Nature et « contre-nature »

Autres informations / 07.01.2009

Nature et « contre-nature »

Par

Mayeul CAIRE, Directeur de JDG

Face aux caprices climatiques, France Galop et le PMU ont, à chaque fois, pris

les décisions qui s’imposaient, souvent dictées par le principe de précaution qui est devenu le paramètre décisif de notre époque. Cependant, ces événements et les derniers

retournements liés à la P.S.F. de Deauville

invitent à la réflexion sur le long terme. Car l’hiver,

c’est une lapalissade, est un problème

qui risque de se poser chaque année !

Que représente la multiplication des pistes artificielles à l’échelle mondiale ? Elle correspond, pour la plupart, à la volonté

des autorités hippiques de

s’émanciper des données climatiques et naturelles qui impliquent que l’on ne coure

pas au galop quand les pistes (hippodrome et entraînement) ne le permettent

pas, ce qui est le cas principalement

en hiver pour l’Europe.

Cette démarche "contre-nature" (au sens

où elle va "contre" la "nature") est nécessaire en regard de l’équilibre économique de la filière

hippique. Les temps élitistes d’un

sport entre privilégiés qui se

rencontrent à la belle saison

appartiennent à une époque révolue.

Plus que jamais, dans notre environnement

concurrentiel, l’avenir des courses est lié à celui du pari hippique, et il s’agit pour les courses d’occuper

au maximum l’espace des paris sportifs.

Cette exigence commande la politique

du Trot et du Galop, c’est-à-dire

celle du PMU. Dans ce développement nécessaire et vital, le Galop doit se montrer

à la hauteur du défi qui consiste à courir tous les jours, toute l’année,

sans interruption.

Le Galop doit se montrer à

la hauteur du défi qui consiste à courir tous les jours, toute l’année, sans interruption

Dans un premier temps, l’idée des All Weather

Tracks (pistes tous temps)

répondait au problème spécifique du Galop, tributaire de sa surface naturelle de prédilection, l’herbe. Nous savons

à quel point nos pistes traditionnelles sont fragiles, menacées

(hormis l'usure) par toutes les intempéries, la pluie, la sécheresse et, bien sûr, le froid. Ne voit-on pas se manifester,

durant toute la saison, d’incessantes critiques qui visent l’état des pistes

de Maisons-Laffitte, Longchamp,

Auteuil et Deauville, pour ne mentionner que les grands lieux de France Galop ? Le Galop, pour être compétitif,

a donc besoin des solutions qu’offrent

les pistes artificielles, comme les P.S.F. de

Deauville, Cagnes, Pau et bientôt Marseille-Vivaux.

Cependant, la multiplication de ces pistes ne dispense pas le Galop d’une géopolitique de l’utilisation de ces nouvelles surfaces, en profitant des caractéristiques locales

des implantations. Il n’est

pas nécessaire de s’attaquer de

front à la nature, quand

d’autres possibilités existent.

Or il ne fait pas de

doute qu’en plein hiver, courir au nord de

la Loire n'est pas exempt de problèmes,

et cette remarque vaut aussi bien pour Deauville que pour une piste

"artificielle" à Chantilly, comme cela semble

être projeté en hauts-lieux.

C’est en ce sens que l’on peut avancer une idée séduisante : promouvoir un grand

meeting d’hiver de Plat du Sud-Est,

entre les hippodromes de  Cagnes-sur-Mer et de Marseille, tous deux équipés dans un avenir proche d’une P.S.F. À l'instar des Américains, qui n’hésitent

pas à descendre leurs chevaux, l’hiver,

de New-York vers la Floride,

il semble évident,

et en accord avec les données

climatiques, que le littoral méditerranéen offre désormais le contexte idéal d’une délocalisation hivernale. Courir en janvier-février, en plat,

à Cagnes et Marseille, et en obstacle,

à Pau, durant la même période.

Hypothèse séduisante ayant un avenir européen et présentant

de nombreux avantages pour le Galop français, qui utiliserait enfin

ses "deux" Sud, réconciliant ainsi

la volonté politique de courir l’hiver

avec une nature qui n’y serait pas

hostile.