La qualité et la quantité

Autres informations / 24.12.2008

La qualité et la quantité

 

France Galop a récemment ventilé

l’augmentation des prix de courses pour 2009.

En préambule à la répartition de cette

manne, chacun avait fait valoir son idée sur la question : les uns

voulaient plus d’argent pour les 2ans, les autres pour les Arabes ; les

uns pour Paris, les autres pour la Province ; les uns pour le plat ;

les autres pour l’obstacle…

Puis la manne a été définitivement

attribuée et le débat s’est refermé, en attendant d’être rouvert l’année

prochaine. Car c’est là un sujet infini. Soyons-en heureux ! Cela signifie

que le PMU, quand il est bien géré comme c’est le cas actuellement, a toujours

un peu plus d’argent à distribuer à ceux qui permettent aux courses d’avoir

lieu : éleveurs, propriétaires, entraîneurs, jockeys… Aucun autre pays

européen ne peut en dire autant depuis dix ans.

 

Sur le fond, le sujet des

encouragements rappelle le combat des Anciens et des Modernes. Des deux côtés,

les arguments ont de la valeur. Et comme souvent, aucun des deux camps ne parvient

à prendre l’ascendant sur l’autre. Ce qui contente la majorité silencieuse.

 

A titre d’exemple, je voudrais vous

citer ce courrier que j’ai reçu d’une lectrice. Elle s’indignait que France

Galop aide les éleveurs à acheter des juments black type : 

« Je viens de lire votre JDG et je suis tout simplement

scandalisée de voir que France Galop subventionne les riches qui investissent

dans certaines juments déjà chères à l’achat. Si les propriétaires

investissent, c’est qu’ils ont les moyens !

(…) En revanche, rien n’est fait pour

créer des courses à conditions permettant aux chevaux de vieillir, comme c’est

le cas au trot. (…) Les entraîneurs de province se meurent, car ils n’ont pas

les propriétaires parisiens avec leurs richesses et les courses sont de plus en

plus barrées – même en obstacle maintenant, où la vitesse augmente tous les

ans, causant la mort des chevaux, de fatigue ou d’accident.

Tout est fait pour les éleveurs et leur

production intensive stimulée par des primes de ce genre et des primes exorbitantes

pour les 2ans qui souvent n’ont pas fait leur croissance et qui à 3ans ne

peuvent que finir à la boucherie. »

 

Son

idée de donner plus d’argent aux vieux (et souvent modestes) chevaux est

intéressante. D’abord parce que pour faire la recette PMU, il faut des

partants. Or, la base de la pyramide étant plus large que le sommet, ce sont

les chevaux de catégorie basse à moyenne, et courant longtemps, qui forment le

gros des troupes. Sans eux, point de salut – et, à terme, point d’équilibre non

plus avec nos amis trotteurs, qui pourraient un jour demander à organiser les

3/5 des courses françaises et à en recueillir les fruits, puisqu’ils font

naître les 3/5 des chevaux en France…

Alors

c’est vrai, les réclamers pour 4ans et plus ne sont peut-être pas brillants,

mais ils contribuent tout autant que les meilleurs 2ans et à l’équilibre et à

l’avenir de notre système de courses.

 

Mais,

à l’inverse, n’est-il pas logique, dans une optique de sélection et

d’amélioration, que France Galop incite les éleveurs à avoir le plus de black-type

possibles dans leur jumenterie ? Si.

Certes,

la base est la base. Mais le sommet aussi a son importance. Car c’est lui la

locomotive, c’est lui qui tire tout le système. Qui élève un cheval dans

l’espoir de produire un placé de réclamer ? Personne ! Le rêve de

tout éleveur – comme cette année les « Plessis » avec Milanais –

c’est d’élever un cheval classique. Si l’on brise ce rêve, en tuant les courses

d’élite, c’est toute la filière que l’on tuera. Les bons et les mauvais chevaux ;

les jeunes et les vieux.

Il

faut d’autant plus défendre notre élite, que c’est elle qui est la plus

fragile. Comme celui des vraies pyramides, le sommet des courses est battu par

les vents et il s’érode d’année en année. Ne nous fions pas aux apparences, ne

nous laissons pas tenter par un mauvais populisme : ceux que notre

lectrice appelle « les riches » ont tout autant besoin d’allocations

que les autres. Et ils ne sont d’ailleurs tous pas riches. Car qu’est-ce que la

richesse ? Le capital ? Les actifs ? Et qu’est-ce qu’un éleveur

riche ? Un éleveur qui n’a que des juments black-type ? Un éleveur

qui a beaucoup de terres ? Un éleveur qui a touché beaucoup de primes en

2008 ?

Certes,

ce sont souvent les mêmes propriétaires qui trustent les plus grosses allocations,

mais cela, ils le doivent surtout à leur qualité d’éleveurs et non de

propriétaires. L’Aga Khan ou Khalid Abdullah brillent sur la piste quand leur

élevage y brille. Or, ceux qui prennent le plus de risques dans notre système,

ce sont les éleveurs…

 

On l’a

vu plus haut, il n’existe pas de surproduction si l’on se réfère à notre besoin

en partants. En revanche, il en existe bel et bien une en matière d’élevage

commercial. Cela s’est ressenti sur tous les rings du monde : on ne vend

plus tout et n’importe quoi. Seul le meilleur de la production trouve encore

preneur (et à bon prix d’ailleurs), alors que le bas du panier s’effondre.

C’est cela aussi la sélectivité : un engouement permanent pour la haute

qualité, une braderie sur la qualité moyenne, et le banal qui rencontre

toujours sa clientèle à petit prix. Exactement comme dans tous les autres

secteurs de l’économie. En période de crise, les bijoux de la place Vendôme

continent de s’arracher, Peugeot et Renault cassent les prix et débrayent pour survivre,

et le prix de la viande ou des fruits de saison est proche de zéro dans les

supermarchés… lesquels accueillent toujours autant de monde à la caisse.

Récemment,

en Angleterre, cinq saillies de Nayef ont été mises aux enchères. Elles se sont

vendues quasiment au double de leur prix public… dans un marché de la saillie

pourtant clairement orienté à la baisse en Grande-Bretagne et en Irlande !

 

Puisque

la période est aux vœux, que peut-on souhaiter à tous ceux qui font les courses

françaises en 2009 ?

D’avoir

confiance dans l’avenir de notre système. Car c’est un système rémunérateur

pour tout le monde : les clients (parieurs), les fournisseurs (les

« socio-professionnels » des courses) et la collectivité (l’Etat).

C’est une chaîne d’intérêts. Mutuels. Comme le pari qui a permis aux courses

françaises d’être ce qu’elles sont aujourd’hui.

 

Au nom

de toute l’équipe de JDG, je vous souhaite à tous une excellente année 2009,

pleine de succès pour vos chevaux et pour vous.