Record après record, des allures de phénomène

Autres informations / 25.02.2009

Record après record, des allures de phénomène

Le portrait d’Alfred Dedreux

par Théodore Géricault (1791 – 1824) dépasse son estimation la plus haute à plus

de 9.000.000€. Le succès de la vente Yves Saint Laurent & Pierre Bergé se

confirme et prend des allures de phénomène.

« Que l’on me pardonne cette

insolence, écrit l’expert Bruno Chenique dans sa présentation du tableau de

Géricault pour le catalogue de la vente YSL & PB, mais le fait qu’il n’y

ait pas l’ombre d’un cheval de Géricault dans la collection de MM. Bergé et

Saint Laurent est un merveilleux paradoxe. Délibérément, les deux

collectionneurs se sont intéressés à un tout autre aspect de la production d’un

peintre mort à 32 ans, connu dans le monde entier pour son grand Radeau de la

Méduse, l’un des chefs d’œuvre du Musée du Louvre. » Comme quoi, la vérité

échappe parfois à ceux la détiennent. Car si les « deux collectionneurs se sont

intéressés » à autre chose que le cheval, Bruno Chenique ne nous dit pas exactement

à quoi ils se sont intéressés en acquérant « les » Géricault. Quel rapport

entre le portrait anatomique, qui va de toute évidence beaucoup émouvoir les

érotomanes, et ces trois portraits d’enfants ? Nous n’en voyons guère. Sinon le

cheval.

Il suffit d’observer deux

minutes l’ Académie d’homme nu couché pour comprendre que la chose étrange,

troublante, qui se dégage du tableau, c’est l’animalité du modèle. La pose de

L’homme aux bras croisés, pour être plus académique, est tout aussi inhumaine.

Cette tension nerveuse, cette torsion musculaire, c’est le message de

Géricault, la dimension tragique du beau. L’homme est perdu. Le naufrage de la

Méduse vient d’avoir lieu, il commencera bientôt les croquis de cette

apocalypse. Lui-même, rongé par l’angoisse et la maladie, n’existe plus que par

le cheval. Et les enfants.

Nous ne voulons pas croire au

hasard. Ces trois portraits d’enfants qui semblent échapper à l’œuvre comme des

répits, des respirations de douceur, fixent en réalité un moment d’une

intensité hors du commun. Ils scellent le destin de celui qui sera son suiveur

le plus respectueux : Alfred Dedreux. Comme si, en le peignant aux côtés de sa

sœur, il lui transmettait ses pouvoirs, son talent. Il le désigne comme

héritier. « Peintre équestre je suis, peintre équestre tu seras. » Le regard

que lance l’enfant au peintre parle de lui-même si on peut en soutenir la force

quelques secondes : il traverse véritablement la toile et atteint le cœur du

peintre.

C’est un tableau historique.

Une histoire qui a semble-t-il échappé aux deux collectionneurs. Mais pas à

l’enchérisseur d’hier, qui a bien senti l’importance de l’enjeu en montant

jusqu’à plus de 9 millions d’euros pour emporter ce chef d’œuvre.

Le reste de la vente s’est

bien déroulé, malgré un manque d’éclat probablement dû au maître de cérémonie,

Me Godeau, qui a semblé un peu dépassé par la situation. Ça n’avait pas été le

cas avec Me Riqlès qui, la veille, avait su tout en douceur faire grimper des

enchères qui bloquaient à 7 millions d’euros pour le Mondrian : « Si vous me

dites oui ou non, je n’aurais aucun remords à adjuger le lot », et voilà que ça

repart, pour atteindre les 10 millions. La politesse à trois millions d’euros,

on l’apprendrait même aux enfants.

Nulle émotion de ce genre,

mardi après-midi. Même si les prix atteints confirmaient le succès de la

veille, faisant de cette vente YSL & PB un événement mondial de première

importance, certains lots

étaient renvoyés faute d’enchère. Quant aux chevaux qui nous intéressent tant,

il y avait des amateurs dans la salle. On l’a senti sur ces deux études, fort

modestes pourtant, de Delacroix (1798-1863), représentant une selle et un

harnachement : elles ont été vendues 35.000€ par le biais d’internet (le double

de son estimation). Cette deuxième session s’achevait par une magnifique

amazone de Franz Von Stuck (1863 – 1928) à 240.000€, soit près de quatre fois

l’estimation la plus haute. La troisième session explosait carrément les compteurs,

dans les enchères plus modestes, il est vrai. Mais presque chaque fois le

double, le triple de l’estimation la plus haute pour chacun des objets de

vertu, les orfèvreries et les miniatures. Les chevaux n’étaient d’ailleurs pas

en reste puisque le lot 140, le cheval en vermeil de Wolf Christoph Ritter

(XVIIe) partait à 91.000€. Du même orfèvre allemand, et si l’on peut parler

d’art équestre pour une licorne, le lot suivant faisait afficher 325.000€ (on

l’avait estimé à 80.000€). Quant au Saint Georges en vermeil de Melchior Gelb

(XVIIe), il décuplait son estimation à 361.000€.

De la folie ? Non, de la

confiance retrouvée. Du frisson d’espoir accroché à la beauté des choses

                              

 

 

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