Les courses à la télévision : révolution, an 1

Autres informations / 11.02.2009

Les courses à la télévision : révolution, an 1

Par Mayeul CAIRE, Directeur

de JDG

Les Cassandre sont

étonnantes, par leur capacité à toujours voir la bouteille à moitié vide.

Ainsi, le monde des courses devrait être inquiet du refus de Canal+ de diffuser

le Quinté+ après août 2009 ? Personnellement, je pense exactement le contraire.

D’abord parce que je préfère les bouteilles à moitié pleines, mais surtout pour

une kyrielle de raisons que voici.

En premier lieu, le départ de

Canal+ peut être interprété comme une bonne nouvelle pour une simple question

de cycle industriel. Huit ans, c’est un bon bail. Canal+ a énormément apporté

aux courses sous la houlette de ses rédacteurs en chef Stéphane Guy et

Guillaume Covès. Mais le temps a fait son œuvre. On dit que les écrivains

passent leur vie à réécrire leur premier roman, en tentant de l’améliorer

(parfois avec succès). C’est vrai aussi de la télévision, où les téléspectateurs

exigent en permanence de la nouveauté – sous peine de zapping.

Ensuite, la télévision et les

courses ont beaucoup changé au cours des huit dernières années. Ce qui était

vrai hier ne l’est plus aujourd’hui. Listons quelques-unes de ces petites

révolutions. A la télé : explosion du nombre de chaînes et percée des chaînes

thématiques, généralisation du pay per view et du direct à la demande (pouvoir

faire une pause avant de reprendre le programme où on l’avait laissé),

Télévision Mobile Personnelle et télévision sur téléphone mobile, etc. Aux

courses : augmentation du nombre de réunions PMU, rééquilibrage des enjeux entre

la course Quinté+ et les autres épreuves du jour, croissance exponentielle des

paris en direct et tassement des paris matinaux, possibilité de parier de chez

soi par satellite, développement de l’offre de courses étrangères, etc. Sans

même consacrer un paragraphe entier à la révolution Internet, disons qu’elle

explique à elle seule, plusieurs des

changements que nous venons

d’évoquer, aussi bien à la télévision que dans les courses…

 

Ce changement radical du

paysage oblige les sociétés de courses à penser leur présence télévisuelle différemment.

A ce titre, le départ de Canal+ va hâter les choix, et contraindre notre sport

à un grand aggiornamento cathodique qui ne peut être que bénéfique. Si Canal+

n’avait pas claqué la porte (définitivement ou pas), cette remise à plat

n’aurait peut-être pas eu lieu. Ou pas aussi vite. Ou pas aussi profondément.

Parce que la séparation avec Canal+ a été brutale, la Révolution sera forcément

brutale. Et c’est une bonne nouvelle.

 

Le départ de Canal+ va hâter

les choix,

et contraindre notre sport à

un grand aggiornamento cathodique qui ne peut être que bénéfique

 

Autre point positif : à la

veille de l’ouverture des paris, les courses passionnent les grands groupes de

médias. Confère l’investissement de deux grands patrons, Patrick Le Lay et

Martin Bouygues, via la holding Serendipity, dans Gény Courses. Des contacts

très positifs existent aussi entre les responsables des courses et Xavier Couture,

qui veille sur le développement des contenus télévisuels pour Orange.

 

Il ne faut donc pas paniquer

: les courses sont « bankables » – elles valent de l’audience et de l’argent.

C’est vrai en France comme

c’est vrai à l’international, contrairement à ce que nous avons lu hier sous la

plume d’un de nos confrères. L’exemple de la BBC n’est pas significatif.

Jamais, depuis l’invention de la télévision, les courses n’ont été aussi

présentes sur le petit écran.

Nous devons être les premiers

à croire dans notre produit, les premiers à croire en son potentiel télévisuel.

La possibilité offerte aux téléspectateurs de miser sur le spectacle qu’ils

vont regarder, les muscles saillants des chevaux, la hargne des

jockeys-drivers, les couleurs des casaques, etc, sont autant d’atouts pour bien

« passer » à l’écran.

 

Révolution, An 1 : c’est bien

une Révolution que nous préparons. L’histoire s’écrit en marchant et il va

falloir accepter de faire table rase du passé. Le Tiercé de Zitrone sur la

chaîne unique, c’est fini et bien fini. Avec le départ de Canal+, c’est cette

page qui se tourne.

L’avenir est aux

multi-diffuseurs, avec une grande chaîne généraliste proposant le Quinté+, une

chaîne challenger proposant un magazine, une ou plusieurs chaînes thématiques

proposant des flashs d’info ou des conseils de jeu, une chaîne sur téléphone

mobile rediffusant les 100 derniers mètres. Demain, nous publierons dans ces

colonnes une interview exclusive de Jean-Louis Burgat (Léo Vision),

incontestable expert des courses à la télévision. Pour JDG, il explore les

pistes d’avenir. Son propos est passionnant et très encourageant. Notamment

lorsqu’il invite à réfléchir en termes de « lots », comme l’a fait le football,

en vendant à des chaînes différentes qui le match du dimanche soir, qui

Téléfoot, qui la Coupe d’Europe, qui l’Equipe de France…

 

Et Equidia ? Ne l’oublions surtout

pas : nous avons la chance, en France, d’avoir un formidable outil de commercialisation

de notre produit et de diffusion de notre culture. Une chaîne spécialisée d’une

qualité irréprochable, grâce au travail quotidien d’équipes passionnées

dirigées par Eric Brion lequel a, depuis longtemps, su préparer Equidia aux

défis de l’avenir. Un exemple et un espoir bien réel.