent du matériel

en relation avec les courses (stalles de départ, lices en PCV…). Certains pays me demandent aussi de la main d’œuvre, ce qu’on pourrait appeler la

fourniture d’une expertise. C’est

ainsi qu’actuellement, 27 personnes que j’ai recrutées ont des missions dans le monde

entier. Il ne s’agit pas

uniquement de français mais des personnes de toutes nationalités. Pour me remercier,

ces personnes me tiennent au courant de l’actualité du pays. Je reste ainsi

toujours connecté.

 

Dans quel pays avez-vous débuté cette activité. Où en est ce pays

désormais ?

J’ai commencé avec la Turquie, il y a douze ans.

Nous avons créé le PMU en partant de zéro. Aujourd’hui, 3.000 points de vente sont installés à

travers le pays. Nous avons également créé un Haras National avec 1.000 hectares de terres où stationnent les 24 étalons que je leur ai vendu.

Il permet également aux petits éleveurs de placer leurs poulinières sur le

site.

 

Vous avez ensuite développé dans différents pays, jusqu’à la Russie. Où en est ce pays aujourd’hui ?

Globalement,

le gouvernement souhaitait faire évoluer ses courses. Nous avons donc commencé

par créer une fédération. Après la chute de l’Union Soviétique, la loi du plus fort a longtemps dominé. Résultat, aujourd’hui certains

hippodromes appartiennent aux municipalités, d’autres sont restés dans le giron de l’Etat et

d’autres encore sont aux mains de particuliers. En mai 2008, nous avons créé

une fédération des courses réunissant tous les hippodromes sur lesquels se produisent de

nombreuses races de chevaux.

Il a fallu tout formaliser dans un code des courses. Désormais, aucun cheval n’a le

droit de courir sans être aux normes. Roland Delvoz

est le vétérinaire consultant de la Fédération Internationale des Autorités

Hippiques , c’est lui qui aide la Russie et les républiques de l’ex Union

Soviétique à remettre leurs stud books à jour et aux normes ( DNA, microchip

etc..). Pour l’anecdote, alors qu’en France, nous avons

le système des handicaps, en Russie,

les chevaux sont classés par les gains obtenus en courses, comme les

trotteurs chez nous. C’est un système qui fonctionne très bien, mais qui n’est plus accepté par la

fédération. Il faut donc tout changer.

C’est un travail colossal. C’est comme si les Russes avaient toujours conduit à

droite et que nous leur demandions de conduire à gauche ! Mais le passé

communiste a au moins un avantage : tout a été très contrôlé et ordonné à

la base. En cela, notre tâche est simplifiée.

Nous estimons pouvoir tout

terminer entre 2011 et 2013, j’ai recommandé aux Russes d’ employer Mr Frank JOYEUX,

membre du Direktorium ( Jockey Club Allemand) et ex Manager de l’Hippodrome de

Baden Baden, c’est lui qui mène les réformes en Russie (re-écrire le Code des

Courses par exemple…). La chose la plus importante

est que les Russes ont la volonté de changer leur pratique des

courses. Nos actions sont

actuellement ralenties par la crise économique c’est pourquoi il faut rester

prudent et garder une date de fin de projet assez ouverte. La Russie est un

pays riche qui ne connaît pas de problème de monnaie en interne (roubles, ndlr), mais pour les

importations de matériels, c’est plus

difficile puisqu’ils fonctionnent alors

en euros ou en dollars. Les

importations présentes sont donc quasiment au point mort. Pour mener à bien ce

projet, il faut aussi savoir qu’en mai 2008, un nouveau

président du Jockey Club, Sergei Efros, a été nommé.Nous avons ensemble, visité la

France, le Japon, les USA, Dubaï, et nous revenons de Hong Kong où il avait un

partant, The Bogberry, 4ème du HK Vase, entraîné par Alain de ROYER

DUPRE. C’est ma façon de faire, pour que Mr EFROS apprenne vraiment il faut

qu’il soit au cœur de l’action, cela vaut tous les discours et tous les écrits…

 

Sur quels principes

fonctionne le système de prise de paris en Russie ?

Après

la chute de l’Union soviétique, il y avait eu un flou pendant une dizaine

d’années. Des books clandestins effectuaient les prises de paris. Mais une loi

est passée au mois de janvier 2008. Il a donc fallu accréditer les opérateurs

d’une licence en interdisant tout ce qui existait antérieurement. Nous avons

opté pour le « TOTE », l’équivalent de notre PMU. Désormais, l’Etat a

le monopole. Le gouvernement contrôle les jeux et tous les ordinateurs des

opérateurs sont branchés sur l’ordinateur central du « TOTE ».

 

Racontez-nous vos premiers

contacts avec la Russie ?

Je travaille depuis octobre 2005 avec la Russie. C’est après qu’Alec

Wildenstein ait mentionné

mon nom à Vladimir Poutine lorsque

ce dernier a évoqué son

souhait d’améliorer les courses dans son pays. Alec Wildenstein était marié à une Russe dont la famille

connaissait le Président. Je me suis donc rendu au

Kremlin avec lui, puis j’ai signé un contrat avec le ministère de

l’Agriculture.

 

Quelle a été votre première action ?

En

Russie, il n’y avait pas de magazine dédié aux courses. Nous en avons donc créé

un, dans lequel j’écris depuis trois ans. Afin de donner envie aux Russes

d’améliorer leur système de courses, je leur explique ce qui se fait dans les

autres grands pays, en leur parlant des plus belles épreuves. Ce magazine

s’appelle Hippodrom. Il a un site

internet : www.hippodrom.ru.

Mais vous savez, la Russie

ne correspond pas tout à fait à l’idée que l’on s’en fait. Les Russes adorent

les courses, qui sont ancrées dans leurs traditions et leur culture depuis très

longtemps. Dans les années 60, un cheval nommé Anilin a gagné trois Gr1 en

Allemagne et pris la cinquième place de l’Arc de Triomphe (la fabuleuse édition

de 1965 remportée par Sea Bird, ndlr). En 2005 j’ai

également été chargé de reconstruire l’hippodrome de PYATIGORSK dans le

Caucase. J’ai choisi un architecte Allemande ( Mr Ferdinand LEVE) et les pistes

ont été refaites par GREGORI International (basé à Toulouse), c’est du

FibreSand identique à la piste tous temps de Pau, les rails PVC fournis par

FORNELLS France.

 

Où en sont les courses et

l’élevage en Russie ?

Différentes

races existent en Russie. Outre des pur-sang anglais importés, on trouve des

trotteurs gris, les Orloff, et des Akhal-Téké, des chevaux du Caucase. En

Russie, il existe dix hippodromes, dont cinq sont valables. Les chevaux courent

sur du sable avec des matériaux différents selon les régions. L’épreuve la plus

importante est le President Cup. Créée par Vladimir Poutine, cette course

rassemble un maximum de dix-huit concurrents représentant tous les états des

anciennes républiques de l’Union soviétique. Cette épreuve n’a pas lieu tous

les ans au même endroit. L’édition 2009 aura lieu à

Moscou.

Vladimir

Poutine est un grand amoureux des chevaux. Même s’il n’est plus que Premier

ministre, il reste l’homme des décisions, et c’est un avantage pour l’évolution

des courses. Il nourrit l’envie de mettre le pays aux normes internationales.

 

Quels sont vos plus grands chantiers en cours ?

Je

travaille depuis six ans avec le Qatar, qui a fait appel à mes services pour

deux choses : développer les courses localement

et les faire connaître à l’étranger. Localement

j’ai été chargé de la construction de l’hippodrome et nous sommes en train de

construire un « Haras National » qui permettra aux « non Cheikhs »

d’élever auy Qatar, dans les mêmes conditions que le font les membres de la

famille régnante qui possèdent des haras. A l’étranger, après leur avoir

« appris » le sponsoring à travers la promotion d’une multitude

d’épreuves pour Pur Sang arabes, il y a donc eu le partenariat avec

le Prix du Moulin de Longchamp, étendu ensuite au grand week-end de l’Arc de

Triomphe en France. L’année prochaine, le Qatar devrait être le sponsor du

Grand Prix de Baden-Baden et du Derby d’Hambourg en Allemagne.

Oman

est également entré dans cette logique de communication mondiale. Cet Emirat

est en train de se tourner vers le tourisme de luxe. C’est un pays extrêmement

attaché aux problèmes environnementaux et ses dirigeants veulent utiliser le

cheval comme exemple. Ils achètent donc des chevaux qui se produisent ensuite

dans les plus belles compétitions mondiales, dans toutes les disciplines.

Je

travaille également sur un projet au Kazakstan : la rénovation d’un

hippodrome à Almaty. En Chine, un nouvel

hippodrome s’est ouvert, il y a quinze jours. J’ai toujours plusieurs projets

en cours. Dès que l’un est abouti, deux autres commencent 

 

Comment êtes-vous devenu « The man of many talents »*

(titre d’un quotidien anglais) aux yeux

de tant de personnes originaires

de tant de pays différents ?

Je

n’ai eu de cesse de batir un réseau international depuis vingt ans. Aujourd’hui, mon nom circule quand on parle de

projets ou d’actions à l’international. Mon client mongol qui a acheté le

top price aux ventes de décembre à Deauville avait entendu parler de moi par

l’intermédiaire d’un homme

– un ami – à qui j’ai proposé du travail sur l’hippodrome de

Pyatigorsk (hippodrome en Russie, ndlr). Je participe également à de nombreuses

conférences. Je reviens,

par exemple, de l’Asian Racing Conference qui se tenait au Japon. Elle

regroupait tous les pays asiatiques. Le président du Jockey Club de chaque pays

a relaté son

évolution depuis deux ans et a

exposé ses projets pour les deux

prochaines années. Ce genre de conférence est d’abord une source

d’information. Ce sont

aussi des manifestations essentielles pour nouer des contacts. Car nous avons été visiter les haras d’Okaïdo, ce qui permet de rencontrer les éleveurs et

propriétaires locaux et connaître les chevaux Japonnais.

 

 

Jean-Pierre Deroubaix en quelques mots

Jean-Pierre Deroubaix est né en 1953

en Normandie (55 ans). Il est marié à Marie-Catherine, alias

« Cathy », assistante de son mari dans son entreprise, F.B.A. (French

Bloodtsock Agency). Après des études vétérinaires et l’apprentissage des

techniques de management d’écurie en France, en Angleterre, en Irlande, en

Allemagne et aux Etats-Unis, il a créé son entreprise en 1990. Son père, Marcel DEROUBAIX, a

été Directeur du Haras de Bois Roussel pendant 30 ans, « c’est lui qui m’a

tout appris et donné le goût des voyages » dit Jean Pierre…

 

* The man of

many talents signifie en français l’homme aux multiples talents.