Gerard larrieu : « le cheval est un lien entre la france et le qatar »

Autres informations / 16.06.2010

Gerard larrieu : « le cheval est un lien entre la france et le qatar »

 

 

LE MAGAZINE      

 

Professionnel reconnu dans le monde du pur-sang tout comme

dans celui du pur-sang arabe, Gérard Larrieu est le parfait exemple de la

synergie possible et nécessaire entre les deux races et des nombreuses

opportunités que celle-ci procure. Entretien.

 

 

Originaire du Sud-Ouest, terre d’élevage par excellence du

cheval arabe, Gérard Larrieu se destinait au départ à une carrière d’entraîneur

: « J’avais dans l’idée de travailler pour François Boutin, dont la réputation

était flatteuse. Après quelques stages, je rentrais à son service pendant

quatre ans. Il m’a ensuite envoyé aux USA chez Mackenzie Miller, un entraîneur

réputé de la Côte Est avant de pour suivre mon apprentissage dans certains

haras du Kentucky. C’est à cette époque que j’ai rencontré des clients améri cains

désireux d’acquérir des chevaux en France. J’ai alors acquis pour eux un cheval

de François Boutin, Interco, qui a connu beaucoup de succès aux USA. Rentré en

France, je me suis donc orienté sur le courtage, ce qui m’a permis de

rencontrer des clients japonais et des personnes comme Jean-Louis Bouchard avec

qui j’ai acheté des yearlings . C’était pendant les années 1985-1990. Le succès

a été au rendez-vous grâce à des chevaux comme Caerlina, gagnante du Diane en

1991, Celtic Arms (Jockey Club 1994) que j’avais acheté à ses débuts tout comme

Ragmar (Jockey Club 1996) et enfin Dream Well (Jockey Club 1998) et Blue Canari

(Jockey Club 2004), acquis yearlings. Avec la disparition progressive de la

clientèle nipponne, je me tourne à l’aube des années 2000 vers celle du Golfe

Persique et tout naturellement vers le cheval arabe. En effet, mon premier

achat équin, vers l’âge de 15 ans, est une jument arabe. Je l’emmenais dans

tous les concours de modèle et d’allure car à l’époque je ne m’intéressais pas

aux courses pour cette race. »

 

Cet intérêt soudain des familles régnantes des Pays du Golfe

pour le cheval arabe incite donc Gérard Larrieu à répondre à leur demande sans

hésiter: « Je commence avec quelques achats pour le Cheikh Mohammed Al Thani,

qui était alors Ministre de l’Economie du Qatar et c’est

comme cela que nous obtenons Arawak d’Aroco, un vrai cham pion. Ce dernier

s’impo sera pendant plusieurs années comme le meil leur cheval arabe et remportera

le Derby réservé à sa race à Chantilly le même jour ou Ragmar s'adjugea le

Jockey   Club.   A   ce

moment, le Cheikh Mohammed et son frère, le Cheikh Abdullah Al Thani, Ministre

de l’Intérieur, se tournent réso lument vers la France pour acquérir des

chevaux et consti tuer un capital génétique. Cette décision est d’ailleurs

aujourd’hui à l’origine de leur succès puisque tous leurs bons chevaux sont

issus des juments françaises achetées à 

l’époque.  Leur  investissement  a 

été  total  puisqu’ils n’hésitaient pas à se dépla cer

personnellement pour visiter les élevages de la région ! C’est peut être le

début de cette relation privi légiée de la France et du Qatar et pourquoi ce

pays sponsorise aujourd’hui le week-end de l’Arc de Triomphe. Il faut d’ailleurs

savoir que ces dirigeants par-

lent couramment français. Le cheval a été le lien entre les

deux pays. En parallèle, je commence à travailler pour Shadwell, l’entité

d’élevage du Cheikh Hamdan bin Rashid Al Maktoum de Dubai alors dirigé par un

jeune manager, Richard Lancaster. Avec lui, nous faisions le tour des meil leurs

élevages français deux trois fois par an et cette col laboration dure

maintenant depuis 15 ans. A la clé, quelques très bons chevaux tels Bengali

D’Albret, Madjani (triple gagnant de la Dubai Kahayla Classic) et une jumen terie

qui fait de Shadwell, une organisation de premier ordre. Cette confiance du

Cheikh nous permet d’avoir quelques étalons arabes de renom (Madjani, Prince

d’Orient, Al Saoudi..) stationnés sur notre sol, notamment chez moi. En effet,

l’activité d’élevage m’intéresse tout autant que le courtage et grâce à mes

deux frères, nous nous occupons d’une centaine de chevaux répartis sur trois

haras dans le Sud-Ouest, la moitié du pur-sang anglais, l’autre moitié du pur-sang

arabe. »

 

Cette collaboration avec Shadwell va permettre d’aller plus

loin dans la symbiose entre le monde du pur-sang et celui du cheval arabe : «

Grâce à ce travail, Richard Lancaster est tombé sous le charme de la France et

a, de ce fait, incité Shadwell à aller plus loin dans leur relation avec les

courses françaises, permettant sans doute le sponsoring chaque année de la

journée du Prix Minerve à Deauville, qui est une vitrine pour le pur-sang

anglais ! » La boucle est bouclée.

 

« Mon premier achat équin, vers l’âge de 15 ans,   est

une jument arabe.   je l’emmenais dans tous les concours de modèle

et d’allure car à l’époque je ne m’intéressais pas aux courses pour cette race.

»

 

Le cheval arabe représente une véritable économie dans tout

le Sud de la France, " que ce soit pour les courses, l'endurance et le

show. Les Cheikhs, en effet, apprécient la discipline de l'endurance où ils

peuvent monter eux-mêmes les chevaux. Bref, les mêmes propriétaires que vous

retrou vez dans les colonnes de gauche des programmes de Longchamp sont ceux

qui participent à des courses d'endurance comme j'ai pu en voir dans la forêt

de Compiègne. Le contraste est saisissant d'ailleurs entre un dignitaire du

Golfe en train de s'occuper de son cheval, un seau à la main et le même, qui le

lendemain, est entouré de ses proches dans la tribune officielle de Longchamp,

quasi inaccessible. Cela prouve bien une nouvelle fois que les passerelles

existent dans l'univers du cheval."             

 

C'est également la possibilité " pour tout un chacun,

d'ac céder au plus haut niveau des courses. En effet, le cheval arabe permet à

de modestes propriétaires et éleveurs d'avoir une chance d'être compétitif face

aux meilleurs. L'excellence française dans ce domaine, est un atout de choix.

Certains pays émergents, comme le Maroc, la Libye, qui ne peuvent encore

rivaliser dans le domaine du est un atout de choix. Certains pays émergents,

comme le Maroc, la Libye, qui ne peuvent s'intéresser et investir dans les

courses grâce au cheval arabe avec une réelle chance d'être au départ d'une

grande course internationale un jour.

En effet, les pur-sang

arabes pur sang, peuvent être entraînés et élevés dans ces pays là plus

facilement.  Cette entrée en matière

induit tout naturellement ensuite une passerelle vers le pur-sang. Je prends

pour exemple un de mes clients d'Abu Dhabi, qui après avoir eu de nombreux che

vaux     arabes,  m'a demandé un jour un pur-sang.  J'ai acheté Marinous, qui était chez Freddy

Head. Ce cheval a ensuite gagné le Grand Prix du Croisé-Laroche avant de bien

courir à Dubai puis de gagner la plus grande course pour pur-sang du Qatar.

Depuis, ce propriétaire investit largement dans le pur-sang comme le prouve ses

deux achats aux ventes ARQANA pour des sommes entre 100 et 200.000 euros."

 

« les mêmes propriétaires que vous retrouvez dans  les colonnes de gauche des programmes de longchamp

sont ceux qui participent à des courses d'endurance comme j'ai pu en voir dans

la forêt de compiègne. »

 

Ce lien entre la France et le Golfe Persique, noué grâce au

cheval arabe, un "véritable produit de qualité française", doit être

aujourd'hui encouragé et sauvegardé : "notam ment grâce aux allocations.

Il faut que les institutions pren nent réellement conscience de cette activité

car il n'est pas normal que ce soit la filière elle-même, à hauteur de 61%, qui

assure ce financement surtout quand le cheval arabe permet d'amener de l'argent

frais dans les courses de pur sang grâce au sponsoring et à l'investissement de

leurs propriétaires. Il me semble donc injuste que France Galop en retour ne

nous accorde "que des miettes". Il faut voir la réalité des choses.

Le cheval arabe a donné beaucoup plus au pur-sang anglais que l'inverse. De

plus, si l'on veut gar der nos meilleures poulinières, il est urgent que nos

allo cations soient suffisantes afin de ne pas avoir à les vendre plutôt que de

les voir filer à l'étranger. Dans dix ans, si rien n'est fait, la situation

peut être dramatique pour le cheval arabe en France. Enfin, les règles

concernant le tracé géné tique des chevaux doivent être sérieusement durcies et

approuvées par tous afin d'éviter que d'apprentis-sorciers ne viennent fausser

la donne."

 

Le destin croisé du cheval arabe et du pur-sang, à travers

l'action d'un professionnel comme Gérard Larrieu, montre bien tout le bénéfice

que les courses françaises peuvent en tirer, d'un point de vue sportif,

économique et financier. Le renforcement de cette alliance sera la grande force

de nos courses de demain.