Didier budka : « la féminisation des courses ne cessera pas de progresser »

Autres informations / 25.06.2010

Didier budka : « la féminisation des courses ne cessera pas de progresser »

LE MAGAZINE      

L’AFASEC vient de publier les résultats de son observatoire

social sur l’activité d’entraînement des chevaux de course en France. Depuis

2002, le secteur ne cesse de se développer. Après les chiffres publiés dans

notre édition de mardi dernier, Didier Budka, Directeur de l'école des courses

hippiques, nous a accordé un entretien.

 

 

Jour de Galop. – Quelles sont les grandes tendances en 2009

?

Didier budka. – Il existe une nette augmentation du nombre

de salariés de 2002 à 2009. C'est une première constatation. La deuxième, c'est

la féminisation croissante du secteur. 29% des salariés sont des filles. Nous

remarquons alors une augmentation régulière de 2 à 3% par an. Cette

féminisation dont on parle beaucoup est-elle arrivée à son maximum ou va-t-elle

encore continuer de progresser ?

Elle ne cessera pas de progresser. Comme dans beaucoup de

secteurs, les femmes s'orientent de plus en plus vers des métiers qui étaient

un peu inhabituels pour elles auparavant. Parmi les salariés des courses,

actuellement, 44% des moins de 20 ans sont des filles. Donc, ces 44% devront

basculer demain de l'autre côté, celui des plus de 20 ans. Et nous constatons

aussi dans nos écoles que les jeunes filles sont de plus en plus présentes.

Elles sont entre 50 et 74% actuellement en formation.

Mais on remarque que les femmes restent moins longtemps dans

le métier. Selon vous, ce constat est-il fondé ?

De prime abord, nous avons tendance à dire cela, c'est vrai.

Mais je pense que nous n'avons pas encore de vision assez claire de la

situation car la féminisation significative des courses a débuté il y a

seulement une petite dizaine d'années. On n'a donc pas encore assez de recul

pour faire ce constat. Néanmoins, il est vrai qu'un certain nombre de questions

se posent avec la féminisation du métier des courses : celle de la maternité et

de la vie de famille. Comment ces jeunes filles pourront-elles concilier leur

métier à leur vie de famille ? C'est un sujet de réflexion sur lequel l'AFASEC

travaille. Nous avons un rôle de formation et d'action sociale. À titre

expérimental, nous avons mis en place une halte-garderie à Lamorlaye,

spécialement réservée aux familles qui travaillent dans les courses. La

solution à plus long terme pourrait être l'installation sur les centres

d'entraînement de micro-crèches avec des horaires d'ouverture et de fermeture

en harmonie avec les métiers des courses

Nous nous sommes également adaptés dans nos écoles qui

étaient constituées auparavant à 100% de garçons. Désormais, les écoles sont

mixtes avec des dortoirs pour les filles, d'autres pour les garçons dans les

internats, par exemple.

D'après vous, à quoi ressemblera le rapport de

l'observatoire social de l'AFASEC dans dix ans ?

Il est difficile de se prononcer sur ce point. La seule

certitude réside dans le fait qu'il n'y a aucune raison que la féminisation

s'arrête demain, à l'instar de ce qui se passe dans les autres pays européens.

 

Et le problème de la taille de plus en plus grande d'une

génération à l'autre ?

C'est vrai que le modèle jockey est de plus en plus rare

même s'il existera toujours. Mais, là encore, l'entrée des filles dans le

métier peut être l'une des solutions, car en général, elles sont plus petites

et donc plus légères. À l'entrée de nos écoles, nous effectuons une sélection

et c'est vrai que nous mettons de plus en plus en garde certains garçons sur

leur taille, nous leur disons qu'ils ne présentent pas une taille leur

permettant d'exercer le métier de jockey. La population des courses

rajeunit-elle ?

Nous avons en effet un peu plus de salariés jeunes et un peu

moins de plus âgés qu'il y a dix ans. Mais nous observons une stabilité de la

tranche d'âge entre 21 et 25 ans. Ce qui est important aussi de noter dans ce

rapport, c'est la répartition géographique des salariés. C'est très intéressant

pour les entraîneurs par exemple de connaître le poids de la filière dans leur département.

Par ailleurs, la filière des courses est une filière qui recrute et nous

communiquons beaucoup sur ce point.

Selon vous, qu'est-ce qui fonctionne bien actuellement dans

le système de formation français ?

Le système de la formation en alternance est une réussite

car chacun joue le jeu. Le rôle de l'école est de préparer le jeune, celui de

l'entreprise est de mettre en pratique ses acquis et les deux rôles sont bien

partagés. Néanmoins, il existe une nouvelle donne depuis dix ou quinze ans : on

court après le temps et les entraîneurs sont de plus en plus difficilement

disponibles pour former leurs jeunes. Mais ils continuent à jouer le jeu,

malgré leurs contraintes de temps. Les courses-école aussi fonctionnent bien.

C'est un bon engagement de l'entraîneur et du propriétaire qui mettent à

disposition un cheval, mais aussi des jockeys qui jouent bénévolement le rôle

de leader, qui servent également de modèle et qui donnent des conseils.

Actuellement, cinquante-quatre courses-école se disputent en France, nous avons

toujours été autour de ce chiffre-là et ce serait une bonne chose de pouvoir

les développer encore davantage. Mais ce n'est pas facile à mettre en place, il

faut que tout le monde (apprenti, entraîneur, cheval) soit prêt en même temps

et au bon moment.

Quelles sont les autres pistes de réflexion pour

l'amélioration de notre système de formation ? Nous devons actuellement

travailler sur la réforme des diplômes demandée par l'État. Le BEPA va être

supprimé, le CAPA se fera en 2 ans et non en 3 ans et le Bac Pro en

3 ans après la classe de 3e. Nous mettons donc en place

un nouveau schéma dans toute la France pour que tout cela

puisse être en fonction en septembre 2011 dans les cinq écoles françaises. De

plus, nous devons renégocier les financements pour mettre en place ces

diplômes.

Nous devons également travailler sur tous les axes de notre

formation : dans les écoles, la formation des adultes et la formation

professionnelle pour les entreprises et les salariés tout au long de leur vie.