"l’inspecteur harry" chez les fraudeurs

Autres informations / 21.03.2009

"l’inspecteur harry" chez les fraudeurs

Notre confrère Le Temps (un

quotidien qui ressemblerait à notre “Figaro” a interrogé un ancien haut gradé

de la police anglaise, Paul Scotney, qui lutte contre la tricherie financière

autour des événements sportifs. Son témoignage prend tout son sens à la veille

de l’ouverture du marché des paris en ligne.

Superintendant-chef de la

police anglaise en poste pendant trente ans, Paul Scotney est la personne de

référence en matière de paris illégaux dans les courses de chevaux en

Grande-Bretagne. Ses méthodes de traque de la corruption pourrissant le milieu

du PMU anglais se sont révélées si efficaces que le tennis professionnel s’est

approché de lui pour mettre en place un garde-fou dans le circuit masculin.

C’est aujourd’hui au tour de l’U.E.F.A. de bénéficier de son expérience.

Rencontre.

Le Temps. – Comment un chef

de police devient-il un spécialiste des paris dans les courses de chevaux?

Paul Scotney. – Voilà sept

ans, il y a eu un énorme scandale de corruption dans le PMU anglais. Il a été

mis en lumière que personne ne faisait quoi que ce soit pour empêcher les

courses truquées. J’ai quitté la police et mis sur pied une équipe d’experts

pour traiter de cette question. Nous étions alors des précurseurs.

Le monde du pari sportif a

énormément évolué ces dernières années. Quels sont les principaux

bouleversements?

L’industrie des paris s’est

étendue à d’autres sports et il n’y avait aucun contrôle sur ce phénomène. Très

vite, certaines personnes ont réalisé que l’on pouvait manipuler des matches.

Cela a été rapidement le cas dans le football. Les nouvelles technologies ont

aussi terriblement augmenté le nombre de paris [56 millions d’euros enregistrés

sur Betfair, pour la finale de Wimbledon en 2008 entre Federer et Nadal].

Davantage de paris, cela signifie davantage d’argent…

Il y a surtout eu plus

d’argent pour les tricheurs. Souvenez-vous du match perdu en 2007 par Nikolay

Davydenko face à Martin Vassallo-Arguello à Sopot, un tournoi de seconde zone.

Un demi-million d’euros a été gagné sur ce seul match. La corruption n’a

finalement pas été prouvée. Tout ça pour dire que même pour des rencontres

"sans importance", il peut y avoir des sommes énormes à la merci des

tricheurs.

De nombreux mois d’enquête

pour voir le Russe blanchi en septembre dernier, n’est-ce pas contreproductif?

En tennis, il y a le

phénomène appelé tanking. C’est lorsqu’un joueur perd un match délibérément :

pour retrouver sa petite amie, pour prévenir une blessure ou pour rejoindre un

autre tournoi où il y a plus d’argent à gagner. Les tricheurs ont profité de

cette pratique du "match liquidé" pour proposer aux joueurs de gagner

de l’argent grâce à ça. Davydenko avait les cartes en main et pouvait doubler

sa mise. Que croyez-vous qu’il ait fait ? Nous n’avons pas été en mesure de

prouver la supercherie, car nous n’avons pas eu sa carte SIM. Mais l’histoire a

fait le tour de la planète.

Propos recueillis par

Tiphaine Bühler

© Le Temps (Suisse)