Nouveau jockey club” : cinq ans après

Autres informations / 25.06.2009

Nouveau jockey club” : cinq ans après

En 2005, lorsque le programme classique des 3ans a été

réformé, le débat a été vif dans le monde socioprofessionnel. Ce débat n’est

pas éteint. Nous l’avons encore constaté récemment, lorsque des entraîneurs

français se sont exprimés contre le “nouveau Jockey Club” dans les colonnes du

Racing Post (lire plus loin). Leurs propos avaient été précédés, quelques jours

plus tôt, d’une interview accor- dée par John Magnier au Daily Telegraph, dans

laquelle le propriétaire de Coolmore disait sa préférence pour les 2.400m comme

distance de sélection des meilleurs mâles de 3ans.

Alors, faut-il être pour ou contre le “nouveau Jockey Club”

? En réalité, des nuances existent. Car, pour reprendre l’expression de

l’historien Jean-Pierre Azéma (spécia- liste du Régime de Vichy et de la

Résistance), l’histoire des hommes ne s’écrit pas en noir et blanc. L’histoire

est toujours “grise” – c’est-à-dire, selon Azéma, “ambi- valente”. Pendant

l’Occupation, seule une minorité de Français fut résistante du premier au

dernier jour ; et seule une minorité fut à 100% pronazie.

Finalement, sur le sujet infiniment moins grave du “nouveau

Jockey Club”, on

 

retrouve une situation pareillement ambivalente, dans

laquelle ceux qui sont à 100% “contre” et ceux qui sont à 100% “pour” sont entourés

par une majorité divisée entre les deux approches. Exemples : certains

entraîneurs se deman- dent à quoi cela servait de tout changer, puisqu’il ne

s’agit selon eux que d’un glissement de calendrier ; certains ne sont pas tout

à fait contre les 2.100m du “Jockey Club”, mais regrettent l’abandon d’un Gr1

au début du printemps (le “Lupin”) ; d’autres ne sont pas non plus de farouches

opposants, mais déplo- rent la date du 14 juillet pour courir le Juddmonte

Grand Prix de Paris, sur une piste trop ferme qui risque de marquer les

organismes… Certains entraîneurs, qui étaient plutôt contre la réforme y ont

adapté leurs chevaux et ont, depuis, gagné le “Jockey Club” sur 2.100m… ce qui

ne les empêche pas d’y être tou- jours opposés, au nom de la sélection sur les

traditionnels 2.400m. Beaucoup

– une majorité – ne se sont pas exprimés sur le sujet, ou ne

souhaitent pas le faire. D’autres, enfin, attendent encore avant de se forger

un avis définitif, car le recul (cinq éditions seulement) leur semble

insuffisant pour pouvoir trancher. Il est vrai qu’une course dite “de

sélection” est organisée dans un but d’éle- vage. Or l’élevage est une affaire

de temps…

 

Nouveau Jockey Club”…

CONTRE

Après la victoire de Le Havre, le Racing Post a donné la

parole à des entraîneurs français qui se sont prononcés contre le “nouveau

Jockey Club”.   Elie   Lellouche  

a   précisé :

« Définitivement, je préfèrerais que l’on revienne à

l’ancienne distance [de 2.400m, ndlr]. » De son côté, Carlos Laffon Parias,

s’appuyant notamment sur la deuxième place d’Hurricane Run, a dit : « Regardez

ce qui s’est passé avec Hurricane        Run

et Montmartre. Ce n’est plus le meilleur cheval qui gagne le “Jockey Club” et

je ne considère plus cette épreuve comme une course classique. » Concernant    l’édition 2009, Alain de Royer Dupré avait

déclaré sur Equidia : « Si la course s’était déroulée sur 2.400m, je pense que

Beheshtam [qui a terminé quatrième] aurait 

pu  gagner  le 

Jockey  Club. »

Christophe Soumillon a lui aussi été cité par le Racing Post

: « Nous aurions gagné sur l’ancienne distance. Le “Jockey Club” est désormais

simplement une course préparatoire pour le Grand Prix de Paris. J’aimerais un

vrai Derby, de retour sur 2.400m. »

Les arguments des opposants au “nouveau Jockey   Club”

portent d’abord sur la course en elle- même : globalement,

les 2.100m permettent aux milers (comme Shamardal) de “voler” la course. Alors

que les 2.400m constituaient un test de sélection bien différent des Poules

d’Essai, ce qui aboutissait à deux filières bien distinctes : celle du mile

(vitesse) et celle de la distance dite classique (tenue).

Par ailleurs, sans se focaliser sur le “Jockey Club” à

proprement parler, certains regrettent que la France, en modifiant sa filière

de sélection, ait renoncé au Prix Lupin, qui était un Gr1.

D’autres, aussi, déplorent que le nouveau programme

classique ait en fait accouché d’un simple décalage dans le temps de quelques

semaines : en gros, le “Lupin” est devenu le “Jockey Club”, et le “Jockey Club”

est devenu le Grand Prix de Paris. Ce déplace- ment  dans 

la  saison  a, 

selon  les opposants à la nouvelle

formule, l’inconvénient de faire courir les chevaux par une plus grande chaleur

et sur des pistes plus fermes. Est particulièrement visé par cette cri- tique

le Grand Prix de Paris : le 14 juillet, à Paris, il faut chaud et le terrain

est léger à bon. D’où des risques pour les organismes des chevaux (cf.

Montmartre).

 

 

Nouveau Jockey Club”… CONTRE

John Magnier : « Je ne pense pas que le raccourcissement de

la distance ait amélioré le Prix du Jockey Club. »

Dans  la  semaine 

qui  avait  précédé 

le  Derby  d’Epsom, 

John  Magnier  (le 

boss  de Coolmore) avait accordé

une longue interview au Daily Telegraph. Il y déclarait notamment : « Quelqu’un

a fait allusion cette semaine à l’influence du Derby dans le processus de

sélection des pur-sang. À l’époque de Vincent [O’Brien], le Derby était le

point central de l’année, la plus grande course. Peut-être qu’il a maintenant

perdu une partie de son brillant, mais c’est la course où toutes les qualités

d’un poulain sont testées. Nous continuons à le soutenir et, de ce fait, à

l’utiliser autant que nous le pouvons. Nous courons ceux que nous estimons en

droit de courir. C’est une chance pour eux de faire leurs preuves. Je sais

qu’il y a certaines personnes qui souhaiteraient raccourcir sa dis- tance, mais

ils l’ont fait en France, et je ne pense pas que cela ait amélioré leur Derby.

Je suis sûr que c’était une erreur. »

 

 

 

POUR

 

Dans l’esprit du Président Édouard de Rothschild, le “Jockey

Club”, ramené à 2.100m, est devenu un “derby moderne”, resitué dans un contexte

en évolution, qui assure un rôle essentiel dans le processus de sélection des

futurs grands étalons.

Il est en phase avec le concept naissant de “courses

durables”, largement développé désormais aux États-Unis à la suite du choc

Eight Belles, puisqu’il s’agit en tout premier lieu de préserver l’animal en

lui proposant une gradation de ses efforts, parallèle à sa croissance et à sa

maturité.

De plus, cette réforme est en phase avec les critères de

sélection auxquels semblent adhérer une large majorité d’éleveurs qui révèlent

une désaffection pour les chevaux de tenue, ainsi, du moins pour la France, que

pour les sprinters purs. Les derniers résultats classiques de 2009 vont dans ce

sens. En effet, si l’on consulte la liste des étalons ayant réussi cette année

en Europe dans les courses classiques en France et en Angleterre, nous

retrouvons :

- Cape Cross, gagnant de Gr1 sur 1.600m (Sea the Stars, 2000

Guinées et “Derby”)

- Giant’s Causeway, gagnant de Gr1 de 1.600m à 2.100m

(Ghanaati, 1000 Guinées)

- Noverre, gagnant de Gr1 sur 1.600m (Le Havre, “Jockey

Club”)

- Verglas, gagnant de Gr1 sur 1.200m et deuxième de Gr1 sur

1.600m (Silver Frost, Poule d’Essai des Poulains)

- Pivotal, gagnant de Gr1 sur 1.000m (Sariska, Oaks)

- Elusive City, gagnant de Gr1 sur 1.200m (Elusive Wave,

Poule d’Essai des Pouliches)

- Danehill Dancer, gagnant de Gr1 sur 1.200m à 1.400m

(Again, Irish 1000 Guineas, et Mastercraftsman, Irish 2000 Guineas)…

Le seul étalon ayant fait carrière sur plus de 2.100m est

Monsun. Gagnant de Gr1 sur 2.400m, il a donné Stacelita (“Diane”).

 

On notera aussi que la dernière victoire française à Ascot,

celle de Vision d’État, valide et crédibilise le “nouveau Jockey Club” puisque

son gagnant 2008 confirme d’une façon éclatante, grâce à cette victoire

anglaise dans les Prince of Wales’s Stakes cette année, qu’il est le meilleur

mâle français de sa génération.

 

André Fabre : « Préserver les chevaux en travaillant en

progression »

Lorsque   nous   l’avons interrogé,  André 

Fabre nous   a   rappelé  

qu’il avait toujours été sen- sible au problème de la

correspondance   entre l’âge  des 

chevaux,  la distance sur laquelle

ils sont amenés à courir à tel  ou  tel 

moment  de l’année, et la

pénibilité de l’effort pour l’animal. Il  

lui   semble   que  

le “nouveau Jockey Club” s’inscrit dans cette pro- blématique, et qu’en

ce sens,  elle  ne 

fait  que

prolonger la première réforme engagée il y a dix ans par

Jean-Luc Lagardère pour les 2ans.

« D’une manière générale, je suis très attaché à courir

mes  chevaux  en 

progression,  et  c’est 

pourquoi  j’ai adhéré aux

changements effectués, dont la réduction de la distance du “Jockey Club” est le

symbole. La com- pétition, aujourd’hui européenne et mondiale, est deve- nue

beaucoup plus intense et sévère pour les chevaux et leur organisme, et il

s’agit donc de les préserver en travaillant 

en  progression  comme 

le  nouveau  pro- gramme nous y invite. »

Et  quid  de 

son  pensionnaire  Hurricane 

Run,  dont beaucoup  pensent 

qu’il  a  été 

la  première  victime 

du raccourcissement du “Jockey Club” ? « Hurricane Run n’a pas gagné son

“Jockey Club”, et je le déplore, en raison de la monte de son jockey. Ainsi

monté, il n’au- rait pas plus gagné sur 2.400m. »

En  somme,  pour 

André  Fabre,  il 

n’y  a  pas 

matière  à débat dans la mesure où

le “bon cheval” a forcément la vitesse 

pour  vaincre  sur 

2.100m  au  printemps. 

C’est pourquoi, selon lui, le “nouveau Jockey Club” réconcilie la sélection,

le marché et la tradition.