Faire de la france un grand pays d'étalons : c'est le moment où jamais  !

Autres informations / 06.08.2010

Faire de la france un grand pays d'étalons : c'est le moment où jamais !

par Hubert Honoré, éleveur en Normandie (Haras d’Omméel)

Une fois encore, le catalogue des ventes d’août d’Arqana met en évidence la faiblesse commerciale du parc des étalons français. Le premier jour de la vente, 77% des yearlings inscrits ne sont pas qualifiés pour les primes en France et 99% ont été conçus à l’étranger. À partir de dimanche, le catalogue est principalement constitué de yearlings “primés” mais globalement, 33% de la totalité des sujets présentés ne sont pas éligibles. Et 80%, ou plus, ont été conçus hors de France. Bien sûr, c’est            un constat que nous partageons tous depuis de nombreuses années. Mais il y a 10 ans, 60% environ des chevaux présentés en août étaient issus d’étalons stationnés en France. Cette  année,  on atteint à peine les 20%. La situation ne fait que s’aggraver avec le temps ! Et si l’on ne fait rien, cela sera certainement pire encore à l’avenir, car sans Anabaa, désormais disparu, et qui  compte  18  produits  dans  le  catalogue  2010, la moyenne n’atteindrait que 15%. Il y a dix ans, le déséquilibre fiscal en faveur de l’Irlande pouvait expliquer que les investisseurs y stationnent leurs meilleurs reproducteurs. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Et pourtant, la situation perdure et même empire, malgré une politique incitative forte en faveur des produits issus d’étalons français menée depuis longtemps par l’Institution ! Pourquoi ? Question d’habitude, sans doute… alors, il faut casser cette habitude perverse en instaurant une politique plus contraignante, dès lors que les seules incitations n’ont pas suffi à inverser la tendance. Une remarque préliminaire en réponse à ces statistiques : quel que soit l’endroit où les  étalons font la monte (France, Angleterre, Irlande ou même ailleurs), le problème de stationnement n’a finalement pas d’importance tant que les saillies sont à des prix corrects et que les éleveurs peuvent les obtenir.

LES ÉTALONS SONT LE CAPITAL DE L'ÉCONOMIE DE L'ÉLEVAGE

Pour un éleveur individuel, peu lui importe qu'il soit nécessaire de faire voyager ses poulinières afin qu’elles soient saillies par un cheval exceptionnel ou par un autre très populaire  commercialement. Mais pour un groupe d’éleveurs d’une région (Normandie, Sud-Ouest, par exemple), cela fait une très grande différence. En effet, les étalons sont le capital de l’économie de l’élevage et les propriétaires des étalons qui réussissent sont ceux qui investissent le plus dans l’achat de juments, yearlings, foals et autres sujets. Ils  ont,  après  tout,  plus à gagner d’un succès commercial. Depuis plus de trente ans, il y a très peu de propriétaires d’étalons en France qui ont été dans la mesure de pouvoir réinvestir sur le marché. Arqana n’est pas à blâmer. L’organisateur des ventes a souhaité cette année resserrer son catalogue et opérer une sélection plus stricte pour le premier jour des ventes, afin de soutenir son rang de grande place internationale. Rien à redire ! Le problème, c’est qu’il n’y a pas, en France, de très grands étalons commerciaux ! Force est de le reconnaître. Il y a pléthore d’autres étalons qui pourraient très bien réussir s’ils saillissaient les juments adéquates ou tout du  moins  s’ils  en  saillissaient  un  plus  grand   nombre. Pourquoi les Slickly, American Post, Archange d'Or, Vespone, Kingsalsa, etc, ne sont-ils pas commerciaux ? Peut-être parce qu’ils saillissent trop peu de juments pour avoir leur chance. On  dénombre pratiquement autant d’étalons en France qu’en Irlande (390 contre 420) mais il y a 5.000 naissances en France contre 13.000 en Irlande. Alors que les étalons irlandais drainent un nombre incroyable de juments venant de toute l’Europe, en France quelques rares juments étrangères  visitent  nos étalons. Nous envoyons nous-mêmes 900 poulinières par an en Irlande et en Angleterre.

LES RAISONS D'Y CROIRE

Les courses françaises sont actuellement dans une position indéniable de supériorité par rapport à tous nos voisins européens depuis les années 70. N’est-ce pas l’occasion ou jamais d’encourager les investissements d’étalons en France ? Si rien n’est fait à ce sujet maintenant, non seulement il y aura de moins en moins d’investissements d’étalons en France mais les primes (éleveurs et autres) vont être réduites de manière significative ! Rappelons que la plus grande partie des primes revient aux grands propriétaires éleveurs. En 2009, l’Aga Khan, la famille Wildenstein et les frères Wertheimer ont reçu en sus des gains de courses, 4,8M€ de primes (éleveurs & propriétaires)… Le jour où Khalid Abdullah, la famille Maktoum et d'autres grandes écuries décideront d’élever en France, que restera-t-il aux "petits" éleveurs ?

IL FAUT FAIRE ÉVOLUER LES PRIMES À L'ÉLEVEUR

Tant que les règles de qualification pour l’obtention des primes à l’éleveur restent identiques à ce qu’elles sont aujourd’hui, il n’y a pas de raison pour que la situation change. Si une décision radicale est à prendre, c'est aujourd'hui ou jamais de  ne  plus  allouer de primes à ceux qui "abusent" de la clause "assimilé FR" ? Cela changerait considérablement l’attitude de nos éleveurs vendeurs tête de liste en France. Ils y regarderaient à deux fois avant d’envoyer leurs meilleures juments   à  l’étranger. Aujourd’hui, ils peuvent facilement envoyer de l’autre coté de la Manche leurs meilleures poulinières année après année, tout en bénéficiant des primes sur les produits à naître. Sans tomber dans l’outrance d’un protectionnisme populiste, pourquoi ne pas changer la règle et décider qu’une poulinière doit être saillie une année sur deux en France pour que ses produits soient éligibles aux primes ? Un petit changement simple à mettre en œuvre et difficilement contournable – qui transformerait le paysage du marché des étalons français. Nous aurions alors quatre cents juments de haut niveau saillies chaque année en France et l’apparition à très court terme de cinq ou six étalons commercialement populaires venant faire la monte chez nous. Il n’y a pas de raison pour que ce changement ne permette, à terme, d’avoir en France, des étalons reconnus internationalement. Aujourd’hui, plus que jamais, les courses françaises sont en position de force et très compétitives. C’est le moment ou jamais de faire les efforts pour changer la situation misérable du parc d'étalons français. Chacun des acteurs impliqués dans les course et l’élevage bénéficierait de ces investissements, que ce soient les grands propriétaires éleveurs, les principaux éleveurs  vendeurs et, par ricochet, bien sûr, Arqana et les ventes françaises.