Serge tripier-mondancin : un véritable homme de cheval

Autres informations / 28.10.2010

Serge tripier-mondancin : un véritable homme de cheval

PORTRAIT   

Toute l’histoire de Gentoo

Passionnant et passionné, Serge Tripier-Mondancin est

aujourd’hui un propriétaire comblé, un « petit propriétaire », comme il se

qualifie lui-même, qui a gagné toutes les plus belles épreuves pour les stayers

français cette année avec Gentoo (Loup Solitaire), lauréat du Prix Gladiateur

(Gr3), du Prix du Cadran (Gr1) et du Prix Royal-Oak (Gr1) dimanche dernier. «

Parfois, je ne me souviens de rien. Mais, c’est amusant, je me rappelle avec

beaucoup de détails du soir où j’ai acheté Gentoo à réclamer. » Il y a deux ans

et demi, Serge TripierMondancin a acheté son champion pour 23.900€. Un

véritable coup de cœur qu’il a fêté au champagne. « Oui, nous buvions le

champagne pour un "réclamer" ce jour-là ! C’est bizarre, nous ne

faisons jamais cela habituellement… » Les courses et les chevaux sont aussi une

histoire de feeling, Serge Tripier-Mondancin en a eu avec Gentoo.

« J’ai aussi eu de la chance, car j’avais mis un premier

bulletin à 20.000€, et un copain est venu me dire que je n’aurais pas le cheval

avec cette somme. Je suis donc allé remettre un deuxième bulletin. Sans cela,

je n’aurais pas eu Gentoo. » Ce soir-là, certains professionnels présents à

Vichy disaient que c’était payer le cheval trop cher. Souvent, les chevaux nous

font mentir. Et cela semblait être l’une des spécialités de Gentoo ! Le cheval

s’est "joué" de son entraîneur, Alain Lyon, qui ne voyait pas en lui

un cheval de Gr1, loin de là. Gentoo n’était vraiment pas démonstratif le

matin. Mais, un jour, il a eu comme un déclic et a nettement progressé. «

Avant, il n’en passait pas un le matin, maintenant, il n’y en a plus un qui

peut

le suivre ! » Gentoo a même été essayé sur les obstacles le

matin et il s’en sortait tellement bien qu’un entraîneur de Maisons-Laffitte

voulait l’acheter pour l’emmener à Auteuil… Mais Serge TripierMondancin a

refusé l’offre, il visait déjà le Prix Gladiateur avec lui.

Voilà en quelques mots la belle histoire de Gentoo, un

"petit" cheval devenu grand, à 6ans, castré, passé par les

"réclamers" et les Quinté avant d’être sélectionné au Cartier Awards

à Londres en novembre prochain…

 

les prochaines aventures de Gentoo

Mais l’histoire ne doit pas s’arrêter là. Gentoo courra

encore l’an prochain, et son objectif serait le Gold Cup d’Ascot (Gr1), la plus

grande course au monde pour les stayers. Sinon, l’entourage de Gentoo a

également pensé au Hong Kong Vase (Gr1) pour terminer l’année

2010. « C’est une chose que nous avons envisagée et à

laquelle nous réfléchissons encore, même s’il est peu probable que nous y

allions. Le Hong Kong Vase se dispute sur 2.400m, c’est un peu court pour le

cheval et, en général, le terrain est bon. Gentoo préfère le souple et le très

souple… C’est tentant, car il a tout gagné et il récupère très vite, mais je

crois que la voie de la sagesse va l’emporter. » Gentoo passera l’hiver chez

son entraîneur avec son cavalier du matin, Sébastien. « Maisons-Laffitte est

bien adapté pour cela. Il va pouvoir continuer son entretien tout en gardant le

moral en partant de temps en temps en ballade. » Aujourd’hui, Gentoo n’est plus

à vendre. Quand ce sera le moment, il devrait passer une retraite paisible chez

son propriétaire qui possède un terrain de trois hectares.  

 

 « C’est un hongre de

6ans, nous n’aurons jamais d’offres mirobolantes, et puis c’est un peu aussi

une affaire de sentiment. J’aimerais l’avoir chez moi pour sa retraite. C’est

un cheval tellement attachant, très gentil. Gérald Mossé, qui a déjà monté

quelques cracks, m’a même dit après le Gladiateur que, si je ne savais pas où

le mettre à la retraite, il le prendrait chez lui ! »

 

Pour Serge Tripier-mondancin, tout a commencé il y a 25 ans

Mais l’histoire de Serge Tripier-Mondancin dans le milieu

des courses ne se limite pas à Gentoo. Certes, c’est le champion qu’il n’a

jamais eu, mais Serge Tripier-Mondancin a commencé à investir il y a vingt-cinq

ans. À l’époque, il avait vu une petite annonce dans Paris Turf pour prendre

des parts d’une jument, Ray lim lao (Miliar) qui appartenait à M. Pilot. Elle a

été son premier cheval, il en a pris

10 % pour 6.000 francs et elle s’est avérée une bonne petite

jument utile sous l’entraînement d’Alain Lyon, alors installé à

"Parilly".

« À l’époque, je n’avais que des parts dans des chevaux. Je

n’avais pas mes couleurs et, avec toutes mes parts mises bout à bout, je devais

à peine avoir un cheval. » Au décès de M. Pilot, Serge Tripier-Mondancin a mis

un terme à son activité hippique pendant une dizaine d’années. Quand il a

décidé de s’investir de nouveau dans les chevaux, il est parti rencontrer Alain

Lyon qui s’était installé à MaisonsLaffitte. Il a pris ses couleurs et possède

actuellement treize chevaux. Il les achète en majorité à "réclamer"

parce qu’il aime les avoir "clés en mains" à 3ans. « La part de rêve

est moindre, c’est sûr, mais selon moi c’est le bon âge, car j’ai remarqué

qu’il y avait un bon programme pour les 4ans, avec des courses Quinté toutes

les trois semaines, qui leur sont exclusivement réservées. Pour les acheter,

j’ai ma petite méthode. Je fais le papier, regarde ce qu’a fait la mère et ce

qu’elle a produit, et après j’en parle avec Alain Lyon. Il faut qu’il lui

plaise. Si c’est le cas, je l’achète. Nous travaillons vraiment dans la

confiance avec Alain Lyon et Jean-Marc Capitte chez qui j’ai aussi des chevaux.

» Serge Tripier-Mondancin collabore également avec une éleveuse, celle des

"Boitron", Mme Reverseau. Il possède actuellement Lumière de Boitron

et a acheté d’autres chevaux de son élevage. Serge Tripier-Mondancin envisage

de devenir éleveur sans sol, une activité qu’il avait démarrée puis arrêtée il

y a vingt ans. « J’aime beaucoup Lumière de Boitron, c’est un peu ma chouchoute

et j’aimerais la garder comme poulinière en la mettant chez son éleveur qui est

installé à 60 kilomètres au nord de Paris. C’est un beau haras, grand, avec peu

de poulinières et cela leur laisse donc beaucoup d’espace. Cependant, je

n’envisage pas d’augmenter mon effectif, je ne veux pas me mettre dans le rouge

et devoir un jour vendre ma maison pour faire manger mes chevaux ! »

À 47 ans, Serge Tripier-Mondancin possède une entreprise

d’ambulances à Grenoble créée par son frère, Jean-Luc, que l’on voit aussi

beaucoup aux courses. Comme Serge, Jean-Luc voue une grande passion aux chevaux

et, s’il ne s’est pas autant investi "financièrement parlant", il

donne tout autant de lui-même… « Il est plus extraverti, plus expressif que moi

et il vit toujours les événements à fond. Il vient voir les chevaux le matin

avec moi, on adore ça. Quand on est là-bas, on oublie nos soucis du quotidien,

c’est un réel plaisir. »

Aux courses, la pression monte d’un cran, surtout lorsque

l’on se dit "petit propriétaire" et que l’on a supplémenté un cheval

dans un Gr1 le jour de l’"Arc". « Au départ, on y allait cool. Mais,

le matin à 8 heures, quand nous sommes allés prendre notre café, tous les gens

de Maisons-Laffitte nous encourageaient. Ils comptaient un peu sur nous pour

bien représenter l’entraînement mansonnien. Nous avons gagné et nous n’avons

pas vraiment réalisé. Mais, quand des entraîneurs comme Jean-Paul Gallorini ou

Jehan Bertran de Balanda vous félicitent, vous prenez un peu conscience de tout

cela. »

L’histoire de Gentoo est de celles qui font rêver. Jean-Luc,

le frère de Serge, compte désormais prendre ses couleurs à France Galop et leur

sœur, qui n’avait jamais mis les pieds aux courses avant "le Cadran"

criait fort devant sa télévision le jour du "Royal-Oak" !

 

la bonne idée de l’année de Serge Tripier-mondancin

Il le dit lui-même avec beaucoup d’autodérision : « J’ai une

bonne idée par an et celle de cette année était pour la carrière de Gentoo. »

C’est en effet Serge Tripier-Mondancin qui a poussé Alain Lyon à courir Gentoo

dans le "Gladiateur", et l’entraîneur, avec humilité et franchise, ne

s’en est jamais caché. C’est comme cela que le propriétaire le qualifie : « Un

homme de confiance, honnête, qui ne va pas tourner autour du pot s’il pense que

l’un de mes chevaux n’est pas bon. C’est aussi comme cela que je travaille avec

Jean-Marc Capitte. Je les appelle souvent et nous travaillons vraiment

ensemble. J’aime bien savoir où en sont mes chevaux. » Ensuite, il a fallu

supplémenter Gentoo pour qu’il participe au "Cadran". Quand Alain

Lyon a posé la question à Serge Tripier-Mondancin, celui-ci lui a répondu : «

Bien sûr qu’on le supplémente. Je sais que cela a un coût, mais en gagnant le

"Gladiateur" le cheval s’est supplémenté tout seul. » Serge

Tripier-Mondancin se dit chanceux, en-dehors de l’histoire de Gentoo, car il

constate que, pendant toutes ses années de propriétariat, ses chevaux ont

toujours plus ou moins payé leur avoine. « C’est une sorte de réussite. Ceux

qui investissent dans les chevaux pour gagner de l’argent font un mauvais

calcul. On investit parce qu’on est passionné. Quelques personnes voulant

devenir propriétaires sont venues me voir pour des conseils et certains

arrivaient avec de vrais business plan, c’était irréel ! » Serge

Tripier-Mondancin connaît bien le monde des courses, depuis longtemps. Il a

toujours été turfiste et il a été associé sur un point de vente PMU. Il est

aussi devenu un brin superstitieux, un signe qui ne trompe pas ! « Vous me

voyez toujours avec le même costume. Ce n’est pas parce que j’en ai qu’un,

c’est seulement parce que c’est celui que je portais le jour où Gentoo a gagné

son Quinté. Alain Lyon met toujours la même cravate depuis et, au matin du

"Cadran", il s’est fait une grosse frayeur car il ne la trouvait

plus. Quand il l’a retrouvée, il était vraiment soulagé ! [Rires] ».