Gérard larrieu : « le pur-sang arabe joue désormais un rôle stratégique dans l’avenir des courses »

Autres informations / 09.01.2009

Gérard larrieu : « le pur-sang arabe joue désormais un rôle stratégique dans l’avenir des courses »

Dans un long entretien, le

courtier et éleveur nous a expliqué pourquoi, selon lui, le pur-sang arabe peut

jouer un rôle moteur dans le développement de nos courses. Pas seulement par

lui-même, mais aussi par la clientèle qu’il 

séduit.

Gérard

Larrieu n'est pas un personnage banal, cumulant

des casquettes qui lui font réaliser de multiples grands écarts : entre ses occupations de courtier et d'éleveur,

entre le management d'écuries de groupe et le métier de marchand de chevaux,

entre le pur-sang anglais et le pur-sang

arabe, entre Chantilly et son Sud-Ouest natal,

entre la France et le monde le plus lointain…

«

Il est clair que l'activité a marqué le pas en 2008, et le monde du pur-sang est atteint par la crise financière ainsi que  par  sa surproduction.

Un

indice, pour moi qui vends souvent des chevaux à l'entraînement pour

les USA : je n'ai pas eu l'opportunité

de réaliser une seule transaction significative avec

l'Amérique. Pour une raison simple :

la demande américaine s'est évanouie au second semestre. »

Gérard n'a pas l'air affecté outre

mesure. Il déplore la conjoncture, mais il estime qu'il ne s'agit que d'un moment de réaménagement

: « Les cartes se redistribuent, et

ce n'est pas mauvais. »

C'est

pourquoi il enchaîne, pour resituer le paysage du pur-sang

: « Ce qui vaut continue de valoir, il n'y a pas d'inquiétude. Et pour vous fournir un exemple, je peux

vous révéler une transaction qui s'est faite

en partie grâce à l'action indirecte de JDG. En effet, le 14 octobre se courait un bon maiden à Longchamp, qui fut gagné

par Tynedale (Muhtathir). Il devança brillamment de six longueurs

un bon lot, ce qui lui valut d'être estampillé ??JDG

Rising Star ?, et

cette qualification attira l'œil

des acheteurs. Je manage ce poulain, entraîné

par Richard Gibson,

pour le compte

de Cheikh Almaddah de Djeddah, en Arabie Saoudite. Récemment, Godolphin a fait une offre qu'un propriétaire, pourtant non vendeur, ne pouvait refuser, la transaction fut conclue, et Tynedale est parti en Grande-Bretagne. Comme

quoi ce qui est porteur

d'espoir continue de très bien se vendre,

même en pleine période de crise. »

Chacun

sait Gérard Larrieu passionné, comme son frère, par les pur-sang arabes qu'ils élèvent au

Haras de Saint-Faust dans leur cher terroir du sud-ouest.

Cette évocation le fait vibrer : « Dans le monde entier,

le Sud-Ouest de la France est renommé pour l'élevage et les

courses de chevaux arabes.

Cette terre d'élevage a vu naître

de nombreux champions qui ont

fait leurs preuves sur tous les champs

de course  d'Amérique,  de Russie, 

des U.A.E.,  du  Qatar,

d'Oman,

du Maroc et de l'Europe. » Et quand

on lui parle de lignées, il ajoute

Tous les étalons "tête de liste" dans ces pays sont issus de lignées françaises. La vedette incontestable, le Northern Dancer arabe, est l'illustre

Manganate qui domine l'élevage et les

courses de chevaux arabes des

dernières années. Mais nous sommes aujourd'hui confrontés à une forte consanguinité

qui nous oblige à "essayer" des lignées outcross. C'est pourquoi nous nous dirigeons vers la Tunisie, le seul pays

où, comme en France, on a sélectionné

les chevaux arabes sur les

hippodromes et non sur des critères

physiques.  » Il nous raconte l'histoire de Pierre Hoyeau, passionné d'élevage, qui n'a pas

hésité, comme d'autres éleveurs

français, à importer une des meilleures lignées tunisiennes pour la croiser avec  un très grand sire français, Tidjani. Le résultat ne s'est pas fait attendre puisque ce fut Madjani, le meilleur performer de tous les temps aux U.A.E. Gérard poursuit,« Madjani fut

vainqueur pour ses débuts à Toulouse à 3 ans, dans le “Juigné“ pour PS arabes,

acquis par Cheikh Hamdam par l’intermédiaire de Chantilly Bloodstock, puis

exporté à Dubaï où il remporta treize courses pour 780.000€ de gains, dont la

prestigieuse Kahayla Classic (le World Cup des chevaux arabes), qu'il gagna à

trois reprises. »

Profitant

de ses bonnes relations avec Shadwell et son directeur Richard Lancaster,

Gérard Larrieu précise qu'il a réussi à convaincre ce

fervent supporter des courses de chevaux arabes de donner l'opportunité aux

éleveurs français d'utiliser ce grand champion, exempt du sang de Manganate. «

C'est ainsi que Madjani fera la monte au haras de Saint-Faust, aux côtés de

Prince d'Orient et de Al Saoudi », ponctue un Gérard Larrieu très satisfait. Et

il tient à nous faire comprendre l'importance stratégique grandissante du

cheval arabe dans le panorama hippique français : « Il me semble que l'on

entrevoit mal en France l'impact du cheval arabe, malgré l'action très efficace

et utile de l'A.F.A.C., présidée par l'entreprenant Jean-Pierre de Gasté.

Considéré il y a quelques années comme une activité marginale dans notre pays,

l'élevage de chevaux arabes ne cesse de se développer pour occuper désormais un

rôle très spécifique et complémentaire du pur-sang anglais.

Je dirais que ce rôle relève

désormais de l’avenir stratégique des courses, dans la mesure où le pur-sang

arabe permet aux intérêts français, aux professionnels de notre pays, de

pénétrer les territoires acquis aux pur-sang arabes. C'est ainsi qu'une

synergie complémentaire a pris naissance et que les deux branches, l'arabe et

l'anglais, de notre élevage et de nos courses se renforcent mutuellement pour

le plus grand bénéfice des courses françaises dans  leur ensemble et donc de France Galop. »

On ne peut plus arrêter

Gérard Larrieu, qui se veut convaincant : « Nul ne peut oublier que nos

derniers grands sponsors nous viennent du cheval arabe, à commencer par le

Qatar qui parraine l'Arc de Triomphe, par l'U.A.E. qui sponsorisait le

Jockey-Club, par Shadwell qui est sponsor de la journée du Prix Minerve à

Deauville. Nous assistons ainsi à une véritable reconversion de certains

propriétaires de chevaux arabes vers le monde et la compétition du pur-sang

anglais, comme l'illustre irruption du Qatar à Longchamp. Il y a là un immense

réservoir pour le pur-sang anglais, et nous devons donc nous appliquer, comme

le fait l'A.F.A.C., à multiplier les passerelles entre deux disciplines si

voisines. Nos nouveaux propriétaires, les nouveaux passionnés de Longchamp et

Deauville, se trouvent très précisément dans la clientèle acquise au monde du

cheval arabe. Nous voyons ce phénomène jusqu'en Russie  (Vladimir 

Poutine  a  une 

écurie  d'arabes)  et en Arabie Saoudite, où de nombreux

propriétaires locaux s'internationalisent pour suivre la compétition des arabes

dans les Emirats comme en Turquie et en Europe. Ce processus les amène

forcément en France, du fait de notre rayonnement mondial, et les retombées se

partageront entre le monde du pur-sang arabe et celui du pur-sang anglais, que

ces nouveaux arrivants découvrent avec beaucoup d'intérêt. »

Le plaidoyer vibrant de ce

professionnel, à mi-chemin entre le pur-sang et l'arabe, souligne ce que chacun

observe depuis un certain temps : l'évidente dynamique complémentaire entre

l'arabe et le pur-sang anglais, si bienfaisante pour nos courses. De coup,

Gérard Larrieu regrette la politique d'allocations de France Galop en la

matière : « Le montant des allocations attribué aux courses de chevaux arabes

est dérisoire. Cette discipline mérite d'être mieux traitée, en regard de ce

qu'elle amène aux courses dans leur ensemble. 

Or  le  montant total des allocations distribuées en

2008 pour les courses d'arabes était de 846.000 € dont seulement 540.000 €

financés par France Galop. Pour vous donner un ordre de comparaison avec une

autre discipline, celle des anglos, dont le nombre de partants est sensiblement

le même que celui des chevaux arabes (170/180), les allocations distribuées

étaient de 1.250.000€, dont 1.244.000€ financés par France Galop, soit plus du

double de ce qui est versé aux arabes. Ces chiffres sont éloquents, et sans

vouloir prendre quoi que ce soit aux anglos, reconnaissons que la politique

d'encouragements à l'élevage doit tenir compte des réalités d'aujourd'hui. »