Corine barande-barbe : « les déficits des centres d’entraînement, c’est avant tout le "bug" des administrateurs »

Autres informations / 22.01.2010

Corine barande-barbe : « les déficits des centres d’entraînement, c’est avant tout le "bug" des administrateurs »

LE MAGAZINE      

SÉRIE : LES ENJEUX 2010 POUR LES PRINCIPALES ASSOCIATIONS SOCIOPROFESSIONNELLES

FRANÇAISES

À l’occasion de la nouvelle année, nous avons interrogé les

présidents des principaux représentants socioprofessionnels français –

syndicats et associations – sur leurs objectifs en 2010 et les défis à relever.

Corine Barande-Barbe a répondu à nos questions. La série durera jusqu’à la fin

de la semaine.

CORINE BARANDE-BARBE

: « LES DÉFICITS DES CENTRES D’ENTRAÎNEMENT, C’EST AVANT TOUT LE

"BUG" DES ADMINISTRATEURS »

Dans une interview consacrée à Jour de Galop, Corine

BarandeBarbe, entraîneur et Présidente des Actionnaires du Galop, livre une

véritable analyse des enjeux 2010 pour toute la filière des courses.

 

Jour de Galop. – L’ouverture du marché des jeux en ligne est

le grand sujet de 2010. Quel est votre point de vue sur cette question ?

Corine Barande-Barbe. – Nous sommes allés à Bruxelles

défendre la filière ! Rien ne dit que le ciel va nous tomber sur la tête… Il

est urgent de travailler à corriger les dérives, préserver nos acquis et

préparer l’avenir. Dans cet esprit et le cadre de la mission sur “l’égalité des

chances” que m’a confiée le président de France Galop, nous travaillons à

déterminer des indicateurs de santé économique des propriétaires, entraîneurs

et éleveurs. Objectif : un outil permettant aux décideurs de voir toutes les

implications des décisions envisagées et d’éviter de fatales erreurs

stratégiques. La démarche inquiète et n’est pas facile à mettre en place.

 

Pourquoi ?

Prise dans les années florissantes, l’habitude d’une gestion

intuitive, du secret et des luttes de pouvoir est bien ancrée. Il faut

aujourd’hui jouer la transparence, oublier la politique et réunir les personnes

compétentes pour travailler. Le Conseil d’administration doit être un groupe de

travail et non une brève réunion formelle de personnes plus ou moins impliquées

: d’immuables cooptés confrontés à des élus choisis en reflet d’élections préparées

d’un mandat sur l’autre, à grands renforts d’une publicité financée par les

cotisations des adhérents. Chaque catégorie se battant pour dominer les autres.

Il manque des acteurs de terrain pour témoigner de la réalité, de la

faisabilité des mesures. Pour alerter et proposer, au moins à titre consultatif

comme le fait aujourd’hui le représentant des jockeys. Édouard de Rothschild a

en effet eu le courage d’ouvrir ses portes à des conseillers, mais c’est hélas

devenu une récompense qui renforce les clans. Les décideurs doivent constamment

connaître la santé de chaque catégorie, de bas en haut de la pyramide. Ils ont

besoin de contradicteurs pour avancer !

 

Revenons à une question précise : êtes-vous pour ou contre

l’augmentation de 1% des allocations ? Est-ce trop ou trop peu ?

Chacun réclame une augmentation des allocations : nous

partageons cette évidence ! Mais elle n’est pas la seule source d’équilibre et

n’autorise pas à prendre n’importe quelle mesure impliquant des coûts

supérieurs à cette augmentation. Les décideurs savent-ils “combien ça coûte” ?

France Galop veut rationaliser sa gestion... Nous sommes pour. Y

parviendra-t-elle avec les mêmes dirigeants accrochés à leur pouvoir et leurs

privilèges ? Pour aboutir, il faut étudier les solutions sur un plan général et

ne pas sortir chaque année un sujet d’un chapeau et de son contexte en

employant à chaque fois une méthode différente et contradictoire.

 

La France a tout de même pour elle d’avoir constamment

augmenté ses allocations depuis plus de dix ans...

L’augmentation des allocations des quinze dernières années a

été distribuée de manière empirique au gré du soutien à l’offre PMU.

Cette multiplication a généré de nouvelles ressources.

Pourtant, malgré nos demandes, il n’a pas été possible de rationaliser la

nouvelle offre en la rapprochant des centres d’entraînement français ; ni d’y

établir un programme directement lié avec le nombre de chevaux, par âge, sexe

et catégorie… Ni de chiffrer l’augmentation des frais que cette politique a

engendrée, au niveau des propriétaires par région, et au niveau de France Galop

qui, pour assurer la sécurité et la régularité des courses PMU, a développé une

infrastructure en proportion.

 

Du côté des entraîneurs, qui fournissent les nouvelles

réunions en partants, comment est vécue l’augmentation de l’offre PMU ?

La répartition n’a jamais souhaité compenser l’augmentation

des coûts pour les propriétaires : Pour aller récolter la manne là où on la

lançait, l’équilibre économique des écuries s’est dégradé. L’augmentation

effrénée de la cadence génère aujourd’hui des dangers permanents. Des dirigeants

responsables ne peuvent l’ignorer ! Il suffit de rapprocher le nombre de

chevaux du nombre d’employés des écuries et du nombre d’employés compétents

disponibles pour pointer des situations de risques qui ne résistent ni à une

analyse raisonnable ni à l’application des conventions collectives et de la

gestion du risque en vigueur… Sans oublier le nombre de courses courues et de

kilomètres parcourus nous éloignant toujours plus du respect de

l’environnement.

 

« Nos dirigeants n’ont pas fait participer les utilisateurs

en proportion de leurs dépenses respectives… Ils n’ont jamais envisagé de

prélever une contrepartie aux bénéficiaires directs des innombrables

changements qui ont eu lieu depuis quinze ans. »

 

 « L’augmentation des

allocations des quinze dernières années a été distribuée de manière empirique

au gré du soutien à l’offre PMU. Cette multiplication a généré de nouvelles

ressources. Pourtant, malgré nos demandes, il n’a pas été possible de

rationaliser la nouvelle offre... »

 

Vous étiez pourtant favorable à la décentralisation voulue

par Jean-Luc Lagardère ?

Pas jusqu’au point où les nouvelles recettes ne couvrent pas

les frais supplémentaires ! En 2008, devant l’explosion des déplacements, pour

préserver la recette, les décideurs ont consacré un tiers de l’augmentation des

allocations au soutien du budget des transports. Nos dirigeants n’ont pas fait

participer les utilisateurs en proportion de leurs dépenses respectives… Ils

n’ont jamais envisagé de prélever une contrepartie aux bénéficiaires directs

des innombrables changements qui ont eu lieu depuis quinze ans. Au moment où il

est clair qu’ils sont allé trop loin et vont devoir gérer, la seule solution

serait de faire payer plus aux propriétaires : combler un déficit de 50 % en

trois ans ? On croit rêver !                               

 

Là, vous parlez des centres d’entraînement ? Les déficits

des centres d’entraînement, c’est avant tout le “bug” des administrateurs ! Ce

sujet a été très mal traité, tant dans sa formulation que dans sa communication

– inexistante jusqu’à la prise de décision. Un plan, présenté comme un projet,

a été livré en séance au Comité de décembre. Il a été mis au point par Jean

d’Indy, Président de l’Obstacle, sans aucune consultation des Conseils du Plat

et de l’Obstacle ni d’un quelconque organe consultatif compétent. Analysant les

coûts et les recettes des centres d’entraînement, c’est le constat d’un déficit

chronique plus ou moins grave de l’ensemble des centres.

 

Certains centres seraient au bord de la faillite ?

Des pistes sont proposées par ce projet pour rechercher des

leviers financiers : augmenter de 50% sur 3 ans les frais des propriétaires sur

les centres, économiser sur les services proposés, appliquer à tous les chevaux

des centres le prélèvement de 1% sur les victoires dont l’assiette passerait

des prix aux “prix + primes”, avant de très vite englober les deuxième et

troisième places.

 

Vous êtes donc opposée à tout nouveau prélèvement ?

Il est maladroit d’exiger que les centres couvrent 60% de

leurs frais quand on impose aux propriétaires un taux de couverture maximum de

40% si l’on compte tous les frais qui s’ajoutent à la seule pension… Sans état

d’âme ni autocritique, les dirigeants veulent que les propriétaires compensent,

à leur frais, un déficit ancien qui résulte d’une mauvaise gestion des fruits

de la croissance. L’annonce d’une augmentation de 1% des allocations 2010 ne

serait donc qu’un leurre largement autofinancé par la plupart de nos

propriétaires !

Le plan prévoit des comités consultatifs sur chaque centre

d’entraînement pour décider des meilleures mesures… N’est-ce pas un comble

quand les mesures sont déjà fixées ? Car, en réalité, ce plan n’est pas un

projet, mais l’annonce de mesures que le Conseil d’administration aurait

validées (?!?). Ce plan détaille les mesures sur tout le territoire dès 2010 et

sur trois ans. Il n’y a logiquement aucune raison d’espérer que le procédé ne

soit pas entièrement appliqué. En interrogeant des propriétaires et des

présidents de régions, également représentés au Conseil d’administration, on

découvre que personne n’est au courant ! N’y a-t-il pas là un vrai

dysfonctionnement ?

 

Que faut-il faire, selon vous ?

S’il est évident qu’il faut trouver des solutions, elles

doivent être viables et ne pas mettre l’édifice en danger. Le délai imposé me

semble violent, dissuasif et inacceptable. La forme est de courte vue et

irrationnelle : le déficit n’est jamais rapproché de l’implication des chevaux

de ces centres dans la construction de la recette PMU globale. Ce déficit est

un soutien à 75% des chevaux entraînés en France : une clientèle qui soutient

la recette PMU. Peut-on doubler l’offre PMU et parallèlement augmenter les

frais et réduire le service de préparation ?

 

 « S’il est évident

qu’il faut trouver des solutions, elles doivent être viables et ne pas mettre

l’édifice en danger. »

 

 « Il est maladroit

d’exiger que les centres couvrent 60% de leurs frais quand on impose aux propriétaires

un taux de couverture maximum de 40% si l’on compte tous les frais qui

s’ajoutent à la seule pension... »

 

 

Où en est le plan, aujourd’hui ?

En ce qui concerne les Actionnaires du Galop, découvrant ce

plan au Comité du 14 décembre, j’ai alerté le président tant sur la méthode que

sur la situation générale des écuries et demandé, en séance, l’ajournement et

un travail collectif sur le plan proposé. Plus tard, j’ai demandé des

explications sur l’annexe du Budget (dont personne ne parle) et avec

l’assistance de l’Association des entraîneurs, obtenu l’ajournement temporaire

des mesures. Une réunion doit avoir lieu très rapidement pour approfondir le

sujet. J’attends beaucoup de cette réunion qui regroupera des représentants

socioprofessionnels de toutes les tendances.

 

 « j’ai alerté le

président tant sur la méthode que sur la situation générale des écuries et

demandé, en séance, l’ajournement et un travail collectif sur le plan proposé. »

 

Quels sont vos vœux pour 2010 ?

France Galop est une association loi de 1901 à délégation de

pouvoirs publics. France Galop, c’est nous tous. Alors, tous ensemble, prenons

notre avenir en main !       •