Hubert honore, l’etonnant fermier du haras d’ommeel

Autres informations / 08.09.2010

Hubert honore, l’etonnant fermier du haras d’ommeel

PORTRAIT

Hubert Honoré, animateur du Haras d'Omméel (Orne) depuis

1981, se dit « fermier » ou « paysan ». Un fermier qui a remporté deux Grs3 le

week-end dernier en Allemagne et en France avec deux 2ans… Ce qui est sûr,

c’est qu’il présente une personnalité atypique, même s'il nous répond qu'il

n'est « peut-être pas aussi original que les gens le pensent ». Il n'empêche

que notre entretien avec lui s'est déroulé dans des éclats de rires, avec de

l'émotion et des anecdotes croustillantes racontées par quelqu'un qui n'a pas

peur des mots. Des mots maniés avec énergie pour nous raconter sa passion pour

l'élevage de pur sangs.  Hubert Honoré a

toujours été un passionné des chevaux. « J'ai ainsi  tout 

mis  de  côté. 

Je n'ai aucune formation. Le seul certificat que je possède est celui du

25 mètres nage libre dont je suis par ailleurs très fier. » Très jeune, à 17

ans, Hubert Honoré est parti travailler en Angleterre et aux Etats-Unis. À

Miami, il a fait une rencontre dont il se souvient encore : « Je me suis occupé

de True North, un produit issu de la première génération de Northern Dancer.

Hubert Honoré nous explique ensuite en souriant

que s'il avait

toujours investi dans les produits de Northern Dancer il serait riche à

l'heure actuelle. Mais il a aujourd'hui trois unités d'élevage  qu'il 

loue.  «  J'ai 

trois   maisons, comme Cadet

Rousselle. » La première et principale, c'est celle du Haras d'Omméel qui

existe depuis 1950. «Je  loue 60 hectares. Ce sont des terres

qui appartiennent à la famille Chédeville. » C'est là-bas que stationnent la

majorité de ses poulinières. La deuxième unité compte 30 hectares et la

troisième, où notre "fermier" habite, 25. C'est là que vivent aussi les yearlings

préparés pour les ventes. Et c'est aussi là, à Courménil, que Hubert Honoré a été

élu maire du village.

Les rencontres

singulières d'Hubert Honoré

Hubert

Honoré possède sept des quarante poulinières qu'il stationne au haras. Ses

clients sont à 98% étrangers, des Anglais et des Italiens. Il nous raconte

qu'il a connu par hasard des personnalités très "étonnantes". Le

propriétaire de Nice danon (Sakhee), qui a gagné un Gr3 pour 2ans en  Allemagne 

ce  week-end,  était 

l'impresario  de Janis Joplin. Celui du gagnant du

"La Rochette", my Name is bond (Monsieur Bond), Lord Huntingdon,

est un aristocrate anglais qui possède un « vieux 4X4 et qui dort dans

des sièges inclinables sur le bateau pour venir en France car il préfère ça plutôt que de voyager

dans une cabine avec couchette. C'est un

globe-trotter qui a élevé des chevaux

pour la Reine d'Angleterre. » Hubert Honoré travaille aussi avec Richard Greenwood,

qui a été responsable de la plus

grande clinique de Newmarket. Tous deux ont des rapports

amicaux. Et l'éleveur nous raconte : « Il a gardé une jument à l'élevage en France pour goûter les

produits du marché d'Argentan.

Quand il vient, je l'emmène chez le   fro mager, le boulanger et on se concocte un bon déjeuner.

C'est un grand copain avec lequel on mange des poêlées de foie gras. Il

adore les fleurs. Quand il vient, il ramène des rosiers rares. Je ne dis pas

qu'il n’est pas intéressé par les primes françaises offertes aux éleveurs, mais

il aime surtout prendre son petit

avion pour venir en France. On parle de nos potagers : on lui donne des idées

et lui nous en donne d'autres. » Par

hasard encore, Hubert Honoré a sympathisé avec

Yann Arthus-Bertrand. Il nous

raconte qu'il voulait lui demander de faire des clichés de ses chevaux,

qu'il a envoyé

un courrier au photographe et

que celui-ci lui a répondu grosso modo que « les gars des courses étaient des

gens obséquieux et sans intérêt. Je lui ai alors dit que s'il venait chez moi, je lui ferai des crèmes

brûlées. Sa secrétaire lui a transmis le message et il est venu. La première

fois, les groupes électrogènes dont il avait besoin pour photographier

n’étaient pas assez puissants. Alors nous nous sommes baignés dans la piscine.

Il est revenu deux jours après ; il a fait mille photos, on en a retenu trois

ou quatre et on était contents.”

SA VISION

SUR L'ÉTALONNAGE EN FRANCE

Hubert

Honoré ne possède aucun étalon, mais il se dit

qu'il aurait dû en avoir il y a quelques années. « Dans les années 1970

c'était possible. En 2010, il faut que ce soit fait de manière très

professionnelle, il faut un réseau et il faut pouvoir soutenir ses étalons. »

La semaine dernière, nous avons appris que makfi (Dubawi), un cheval français, avait été acheté par la famille

Al Thani pour sa carrière d'étalon alors que quelques-uns des plus grands

éleveurs français avaient commencé une syndication pour tenter de le garder en

France. « C'est dommage que nous n'ayons pas pu avoir Makfi, mais la

syndication d'un étalon se fait en cinq jours, c'est  très rapide, et malheureusement,  on  ne

vend pas des parts comme ça. Il faudrait pouvoir passer l'information différemment,

plus rapidement. Nous pourrions faire un téléthon

des étalons (rires) ! Je dis tout ça, mais je ne me suis pas remué pour Makfi. Cependant, c'est important de pouvoir lever des capitaux

en France pour avoir des étalons de première production. »

UN HOMME DE CHEVAUX ET DE MOTS

Hubert

Honoré joue avec les mots, utilise des références et rapidement on comprend que

chez lui, la culture n’est pas ni un vernis ni une confiture, mais une passion

à part entière. Il nous dit planter 300 arbres par an parce qu'il

aime ça et quand on lui demande quels sont ses autres passe-temps, il nous

énumère avec beaucoup de précision quelques ouvrages qu'il a apprécié : «

J'aime la lecture, la musique, ceux qui savent employés les mots, c'est

magique. J'ai aimé Céline, Albert Cohen. J'aime les mots forts. Philip Roth me

fait beaucoup rire. J'aime aussi John Irving. L'un des ses romans s'appelait

Une prière pour Owen. J'ai nommé l'un de mes chevaux Owen Meany [qui a été deux

fois second d’Anabaa, ndlr], je lui ai envoyé la page du catalogue du cheval et

une photo. Il l'a accroché dans son bureau. J'avais appelé d'autres chevaux

comme les personnages de ses romans : Garp, pour Le monde selon Garp. Et tant

d’autres… » Hubert Honoré a rencontré sa femme, Claire, il y a six ans. Avec

elle, il partage son amour pour la lecture. « Nous avons beaucoup de goûts en

commun, comme la plupart des couples. Elle connaît les chevaux, mais ce n'est

pas sa passion. Elle aime l'humour, le jardin et la lecture. »