Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur... rachel alexandra, star moderne

Autres informations / 26.01.2010

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur... rachel alexandra, star moderne

Elle n’était pas programmée pour prétendre au titre de Horse

of the Year, si recherché aux États-Unis qui en ont l’exclusivité. Par un père

débutant au haras (Medaglia d’Oro), issu d’une lignée de chevaux de pistes en

gazon, et par une mère gagnante d’une Listed à Fair Grounds, appartenant à une

famille sans envergure, Rachel Alexandra n’était en 2008 qu’une bonne 2ans, qui

finit par gagner son stakes à sa sixième et dernière sortie de l’année. Une

anonyme sympathique et valeureuse qui pouvait faire une gentille 3ans…

 

Et pourtant, à 3ans, comme si les fées de l’hiver l’avaient

transcendée, plus rien ne l’arrêta. Elle remporta les huit courses auxquelles

elle participa, dont cinq Grs1 pour finir. Si Rachel Alexandra est entrée dans la

légende des courses, c’est du fait d’un environnement spécifique, mais aussi

pour trois raisons “techniques” précises :

1)         Les écarts à

l’arrivée par rapport au peloton, comme les vingt longueurs dans les Kentucky

Oaks (Gr1) à Churchill Downs, ou les dix-neuf longueurs dans les Mother Goose

Stakes (Gr1) à Belmont Park;

2)         Sa victoire

dans une des trois courses de la Triple couronne américaine, les Preakness

Stakes (Gr1), qui sont habituellement l’apanage des mâles;

3)         Ses trois

victoires face aux mâles et aux 4ans et plus dans des Grs1, alors qu’elle

n’était qu’une pouliche de 3ans. Aux États-Unis, les confrontations

intergénérationnelles de haut niveau sont rares… et les grandes courses

ouvertes aux deux sexes le sont tout autant.

 

Une femelle moderne

En résumé, la puissante baie brune s’est hissée au niveau

des mâles, et elle les a surclassés, incarnant ainsi une “femelle moderne”,

décomplexée, sûre d’elle et surtout supérieure aux mâles dans tous les

compartiments de la compétition.

Elle est “foncée” de robe, et féminine de sexe, elle est

l’Amérique qui s’éveille, celle qui monte, elle appartient à l’ère Obama, celle

d’une physionomie inédite d’une Amérique mouvante à la recherche d nouvelles

valeurs et de modèles originaux.

C’est ce miracle qu’incarne Rachel Alexandra et voilà

pourquoi elle a emporté le titre prestigieux de Horse of the Year, battant

facilement Zenyatta (Street Cry), pourtant elle aussi une championne” comme

l’on en voit très rarement.  Mais  cette  conjoncture  de  la

co-présence simultanée de ces deux stars incontestables n’a fait que

populariser leur affrontement à distance, “dramatiser” l’attribution du titre,

et finalement rehausser la victoire de Rachel Alexandra.

 

 

UNE CARRIÈRE EN CONTE DE FÉES

Dolphus Morrisson, l’éleveur de Rachel Alexandra, envoie rarement

ses produits sur le ring. Mais, en novembre 2006, pour les ventes de Keeneland,

il avait inscrit cette foal qu’il aimait bien, avec l’intention de faire un bon

prix. Les radios de l’examen vétérinaire à quelques jours des ventes révélaient

la présence de “défauts”, vraisemblablement des traces d’OCD comme cela arrive

fréquemment en période de croissance. Dans le contexte médicalisé des ventes actuelles,

il devenait douteux que Rachel Alexandra atteigne les125.1      $ que Dolphus Morrisson voulait obtenir

pour son produit. Il décida donc de retirer sa foal des ventes, sans doute une

des meilleures décisions de sa vie ! Et, comme il était attaché à ce produit,

il la nomma Rachel Alexandra, les prénoms de sa petite-fille.

Au mois d’août 2007 de son année de yearling, bien que

décrite par Dolphus Morrisson comme étant encore mal dégrossie (« a little scruffy

»), Rachel Alexandra est envoyée au Texas pour être débourrée au Diamond D

Ranch, managé par Jimmy Dodwell.

En novembre, Dolphus Morrisson demande à Jimmy “Scooter”

Dodwell s’il peut inscrire sa pouliche aux Breezeup de Floride. Dodwell

explique aujourd’hui « qu’il était très impressionné par la vitesse naturelle

de la pouliche, dotée par ailleurs d’une énorme action ». Il émet donc des

réserves sur le projet d’aller aux ventes, conseillant à son client et ami « de

plutôt rester accroché à celle-ci que de la vendre ». C’est un nouveau tournant

décisif pour l’histoire de Rachel Alexandra et de Dolphus Morrisson : ils vont

continuer ensemble !

 

Une 2ans intéressante…

C’est ainsi qu’elle rejoint l’entraînement de Hal Wiggins,

avec lequel Dolphus Morrisson a l’habitude de travailler. Elle débute

précocement en mai 2008 par une sixième place, sous l’entraînement de Hal

Wiggins, puis ouvre son palmarès dès la course suivante, un maiden à Churchill

Downs. Elle donne toute satisfaction et elle poursuit en juillet avec une

deuxième place dans les Debutante Stakes (Gr3). Après un léger break, elle

regagne une allowance puis termine deuxième, en novembre, des Pocahontas Stakes

(Gr3). Le 29 novembre, dans les Golden Rod Stakes (Gr2) à Churchill Downs, elle

prend sa revanche en battant Sara Louise, qui l’avait devancée dans les

“Pocahontas”. Rachel Alexandra est désormais montée par Calvin Borel qui ne la

quittera plus. Elle s’affirme ainsi comme une “gentille 2ans”, un prospect

intéressant pour les classiques de l’année suivante.      

 

UNE CARRIÈRE…

L’année 2009 : le tournant d’une carrière extraordinaire

Était-ce une question de maturité insuffisante, ou d’un

entraînement trop précautionneux, toujours est-il que l’on change radicalement

de braquet et de calibre en 2009 où elle ne sera jamais battue en huit sorties

périlleuses. Elle remporte sans coup férir trois courses préparatoires aux

classiques dont les Fantasy Stakes (Gr2) le 5 avril par presque             neuf longueurs. Le 1er mai,  première grande date, les        Kentucky Oaks (Gr1) – c’est un coup de

tonnerre ! L’Amérique entière découvre un astre d’un nouveau type : Rachel          Alexandra devance de plus de vingt

longueurs ses opposantes dans cette grande course, pendant féminin du Kentucky

Derby. Il n’y avait jamais eu un tel écart de mémoire de turfiste. Rachel

Alexandra entre facilement en tête dans la ligne droite puis, insensiblement,

déroule dans son action. Elle franchit le poteau alors que le peloton se bat à

vingt longueurs de la nouvelle étoile. « Je monte depuis trente ans, et je ne

me suis jamais posé sur une “chose” pareille », s’exclama Calvin Borel.

 

Rachel Alexandra change de main

Cet éblouissement relayé par tous les médias eut tout de

suite des conséquences bouleversantes. Dès ce survol digéré, Rachel Alexandra

fut vendue par Dolphus Morrisson et son associé Michael Lauffer, à Stonestreet

Stable de Jess Jackson, associé à Harold T. McCormick. La négociation fut âpre

et les milieux bien informés annoncent une transaction aux alentours de douze

millions de dollars pour la fille de Medaglia d’Oro. Mais Jess Jackson, propriétaire

et fondateur du réputé Kendall-Jackson Wine Estates (vins), fut le propriétaire

d’un certain Curlin... C’est donc l’excellence qu’il traque. Il n’a cure des

parcours fléchés. Rachel rejoint donc le barn de Steve Asmussen et sa prochaine

sortie est un immense défi : les Preakness Stakes, deuxième étape de la Triple

couronne, contre les mâles. Jackson dépense 100.000$ de supplémentation pour

qualifier sa pouliche dans cette épreuve qui n’était évidemment pas prévue au

programme par Dolphus Morrisson et Hal Wiggins.

 

Elle franchit le poteau alors que le peloton se bat à vingt

longueurs de la nouvelle étoile.

« Je monte depuis trente ans, et je ne me suis jamais posé sur

une “chose” pareille », s’exclama Calvin Borel.

 

Son exploit dans les Preakness Stakes

16 mai. Preakness Stakes (Gr1), sur l’hippodrome de Pimlico.

Rachel a tiré la stalle 13 à l’extérieur, ce qui est un désavantage, surtout

pour elle qui aime aller dans les chevaux de tête. De plus, elle affronte le

meilleur mâle de 3ans à cette date, Mine that Bird (Birdstone) qui vient

d’enlever le Kentucky Derby (Gr1). D’où la dimension très particulière de ces

“Preakness”, qui voient le héros mâle affronter l’héroïne du sexe dit faible.

C’est un peu comme si l’on avait, pour la circonstance, un “Arc de Triomphe”

des 3ans à la suite des classiques de printemps.           

 

UNE CARRIÈRE…

Rachel Alexandra, malgré son numéro, bat sans coup férir Mine

that Bird, attardé au début, qui termine fort pour finir à une longueur de

l’intouchable pouliche. Pour la petite histoire des courses, le jockey Calvin

Borel – qui avait déjà gagné cette épreuve en 2007 avec le super Street Sense

(Street Cry) – vient de réussir le rare doublé “Derby”-”Preakness” sur deux

chevaux différents ! Car c’est lui qui gagna le “Derby” avec Mine that Bird et

les “Preakness” en selle sur la nouvelle phénomène. Rachel Alexandra devient la

première pouliche à remporter les “Preakness” depuis 1924, quand Nellie Morse

enleva cette épreuve. Renchérissant sur les propos qu’il avait tenus lors des

Kentucky Oaks, Calvin Borel déclara après la course : « Je ne me suis jamais

assis de toute ma vie sur un tel phénomène. » Il est clair que ce 16 mai a fait

rentrer Rachel Alexandra dans la légende, et que c’est grâce à cette victoire

contre les mâles qu’elle va gagner son titre de Horse of the Year.

 

Un record de vitesse à Belmont Park

Mother Goose Stakes (Gr1), le 27 juin, à Belmont Park. Cette

découverte de l’hippodrome n’est qu’une formalité pour Rachel Alexandra qui

l’emporte de plus de dix-neuf longueurs sur ses suivantes, tout en battant le

record de l’épreuve détenu par une autre légende, Ruffian. Elle démontre ce

jour-là qu’elle ne sait pas aller lentement, et que sa caractéristique est cet

abattage qui lui confère un rythme de galop infernal et dévastateur, même pour

le chronomètre. Rachel Alexandra renouvelle un cavalier seul dans les Haskell

Invitational Stakes (Gr1) le 2 août, une fois de plus contre les mâles. La

piste est lourde en raison de fortes intempéries, ce qui ne l’empêche pas de

vaincre de six longueurs et d’approcher de 0,2 seconde le record de l’épreuve

malgré l’état du terrain.

 

Les Woodward Stakes :

une tête et un nouvel exploit !

L’odyssée 2009 se termine le 5 septembre dans les Woodward

Stakes (Gr1) à Saratoga contre les mâles et les vieux chevaux, nouveau défi de

Rachel Alexandra contre les classifications, contre les hiérarchies

traditionnelles, contre les handicaps naturels. Une fois de plus, elle relève

le défi mais ne gagne que d’une tête. La victoire à nouveau est un exploit,

mais il est clair qu’elle n’était pas au mieux pour cette course. D’abord, elle

d’habitude si calme, éjecte Calvin Borel quelques minutes avant le départ. Puis

elle jaillit des boîtes pour boucler dans un temps suicidaire les premiers

quatre cents mètres. Mais au lieu de s’éteindre dans la ligne droite contre les

vieux expérimentés, elle trouve les ressources nécessaires pour lutter et

gagner d’une tête ! Pour tous les observateurs avisés, c’est son exploit le

plus significatif, malgré le petit écart. C’était la neuvième victoire

consécutive de Rachel Alexandra en dix mois de compétition. Elle était

visiblement fatiguée, nerveusement et physiquement, et son entourage, pourtant

à la recherche de l’exploit perpétuel, eut la sagesse finale d’en rester là

pour 2009, lui évitant le match contre Zenyatta dans le Breeders’ Cup Classic

(Gr1), à Santa Anita. On nous promet son retour cette année dès le mois de

mars. Toute la beauté et l’intensité de la compétition hippique réside en ces

échéances.

 

UN PETIT ÉLEVAGE MAISON LOTTA KIM

 Rachel Alexandra est

une pouliche baie très foncée, bien charpentée sans être lourde, de bonne

taille, et surtout très distinguée avec une tête superbe, ornée d’une liste

blanche très curieuse, partant des naseaux puis s’interrompant à hauteur des

yeux, pour repartir et tracer une sorte de point d’interrogation sur la partie

supérieure.

Dès son jeune âge, elle sortait d’un certain ordinaire

puisque Dolphus Morrisson, contre son habitude de petit éleveur-propriétaire,

l’inscrivit aux ventes de foals tant elle était plaisante, et il fut “sauvé”

par la science vétérinaire qui décela une ostéochondrose trop prononcée –

l’empêchant d’être vendue un bon prix.

 

L’unique produit d’une mère sortie prématurément de

l’entraînement

Dolphus Morrisson avait élevé et couru Lotta Kim (Roar), née

en 2001 au Kentucky, et mère du prodige Rachel Alexandra.

Lotta Kim fut une pouliche de course utile dont le fait

saillant fut de remporter les Tiffany Lass Stakes (L) à Fair Grounds, sans

oublier qu’elle termina deuxième des Golden Rod Stakes (Gr2), course qui sera

gagnée cinq ans plus tard par sa fille Rachel Alexandra. Accidentée après sa

victoire, elle rejoignit le haras et donna naissance en 2006 à Rachel

Alexandra, son premier produit, le seul actuellement.

En effet, elle eut un mâle par Empire Maker en 2007 qui

succomba à la maladie de chien, et elle donna naissance à un prématuré qui ne

survécut pas en 2008. Lotta Kim ne fut pas saillie en 2009. Après avoir refusé

de nombreuses offres pour elle, dont une très sérieuse de Darley, Morrisson a

décidé de représenter Lotta Kim en 2010 à Medaglia d’Oro, ce qui était

prévisible…

 

La deuxième mère, une bonne poulinière prolifique

Kim’s Blues (Cure the Blues), la deuxième mère de “Rachel”,

est une performer utile qui n’a pas réussi à devenir black type bien que dotée

de quatre petites victoires.

En revanche, pour Morrisson, elle va produire très

correctement puisqu’elle est responsable de trois gagnants de stakes dont Lotta

Kim, la mère de notre star, High Blues (High Yield), un mâle robuste qui gagna

cinq courses dont un stake pour 260.000$, et surtout Lotta Rythm (Rythm) au

palmarès très proche de Rachel Alexandra à 2ans puisqu’elle remporte les

Pocahontas Stakes et qu’elle prend la troisième place des Golden Rod Stakes

(Gr2), la course commune aux deux sœurs, Lotta et à Rachel Alexandra.

 

 

UN PETIT ÉLEVAGE…

La troisième mère, Early Decision (Lord Gaylord), est une petite

gagnante de Stakes à la production bien quelconque. Quant à la quatrième mère

de Rachel, Biscayne Missy (Chieftain), elle aussi, comme sa descendance, a

donné trois produits de stakes assez anonymes et de second plan.

 

En conclusion sur cette famille, rien ne la prédisposait à

engendrer une phénomène comme Rachel Alexandra qui s’extrait d’un ensemble

méritoire mais sans aucun relief à aucune génération.

 

Cependant, il ne faut pas mésestimer Lotta Kim, sa mère, et

Lotta Rythm, sa “tante”, toutes deux bonnes performers qui ont labouré à 2ans

des champs qu’a fréquentés Rachel Alexandra plus tard. Il y a chez ces deux

juments de stakes une certaine aptitude à courir et gagner qui, sans annoncer

Rachel Alexandra, démontre des capacités qui finissent par faire de bonnes

reproductrices. Elles caractérisent ainsi un solide élevage d’un petit propriétaire-éleveur,

ce genre de foyer productif toujours positif qui, bien croisé, peut prétendre à

mieux.

 

Et c’est exactement ce qui s’est passé pour Rachel Alexandra

qui est issue d’un remarquable étalon, ce qui fait la différence par rapport à

sa mère et autres cousines qui étaient par Roar, par Cure the Blues, par Rythm,

par Lord Gaylord, autant d’étalons bien pâles dont on ne peut attendre de

miracle. Alors qu’avec Medaglia d’Oro d’autres horizons s’ouvrent !

 

L’Amérique vient de tirer un gros lot avec Medaglia d’Oro,

un fils d’El Prado, lui-même fils de Sadler’s Wells.

On savait déjà son père El Prado, récemment disparu,

notoirement sous-évalué aux États-Unis car regardé comme un étalon produisant

plutôt pour l’herbe, malgré des très bons produits tels Medaglia d’Oro, Artie

Schiller, Asi Siempre, Borrego, Kitten’s Joy, Spanish Moon, Lord Admiral.

Désormais, avec la réussite de Medaglia d’Oro, El Prado est

revu à la hausse, avançant que le marché avait été injuste avec ce seul fils de

Sadler’s Wells qui réussisse aux ÉtatsUnis.

Mais Medaglia d’Oro a repris le flambeau pour imposer

outre-Atlantique cette extraordinaire lignée d’étalon, responsable en Europe

des deux leaders Montjeu et Galileo. Medaglia d’Oro, racheté à 3ans par E. Gann

qui le confia au regretté Bobby Frankel, a connu une brillante carrière,

remportant cinq Grs1 sur le dirt, et prenant à deux reprises la deuxième place

du Breeders’ Cup Classic. Bref, un vrai cheval “américain” de type classique

qui ne produit pas des 2ans précoces, mais dont les produits réussissent fort

bien à 3ans y compris sur le dirt.

 

Medaglia d’Oro acheté à 75% par Darley

Entré au haras en 2005 à Hill’N’Dale Farm (J. Sikura), où il

entama la monte au prix respectable de 40.000$, Medaglia d’Oro afficha dès

l’année de courses 2009 une formidable réussite avec sa première production

puisque ce reproducteur a donné déjà vingt-huit chevaux de stakes si l’on

compte ses 2ans de 2009, ce qui est impressionnant.

Et c’est pour cette raison que Darley l’a acheté cet été,

après les exploits de Rachel Alexandra. Plus exactement, Darley en a pris le

contrôle avec environ 75% des parts, le reste appartenant toujours à Richard

Santulli et Barry Weisbord, le patron du TDN, notre maison-mère, qui ont gardé

leurs intérêts dans l’étalon qui fait désormais la monte à 100.000$ à Jonabell

Farm.  

 

LE FILON MEDAGLIA D’ORO…

Un jeune étalon améliorateur

La réussite de Medaglia d’Oro est la plus fulgurante que

l’on ait vue depuis longtemps. Parmi ses 3ans, on compte, outre la phénoménale

Rachel Alexandra, Gabby’s Golden Gal qui a enlevé les Acorn Stakes (Gr1), et

Payton d’Oro (gagnant de Gr2). Ces succès ont fait dire aux observateurs, aux

vues de sa première production, qu’il était un père de pouliches. Heureusement,

comme pour démentir les avis de court terme qui sont risqués en élevage,

Medaglia d’Oro revient avec sa production de 2ans en 2009 avec de fameux mâles

comme Passion of Gold, le vainqueur de notre Critérium de St Cloud (Gr1), et Al

Zir, un top price yearling qui a fini troisième du Racing Post Trophy (Gr1) à

Doncaster.

Bref, l’Amérique tient là un sacré reproducteur que l’on

peut qualifier sans risque “d’améliorateur” en regard des juments qu’il a

saillies. L’exemple de Rachel Alexandra est probant, comme ceux de la trentaine

de chevaux de stakes qu’il a déjà donnés. Le marché ne s’y est pas trompé

puisqu’il fait désormais la monte à 100.000$ (liste complète), ce qui

correspondrait à une saillie de 250.000$ selon les barèmes en vigueur il y a

quelques années.

Dernière remarque, nous retrouvons avec Medaglia d’Oro un

grand étalon américain capable de réussir en Europe et donc de séduire les

éleveurs du monde entier. La référence alors qui nous vient à l’esprit n’est

plus seulement celle de son grand-père Sadler’s Wells, mais carrément celle son

arrière-grand-père, le chef de race Northern Dancer.

UN CROISEMENT EXPLIQUÉ PAR L’ÉLEVEUR

« La personnalité de Rachel Alexandra est bien différente de

celle de sa mère, Lotta Kim », a déclaré Hal Wiggins, l’entraîneur maison de

Dolphus Morrisson qui a eu sous sa responsabilité toute la famille. Il est très

critique à l’égard de Lotta Kim qui était une pouliche difficile à entraîner,

avec laquelle il fallait sans cesse ruser pour la travailler sans lui en donner

l’impression préalable. Bref, c’était cette sorte de pouliche, dotée d’un

mauvais caractère et d’une grande nervosité, qu’aucune écurie n’aime.

Tout l’inverse pour “Rachel” qui est une pouliche placide

que rien ne trouble. Elle ne s’émeut de rien si ce n’est au dernier moment de

rentrer dans les boîtes de départ, au moment de la course. Et Dolphus Morrisson

explique aujourd’hui comment il a obtenu cette inversion entre la  mère et la fille. « J’ai tout de suite pensé

que Medaglia d’Oro était une bonne opportunité physique et psychique pour Lotta

Kim. En fait, je suis tombé sous la coupe de Medaglia d’Oro qui représentait

tout ce que je cherche chez un étalon : un balancier parfait et un remarquable performer

qui a toujours répondu présent de 3 à 5ans. Et un physique vraiment

impressionnant qui devait ainsi corriger les insuffisances de Lotta Kim, trop

instable. » Dolphus Morrisson ajoute :

« Ce qui m’a vraiment décidé à investir 40.000$ en lui,

c’est sa façon de terminer ses courses, comme s’il avait toujours une énergie

suffisante pour placer une accélération. C’est au fond ce qui m’attire :

plus  qu’une vitesse pure, je cherche le

cheval qui finit ses courses et qui offre une mécanique physique qui correspond

à cette aptitude. »

Dolphus Morrisson est l’expression du meilleur pragmatisme,

peu théorique, mais qui tient compte des personnalités des reproducteurs. Le

privilège des artisans éleveurs, à la tête d’un petit effectif, et qui peuvent

faire des croisements sur mesure. Il est allé à Medaglia d’Oro car il pensait

donner à Lotta Kim le cheval qui lui allait, « a good fit », comme il l’a

déclaré au Bloodhorse. L’étalon a apporté la classe, le brio et le physique qui

manquaient à sa lignée maison. Et le miracle a eu lieu ! Le tout, c’est de le

vouloir. La leçon vaut pour tous les éleveurs de tous les pays : ne jamais

renoncer à améliorer. Ne pas se cantonner dans des projets “moyens”. Compter

sur l’étalon pour faire progresser la lignée et la mère. Chaque croisement doit

être l’occasion de produire mieux, de progresser. Telle semble être la devise

simple et pragmatique de Dolphus Morrisson. C’est pourquoi Rachel Alexandra est

la star des stars : elle vient de loin, elle vient du petit, elle vient du sexe

faible, et elle domine la compétition. Elle est une belle histoire moderne.

 

Je suis tombé sous la coupe de Medaglia d’Oro qui

représentait tout ce que je cherche chez un étalon : un balancier parfait et un

remarquable performer qui a toujours répondu présent de 3 à 5ans.