Coup de tonnerre sur les courses américaines

Autres informations / 29.01.2010

Coup de tonnerre sur les courses américaines

Une banque demande la mise sous séquestre d’un des

principaux propriétaires américains

Un article de notre confrère le Lexington Herald Tribune, nous

a appris en fin de semaine une nouvelle inattendue pour les observateurs des

courses américaines : Ahmed Zayat, le troisième propriétaire américain en 2009

pour les sommes gagnées – derrière Cheikh Mohamed – fort d’une écurie qui

comporte deux cents chevaux, est sous la menace d’une action intentée par son

principal banquier, la Fifth Third Bank, qui a demandé au juge fédéral la mise

sous séquestre de l’ensemble de ses avoirs hippiques. Cette banque  prétend qu’Ahmed Zayat lui doit plus de 34

millions de dollars, et qu’il est nécessaire qu’un administrateur judiciaire prenne

les actifs en main, ne serait-ce que pour assurer leur nourriture normale, tous

En même temps, la banque a demandé au juge de district Karen Caldwell d’obliger

Ahmed Zayat à permettre aux émissaires de la banque d’inspecter les animaux

ainsi que les comptes quotidiens de l’écurie. La banque se déclarant prête à

pourvoir aux soins nécessaires pour ces animaux.

La banque justifie son action par l’intermédiaire de son

avocat, Carl Robertson : selon elle, Ahmed Zayat aurait perdu 65 millions de

dollars avec son écurie entre 2006 et 2009, et le résultat prévisionnel

d’exploitation de 2009 dégagerait un déficit de 3 millions de dollars si l’on

en croit les comptes fournis par Ahmed Zayat.

 

 Selon l’avocat, le

propriétaire aurait rétorqué avoir perdu 42 millions de fonds propres dans

cette opération et que, dans un premier temps, il n’était pas dans ses intentions

de couvrir le manque de liquidités. De son côté, le grand propriétaire,    dont le meilleur performer cette année était

Pioneer of the Nile (Empire Maker), a présenté un rapport le 21 janvier pour

s’opposer aux arguments de la Fifth Third Bank. Il conteste formellement que

l’écurie soit en état de cessation de paiement, ayant récemment fait l’apport

d’un financement extérieur de 5,2 millions de dollars. Il est difficile pour

l’instant de faire la part des choses dans la mesure où l’attaque de la banque

prend des allures à la fois spectaculaires et humanitaires, prétendant agir

pour la sauvegarde et la santé des animaux propriétés d’Ahmed Zayat, ce qui

ressemble fort à des arguments de circonstances imaginés par les avocats d’une

banque.

 

Ahmed Zayat, un propriétaire, éleveur et acheteur très actif

Pour envisager cette affaire, il faut rappeler qu’Ahmed

Zayat a été premier propriétaire américain en 2008, véritable tête de liste, et

qu’il a élevé et conservé en 2009 Pioneer of the Nile qui a terminé deuxième du

Kentucky Derby. Par ailleurs, durant cette période, il a été un acheteur actif

dans les grandes ventes américaines. En appui de sa position, pour contrer les

accusations de la banque, il a produit en ce début de semaine des témoignages

émanant d’entraîneurs, d’étalonniers et d’éleveurs qui attestent officiellement

que l’entretien des animaux est parfaitement assuré et que tout envoyé de la

banque pourrait le constater sur place.

Il faut rappeler que Zayat Stable compte entre deux cents et

deux cent cinquante têtes, et que cette écurie a rapporté 6,8 millions de

dollars en 2009, terminant au troisième rang national.

 

Une banque partiellement responsable…

La taille de cette opération est utilisée par la banque pour

justifier leur démarche judiciaire de nommer un administrateur qui serait à

même d’évaluer et de gérer l’ensemble, ce qui n’est pas à portée de la seule

banque. Cependant, face à l’attaque de la banque, par rapport à laquelle Zayat

Stable s’est retrouvée en défaut de remboursement de prêts à hauteur de 34

millions de dollars, ce dernier assure que la banque est partiellement

responsable de cet état de fait.

Ahmed Zayat a été premier propriétaire américain en 2008,

véritable tête de liste, et il a élevé et conservé en 2009 Pioneer of the Nile

qui a terminé deuxième du Kentucky Derby.

 

 COUP DE TONNERRE...

Selon ses avocats, c’est l’incitation bancaire, la nature et

les taux des crédits consentis par la banque, qui auraient conduit Zayat Stable

à une sorte de ruine financière pour reprendre le terme utilisé dans sa réponse

au tribunal. En effet, Ahmed Zayat aurait proposé de présenter une centaine

d’animaux aux ventes de Keeneland en 2009 afin d’assainir sa situation et qu’en

réponse, la Fifth Third Bank de Lexington lui aurait alors proposé de

restructurer sa dette en lieu et place de cette grande vente. Il a donc retiré

tous ses sujets de la vente, mais le mois suivant, le siège de Cincinatti de la

banque désavouait le plan envisagé par son unité de Lexington. Ce retournement

imprévu de la banque et son exigence d’être remboursée immédiatement furent

alors la cause principale des difficultés conjoncturelles rencontrées par

Zayat Stable qui s’estime du coup avoir été trompée par la

Fifth Third Bank.

 

Ahmed Zayat reconnaît être confronté à de sérieuses

difficultés financières mais rétorque en même temps que l'indécision de la

banque est largement responsable de la présente situation.

 

Ahmed Zayat reconnaît les faits

Dans son document du 25 Janvier, Ahmed Zayat reconnaît être

confronté à de sérieuses difficultés financières mais rétorque en même temps

que l’indécision de la banque est largement responsable de la présente

situation. Il ajoute que les administrateurs envisagés, en dépit de leur

notoriété, ne pourraient mener à bien la liquidation d’un effectif de deux cent

trois têtes. Selon notre grand propriétaire en difficulté, liquider dans la

précipitation ces animaux conduirait aujourd’hui à une recette qui ne

correspondrait pas à celle escomptable dans le cadre d’un processus normal de

dispersal organisé par Keeneland aux dates appropriées.

 

Voilà où l’on en est aujourd’hui dans cette affaire qui fait

grand bruit dans le monde des courses aux USA et au-delà. D’autant que la Fifth

Third Bank, pour étayer son attaque frontale, a pris soin de rappeler la

faillite personnelle d’Ahmed Zayat en 1993 dans l’État du New Jersey sous le

nom d’Ephraïm David Zayat. Ce à quoi, dans son mémoire, Ahmed Zayat a fait

valoir qu’il n’avait nullement cherché à esquiver ce fait passé mais qu’à

l’époque, il utilisait son patronyme hébraïque.

 

Affaire passionnante qui illustre en tout cas le

retournement spectaculaire des banques américaines qui se pressaient pour

financer cette activité, souvent au-delà de toute prudence, et qui désormais se

dépêchent de placer en faillite les clients qui connaissent des difficultés,

souvent liées à la “générosité” ancienne et intéressée de ces établissements.