Pascal bary : « j’espérais que “gloria” avait gardé quelque chose sur le poteau... »

Autres informations / 01.04.2010

Pascal bary : « j’espérais que “gloria” avait gardé quelque chose sur le poteau... »

 

L’entraîneur cantilien est entré dans l’histoire en devenant

le premier français à remporter le Dubai World Cup. Et le premier entraîneur

tout court à gagner la" World Cup" à Meydan. Mardi, à Compiègne, il

nous a fait l’amitié de revenir avec nous sur cette soirée magique.

 

Jour de Galop. – au passage du poteau, le jockey de lizard’s

desire a levé le poing en signe de victoire. avez-vous pensé que vous étiez

battu ?

Pascal Bary. – Je n’ai pas vu Kevin Shea lever le bras.

J’espérais simplement que mon cheval avait gardé quelque chose sur le poteau.

Tout ce que j’attendais, c’est qu’on affiche le 5 [le n° de Gloria de Campeao,

ndlr] à l’arrivée ! J’aurais évidemment  été  déçu  d’être second, battu d'un nez. Cela fait trois

ans que j’essaie de gagner cette course avec lui ! Mais, dans le même temps,

j’étais tellement heureux qu’il fasse une aussi belle course... Oui, j’ai été

si heureux des trois courses formidables qu’il nous a offertes cet hiver.

 

qu’est-ce qui fait qu’il s’est aussi bien adapté à dubaï ?

Cela fait trois ans que Gloria de Campeao participe au

meeting de Dubaï. Il n’a jamais connu aucun problème d’acclimatation parce

qu’il est né dans l’hémisphère Sud : il est donc naturellement beaucoup mieux

l’hiver à Dubaï. Son horloge biologique est calée sur l’hémisphère Sud. Donc,

passé le mois de mai, ce n’est plus le même cheval. Quand je l’ai couru à

Deauville, il n’était pas dans sa saison, et aussi parce qu’il n’apprécie pas

les tracés corde à droite. J’ai fait la même erreur en allant à Chicago. Je

n’aurais pas dû courir là-bas... Je crois vraiment à la forme saisonnière.

D’autant qu’à ce niveau de compétition, il est impossible d’être bien toute

l’année.     

 

« en passant tout l’hiver à chantilly, ou même plus

largement en France, on ne peut pas bien préparer la dubaï World cup »

 

et votre cheval n’a pas recouru après chicago ?

Cette année, j’ai fait le choix de ne pas le recourir après

sa sortie américaine au mois d’août. Je voulais attendre l’hiver. À Dubaï, il

fait toutes ses courses. La première année, il a fini trois fois second, même

s’il a échoué pour sa première tentative dans la "World Cup". La

deuxième année, il a terminé une fois quatrième, il a gagné une course et a

conclu          second dans    la

"World Cup". Et cette année, il a toujours bien couru... jusqu’à sa

victoire dans la "World Cup".

 

en passant tout l’hiver sur place, il évitait aussi le

contrecoup de voyage...

Ce n’est ni une question de voyage, ni une question de pays

; tout est lié au calendrier. J’ai gagné trois Breeders’ Cup avec des

"Niarchos" en arrivant sur place huit jours avant la course. Mais la

"Breeders" a lieu dans la continuité de la saison européenne. Cela

fait toute la différence avec un meeting comme celui de Dubaï, qui a lieu en

tout début d’année. D’ailleurs, Gloria de Campeao pourrait prochainement aller

courir à Singapour. Si cela se confirme, il ne partira là-bas que six jours

avant, puisqu’il sera sur sa lancée de Dubaï.

 

et la chaleur qui régnait là-bas ?

Effectivement, le climat est très différent de celui que

l’on trouve en Europe au mois de janvier ! C’est pourquoi je crois qu’en

passant tout l’hiver à Chantilly, ou même plus largement en France, on ne peut

pas bien préparer la "World Cup".

 

avant la course, vous aviez déclaré que le lot était

meilleur cette année qu’en 2009. craigniez-vous que Gloria de campeao fasse

moins bien ?

Non. Je pense toujours qu’en qualité pure, il y avait de

meilleurs chevaux que l’an dernier. De très bons chevaux... Mais tous n’ont pas

fait leur valeur, notamment ceux qui venaient de passer l’hiver en France ou en

Angleterre.

 

la victoire de Gloria de campeao est-elle une surprise ?

Quand on regarde l’arrivée de la "World Cup", on

constate que ce sont les mêmes chevaux que dans la course préparatoire. Donc,

pour moi, l’arrivée de la "World Cup" n’est pas une surprise.

 

avez-vous été inquiet lorsque vous avez vu votre cheval être

contraint de porter tout le poids de la course ?

C’est son truc d’aller devant. Chaque fois que nous avons

voulu le reprendre, il a mal couru. "Gloria" n’a qu’un train. Il

galope à sa façon et il ne faut pas le bousculer, le contrarier, ou chercher à

le reprendre. J’aime sa façon d’aller chercher le rail dans la ligne droite. Et

puis de toute façon, c’est quand même mieux d’aller devant, surtout lorsque la

course ne va pas vite. Vous avez noté que nous sommes allés moins vite que dans

la course précédente ?     

 

comment se passe la collaboration avec son jockey, tiago

Pereira ?

Il a commencé à le monter à Singapour. La communication

n’est pas très facile parce que je ne parle pas le portugais et qu’il ne parle

pas le français ! (Rires) Mais c’est un jockey qui sait très bien gérer une

course en tête. Puisque vous parlez de son cavalier, je veux absolument rendre

hommage à Christophe Bretez, qui a fait un travail formidable avec

"Gloria" pendant les trois mois et demi passés à Dubaï. Il faut le

féliciter car il a sorti "Gloria" tous les jours et a fait un travail

parfait pour que le cheval soit au top le jour J.

 

que répondez-vous à ceux qui disent que "Gloria"

n’est pas un champion parce qu’il n’a pas gagné de Gr1 en France ?

Je me moque des critiques. Ceux qui ne sont pas contents que

nous ayons gagné n’ont qu’à préparer un cheval pour Dubaï et remporter la

"World Cup". Comme l’a dit Stefan Friborg à l’occasion du tirage au

sort des places à la corde, c’est une chance de pouvoir être au départ d’une

telle course. Je suis très étonné quand j’entends certains cracher dans la

soupe...

 

avez-vous conscience s’être entré dans l’histoire en

devenant le premier entraîneur français au palmarès de la "World cup"

?

Il n’y a pas de quoi en faire une histoire. Si peu de

chevaux français ont disputé la "World Cup"… Il est vrai que ce n’est

pas facile d’avoir le cheval qui va bien s’adapter à ce type de course.

 

comment comparez-vous ce succès avec vos autres grandes

victoires ?

Je ne les compare pas. J’ai gagné huit courses de Gr1 à

l’étranger et, à chaque fois, c’est le même plaisir.

 

comment jugez-vous l’accueil des chevaux étrangers sur place

?

On est reçu magnifiquement. Tout ce que l’on demande, on

l’obtient dans les deux heures. Les gens, sur place, n’ont qu’un objectif :

vous rendre service. Tout le monde fait tout pour arranger les choses le mieux

possible.

 

et Meydan ?

C’est grandiose. Bien sûr, c’est un hippodrome très

différent des nôtres, où l’on ne court que peu. Là, il va fermer pendant huit

mois.

 

la soirée de la "World cup" ?

Il y a une notion de fête, de spectacle qui est incroyable.

 

quel est désormais le programme de Gloria de campeao ?

"Gloria" rentre ce jeudi en France. S’il est bien,

il devrait courir à Singapour. Et l’an prochain, nous tenterons peutêtre de

défendre notre titre dans la "World Cup". À ma connaissance, je ne

crois pas que son propriétaire ait le projet de le rentrer au haras. Mais c’est

à lui qu’il faudrait poser la question.