Jean-paul gallorini : « il y avait plusieurs raisons de reprendre le départ »

Autres informations / 01.06.2010

Jean-paul gallorini : « il y avait plusieurs raisons de reprendre le départ »

LA GRANDE INTERVIEW          

Dimanche, Jean-Paul Gallorini a connu une grosse désillusion

dans le Gras Savoye Grand steeplechase de Paris (Gr1). Bien que considéré comme

partant, Remember Rose (Insatiable) n’a pas fait un mètre de course avec son

jockey, Christophe Pieux, éjecté au départ. Rencontré mardi matin à son écurie

de Maisons-Laffitte, l’entraîneur est revenu avec nous sur cet épisode.

 

Jour de Galop. – Quel est votre sentiment deux jours après

cet "événement" ?

Jean-paul Gallorini. Les choses sont allées trop loin !

Lundi, je n’avais pas encore fait appel, mais je compte bien bouger. Je ne vais

pas rester dans l’ombre. Plusieurs avocats m’ont d’ailleurs contacté. Nous, les

professionnels, on fait le spectacle, on paye pour le faire et on nous punit

pour cela !

 

C'est-à-dire ?

Le Code des courses est supérieur au droit français. Cela

veut tout dire.

 

…mais concernant le départ du "Grand steeple" ? Il

aurait dû être repris ! Je suis certain que si cela était arrivé à un cheval de

"Mulryan", on aurait repris le départ ! Pourtant, dimanche, il y

avait des raisons pour reprendre le départ et plusieurs photos parues dans la

presse le montrent très bien. D’un côté, on voit Mayev qui est planté et n’est

pas engagé juste avant que l’élastique ne soit lâché. Tous les autres chevaux

sont en mouvement à ce momentlà, dont le mien. Alors on me dit, "oui mais

Christophe Pieux a voulu voler le départ". Je réponds, très bien, mais

dans ce cas rien n’empêche de lâcher les élastiques, de faire faux départ et on

reprend tout. On met une amende à Christophe Pieux et tout est réglé. Regardez

au trot, ils partent au laser et si un cheval vole le départ on le fait partir

derrière les autres. Dimanche, on pouvait faire pareil.

 

Donc il était possible, tout en lâchant les élastiques, de

reprendre le départ ?

Bien sûr. Surtout que l’aide starter était prêt à lever le

drapeau, mais l’ordre ne lui a pas été donné de le faire. Mais rien n’empêchait

également les commissaires de sonner très rapidement pour neutraliser la

course. En province, on voit cela souvent. Ils ont le pouvoir de le faire, mais

cela n’a pas été fait. Quand je revois les photos, je me dis que soit il

fallait lâcher les élastiques avant, soit reprendre le départ après avoir lâché

les élastiques. D’ailleurs, quand Remember Rose a éjecté son jockey, je me suis

dit : "Ce n’est pas possible que le starter ne reprenne pas le

départ".         

 

Pourtant cela n’a pas été le cas. Qu’avezvous pensé alors ?

Ce à quoi j’ai pensé en premier est qu’il y avait une

affaire de jeu. Ce n’est pas possible autrement ! À bien regarder les rapports,

ils ne sont pas vraiment élevés. Mon cheval devait être sur quasiment tous les

tickets et avait attiré une grosse masse d’enjeux. Et il n’est pas à l’arrivée,

comme Louping d’Ainay, son opposant principal si on se fie aux cotes PMU.

D’ailleurs, je n’accuse personne, mais j’aimerais bien que l’on nous communique

le détail des enjeux de dimanche dans le "Grand Steeple". Il ne faut

pas perdre de vue que la grande majorité de la France turfiste a été perdante

dimanche. Il faut être professionnel, car on joue avec l’argent du peuple. Les

règles actuelles valaient bien quand les propriétaires couraient entre eux pour

un trophée ou un sac de pièces d’or. Mais maintenant, cela ne tient plus. Les

courses, c’est Las Vegas et des milliards sont en jeu.

 

Selon vous, certaines règles doivent donc être revues ?

Oui, car les professionnels acceptent d’avoir deux

guillotines au-dessus de la tête. D’un côté, on doit se soumettre sans

restriction au Code des courses. Et de l’autre, ce même Code est soumis à

l’appréciation des commissaires. Or, il arrive souvent que les décisions ne

soient pas uniformes.

 

Quelles sont, à votre niveau, les conséquences de ce qui

s’est passé dimanche ?

Elles sont lourdes car il ne faut pas perdre de vue que ce

Grand Steeple était LA course de Remember Rose. Nous l’avions préparé pour

cela. Déjà que pendant toute sa période de préparation, comme avec tous les

champions, nous avons une pression énorme… Tous les entraîneurs vous le diront

: dans notre métier, la moindre erreur ne pardonne pas. Quand on m’a demandé

mon avis sur le "Grand Steeple", j’avais dit que j’avais peur de tout

le monde et de personne. Mais je n’avais pas pensé au starter…