Flemington, mardi – 150e   melbourne cup (gr1)

Autres informations / 03.11.2010

Flemington, mardi – 150e melbourne cup (gr1)

HISTORIQUE : LE FRANÇAIS AMÉRICAIN REMPORTE LE

MELBOURNE CUP !

Mardi, c’était jour férié à Melbourne. Le jour du

Melbourne Cup (Gr1) est sacré, car c’est LA course que tout proprié- taire de

l’hémisphère Sud rêve de gagner. Plus de 110.000 personnes étaient venues sur

l’hippodrome de Flemington et ont pu assister à la victoire d’un cheval

entraîné en France, Américain (Dynaformer).

Placé sous la responsabilité d’Alain de Royer Dupré, Américain remporte une victoire

historique pour la casaque d’un propriétaire australien, Gerry Ryan. Il devient

le premier cheval entraîné dans l’Hexagone à s’imposer dans cette épreuve

mythique. Peu ont tenté ce challenge – varévées

(Kaldounévées), entraînée par Richard Gibson, s’y était essayée en 2008

–, rebutés par le long déplacement et la lourde quarantaine imposée qui prive

notamment les candidats à l'Australie d'une participation au Prix du Cadran

(Gr1). Associé au jockey français Gérald Mossé, Américain et son entourage ont

sur monté toutes les épreuves liées à ce grand

déplacement. Le pari osé est un pari tenu et ce succès aura une place de choix

dans le livre d’or des exploits français à l’étranger. Au travers de cette

victoire, on retrouve aussi un clin d’œil au week-end prochain du Breeders’

Cup. Alain de Royer Dupré a été le premier entraîneur français à s’imposer en

Australie grâce à Américain qui a remporté le Geelong Cup (Gr3) le 20 octobre

dernier. Il avait également été le premier entraîneur français à s’imposer lors

d’une épreuve du Breeders’ Cup lors de l’édition inaugurale, en 1984. C'était

avec Lashkari (Mill Reef) dans

le Breeders’ Cup Turf (Gr1). Enfin, n’oublions pas, dans cette belle histoire,

ses éleveurs et premiers propriétaires, les frères Wertheimer. Né au Kentucky,

Américain est rentré foal en France et a passé toute son année de yearling au

haras normand de Saint-Léonard…

ALAIN DE ROYER DUPRÉ : « UN

PARCOURS DU COMBATTANT   »

Alain de Royer Dupré a gagné toutes les plus grandes

épreuves françaises, et de nombreux Grs1 à l’étranger (Angleterre, Hongkong,

États-Unis, etc.). Mais en menant Américain au succès dans le Melbourne Cup, il

est entré dans l’histoire. Une heure après la course, le désormais seul

Français au palmarès de la mythique épreuve australienne a répondu à nos

questions. Égal à lui-même. Calme.

JOUR DE GALOP. – RACONTEZ-NOUS

"VOTRE" MELBOURNE CUP… ALAIN DE ROYER DUPRÉ. – Nous

savions, avant d’aller là-bas, que leurs courses partent très vite, même sur

les longues distances, et que  les  jockeys 

reprennent énormément dans le parcours, avant de repartir franchement à

huit cents mètres du poteau. À cinq cents mètres de l’arrivée, Gérald a eu

l’intelligence de ne pas déboîter et de poursuivre son effort sur la même

ligne.

QUELLE ÉMOTION AVEZ-VOUS

RESSENTI AU PASSAGE DU POTEAU ?

Ce n’était pas une émotion ; plutôt la satisfaction du

travail bien fait.

COMMENT EXPLIQUEZ-VOUS QUE,

CETTE ANNÉE, UN RAID FRANÇAIS DANS LE MELBOURNE CUP AIT ENFIN ÉTÉ RÉCOMPENSÉ ?

En fait, peu avaient essayé. Il faut dire que le challenge est très

particulier, notamment du fait des cinq semaines de quarantaine imposées aux

Français : deux en Angleterre et trois en Australie. Ce n’est pas facile à gérer

pour un entraîneur, car on n’est pas sur place, près du cheval, et on ne

maîtrise donc pas tous les paramètres. À ce sujet, il faut rendre hommage aux

deux jeunes filles qui se sont occupées de lui : sa cavalière du matin, Louise,

et Stéphanie Nigge, la fille de Markus, qui est très jeune et très douée.

À QUEL NIVEAU PLACEZ-VOUS

CETTE VICTOIRE, DANS VOTRE PANTHÉON PERSONNEL ? C’est une

grande victoire. Un parcours du combattant, comme je vous l’ai dit, pendant

lequel beaucoup de choses peuvent se passer. Il y a des incertitudes dans

toutes les courses, mais les grandes courses européennes sont plus faciles à

gérer parce que l’on est sur place.

AMÉRICAIN VOUS A-T-IL ÉTONNÉ

AUJOURD’HUI ? C’est un très bon cheval. Il nous confirme

aujourd’hui qu’il peut être compétitif au plus haut niveau. Ce n’est pas un

précoce. Selon moi, il est encore en train de venir.

C’ÉTAIT TOUT DE MÊME UN

SACRÉ PARI ! Ses deux copropriétaires, Gerald Ryan et Kevin

Bamford, sont de vrais sportsmen et c’est un plaisir de travailler pour eux.

Ils m’ont toujours dit qu’ils aimeraient courir la Melbourne Cup. Ils avaient

raison puisque, avant même sa victoire d’aujourd’hui, il a très bien gagné sa

préparatoire.

QUELLE EST LA SUITE DE SON

PROGRAMME ? Nous irons courir le Hongkong Vase s’il est invité à

y participer [la réponse positive a été apportée dans la  journée ndlr]. Puis il reviendra en Europe.

C’est lui qui nous le dira, mais je pense qu’il est encore capable de

progresser. Il est très bien né et très sain physiquement. Il a un physique

exceptionnel.

UN MOT, POUR FINIR, SUR

L’AMBIANCE ? Franchement, je n’ai jamais vu ça. À 7h30, il y avait

un grand breakfast organisé au Casino : mille personnes, en tenue impeccable,

étaient déjà là, au champagne ! C’est vraiment une fête nationale.

LAURENT BENOÎT : « UNE

AMBIANCE INDESCRIPTIBLE  »

Manager de Gerry Ryan, le courtier Laurent Benoît

(Broadhurst Agency) était présent à Flemington mardi pour suivre Américain.

Malgré la fatigue due à cette journée et le décalage horaire, il a réussi à

nous faire partager ce moment historique.

JOUR DE GALOP. – RACONTEZ-NOUS

"VOTRE" MELBOURNE CUP… LAURENT BENOÎT.– Ce fut une

longue journée qui a commencé très tôt. C’est un peu indescriptible. Le pays

s’arrête totalement et tout le monde a les yeux rivés sur cette course. Il n’y

a rien de comparable en Europe ou dans le monde. Alors qu’il faisait mauvais,

il y avait plus  de 110.000 personnes sur

l’hippodrome. La réunion de course commence très tôt avec des intervalles de 30

minutes à une heure entre chaque course. L’ambiance monte petit à petit. C’est

assez hallucinant. Il faut le voir pour le croire.

CE SUCCÈS D’AMÉRICAIN EST

HISTORIQUE. DEPUIS QUAND SON ENTOURAGE AVAIT-IL CETTE COURSE EN TÊTE ?

Depuis pas mal de temps. Mais bon, c’était la cent cinquantième édition du

Melbourne Cup, alors beaucoup de gens voulaient y participer et nous n’étions

pas sûrs au début de pouvoir même être au départ. Ce voyage a commencé à se

préciser quand le cheval a été remis en route. Il est revenu en France en avril

et il a effectué une rentrée sage dans une Listed. Il revenait des États-Unis

et avait besoin de se remettre en confiance. Là-bas, il n’a pas dû s’adapter,

aux courses et aux méthodes d’entraînement également. Après sa course de

rentrée, il a enchaîné les victoires tout en remontant de catégorie.

UNE EXPÉDITION COMME

CELLE-CI DOIT ÊTRE DIFFICILE À METTRE EN PLACE ? En effet,

car même après son succès dans le Prix Kergorlay, cette expédition restait

difficile, car il restait encore la quarantaine. Nous nous rendions en terre

inconnue et il a fallu tout organiser et réfléchir également à quelle

préparatoire faire courir au cheval. Tout cela était difficile, car nous

n’avions que peu de repères. Mais, finalement, plus la course se rapprochait et

plus nous étions confiants, car le cheval a tout bien "encaissé".

ON CONNAÎT PEU SON

PROPRIÉTAIRE, GERRY RYAN. QUI EST-IL ? Gerry Ryan a réussi avec une

marque de camping-car très bien implantée en Australie et aux États-Unis appelé

Jayco. Il investit maintenant dans plusieurs affaires et domaines. C’est un

passionné de sport, qui aime le rugby australien et aura peut-être son équipe

de cyclisme sur le Tour de France 2012. Il a beaucoup investi dans les courses

: dans son pays, il a acquis un haras et, en France, il achète des yearlings

avec Peter Maher.

 

CARTE BLANCHE A XAVIER BOZO

« COMMENT J’AI ACHETÉ

AMÉRICAIN AVEC DAVID MEDBURY, QUI VOULAIT COURIR LE MELBOURNE CUP… »

Je travaille depuis

plusieurs années avec David Medbury, courtier australien, mais installé depuis

longtemps en Irlande. Au mois de mai 2009, j’avais assisté à la victoire

d’Américain dans le Prix Vicomtesse Vigier (Gr2) à Longchamp et, après la

course, j’avais été impressionné par le modèle magnifique du cheval toisant

certainement 1,70m. En réalité, il fait 1,72m. Aussitôt après la course,

j’avais appelé David pour lui dire que ce cheval devrait faire un jour un

étalon "hors pair" ….à vocation "obstacle" ! Le cheval

ayant été exporté chez Todd Pletcher pour une carrière américaine et toujours

pour le compte des Frères Wertheimer, je n’avais plus qu’à attendre et à suivre

la suite des événements. Malheureusement, et très certainement, le cheval ne

s’est pas adapté du tout à son changement de vie et au système des courses

américaines. Compte tenu de cela, j’ai commencé à approcher l’entourage en

France du cheval en faisant part de mon intérêt pour celui-ci s’il devait être

cédé un jour en vue d’une carrière d’étalon. Pierre-Yves Bureau m’avait alors

répondu qu’il prenait bonne note de mon intérêt pour le cheval (c’était au mois

d’août 2009). En fin d’année (en décembre), avec David Medbury, nous faisions

alors le "forcing" pour acheter l’un des meilleurs 3 ans stayers … en

vue de courir la Melbourne Cup 2010 ! Sans succès et même après avoir offert en

dernier ressort d’acheter la moitié de ce poulain sur la base de … 600.000€ !

Fin de non recevoir ! Parallèlement, nous avions repris contact avec

Pierre-Yves Bureau pour savoir où ils en étaient avec Américain. Il m’a alors

répondu que le cheval tenterait une dernière sortie à la fin décembre et

qu’après, une décision serait prise quant à sa (probable) vente… Pour (en ce

qui nous concernait) une carrière d’étalon "à vocation d’obstacle"…

en Irlande. Parti en Afrique du Sud début janvier, j’apprends qu’Américain

avait finalement couru une course dite "optional claimer",

(c'est-à-dire avec l’option à réclamer, ce qui n’était pas son cas bien sûr).

La course avait eu lieu sur 1.600m (!) et Américain a fini troisième, mais en y

regardant de près, nous avons découvert que la course s’était déroulée dans un

temps canon (pas loin du record sur la distance) ! Pour un cheval dit stayer,

ce n’était pas banal et David m’a appelé en Afrique du Sud pour me demander de

reprendre les pourparlers en vue de son achat, mais cette fois-ci …. en vue de

courir la Melbourne Cup 2010 ! Ayant obtenu de l’entourage la garantie qu’il

était en parfaite condition pour prolonger sa carrière de courses et une

indication de prix… en tant que cheval de course, j’ai alors offert autour de

200.000 $.  Je me souviens avoir reçu un

coup de téléphone de Pierre-Yves Bureau, manager des Frères Wertheimer, alors

que je roulais sur une toute petite route d’Afrique du Sud au milieu de nulle part,

pour me dire que notre offre avait été acceptée…. Top ! Les visites d’usage

effectuées aux États-Unis, le cheval est ainsi devenu la propriété de Gerry

Ryan et de ses associés ! La décision a été prise rapidement d’envoyer le

cheval en France chez Alain de Royer Dupré, celui-ci entraînant déjà pour Gerry

Ryan. Tout le monde connaît la suite ! Voici comment un "rêve

Australien" est né d’un rêve américain et avec une "french

touch" » !

LE PEDIGREE COSMOPOLITE  D’AMÉRICAIN

Gagnant en France et en

Australie, Américain possède un pedigree très international. Lui-même est né au

Kentucky avant de revenir foal en France au haras de Saint-Léonard, chez les

frères Wertheimer, où il a passé son année de yearling. Son   père, dynaformer (Roberto), a couru aux

États-Unis avant de faire la monte à Three Chimneys Farm. Étalon recherché, il

est, outré Américain, le père de Barbaro, Perfect drift, Rainbow view et

Lucarno notamment. La mère d’Américain est… America (Arazi). Elle a été élevée

par la famille Geffroy et a « été achetée 2.300.00 francs en 1998 par les

frères Wertheimer au Haras de la Reboursière et de Montaigu, nous explique

Pierre-Yves Bureau. Elle possédait un beau capital génétique et elle a réalisé

de très bonnes performances en piste, remportant notamment les Prix de Malleret

(Gr2) et Vanteaux (Gr3). » Son premier produit verra le jour en 2002. Ce sera

Green West (Gone West), lauréat aux États-Unis. Durant la première partie de sa

carrière de poulinière, America sera aux États-Unis et sera donc présentée à

des étalons "locaux". En 2004, America donnera naissance à Spycrawler

(Red Ransom), qui sera entraîné en France par André Fabre. « C’était un vrai

espoir, nous rappelle Pierre-Yves Bureau. Il avait gagné en débutant à 2ans et,

pour sa deuxième sortie, il avait terminé troisième du Prix Noailles (Gr2). Il

est malheureusement mort peu après. » Le produit suivant d’America sera

Américain, né en 2005 et de suffixe "USA". Lui aussi placé chez André

Fabre, il prendra part au Grand Prix de Paris (Gr1), mais surtout remportera à

4ans le "Vicomtesse Vigier" (Gr2) et à 3ans le Prix de l’Avre (Ls).

Pour son croisement, c’est la même recette que Spycrawler qui a été utilisée :

« Comme Red Ransom, Dynaformer est un fils de Roberto, nous indique Pierre-Yves

Bureau. C’est donc le même type de croisement qui a été répété. America était

une jument puissante, mais assez légère et plutôt petite. Américain, a plus

pris du côté Dynaformer. » Vide de Dynaformer ensuite, America a donné

naissance en 2007 à Amarak (War Chant), troisième cette année du "Michel

Houyvet" et qui « est désormais chez Marcel Rolland et devrait commencer

une carrière sur les obstacles », nous révèle Pierre-Yves Bureau. Suit Allemand

(Red Ransom) – propre frère de Spycrawler –, un 2ans qui est chez Carlos

Laffon-Parias. Revenue ensuite des États-Unis, America a été présentée à un étalon

européen. Ce sera deux fois Monsun, dont elle est actuellement pleine et avec

qui elle a une pouliche, née en 2009 et nommée Last Born. Last Born est

d’ailleurs la première femelle d’America.

ARAZI EN PÈRE DE MÈRE PERPÉTUE

LE SANG DE BLUSHING GROOM

Champion à 2ans  – et 

d’ailleurs parfois monté en France par Gérald Mossé –, Arazi sera

ensuite un étalon plutôt moyen. Petit cheval, ayant eu des problèmes de genoux,

il  aura 

eu  les premières années une

jumenterie très haut de gamme. Il aura peu de produits s’illustrant au plus

haut niveau, mais le capital génétique ne se perd pas et saute parfois une génération.

Cela n’est pas vraiment le cas avec America, puisque celle-ci sera lauréate de

Gr2 en France. Néanmoins, on remarque que des chevaux comme Arazi, Generous ou

dancing Brave deviennent des pères de mère de très bon niveau alors qu’ils

étaient des étalons moyens.

Avec Arazi, c’est la lignée

de Blushing Groom qui se transmet, celui-là étant le père de celui-ci. Blushing

Groom dans les lignées de pères de mère est une recette désormais bien connue,

puisqu'il est aussi le père de mère des JdG Rising Stars Goldikova et Plumania

  deux filles d’Anabaa –, comme nous le

faisait remarquer Pierre-Yves Bureau.