Histoire d’élevage

Autres informations / 16.11.2010

Histoire d’élevage

LE MAGAZINE

RÉCITAL

: UNE ODE À L’AMITIÉ

L’élevage français peut se

féliciter du sacre de Récital (Montjeu),

samedi, dans le Critérium de Saint-Cloud (Gr1). Récital a été élevé par Aliette

et Gilles Forien au Haras de la Reboursière et de Montaigu pour le compte de

Renée Geffroy et Caragh Bloodstock. Forien-Geffroy : deux familles unies par

une amitié indéfectible. La mère de Récital, Dibenoise (Kendor) est une fille de boréale (Bellypha), l’une des bonnes juments du Haras d’Etreham,

qui s’est notamment classée deuxième de la Poule d’Essai des Pouliches (Gr1)

après avoir remporté à 2ans le Prix des Réservoirs (Gr3). Boréale faisait

partie de la première génération de produits de Bellypha, au même titre que mendez, le père de Linamix. Le papier génétique de

Boréale est extraordinaire, on y retrouve quelques références de l’élevage

français. C’est le cas de Carlemont (Charlottesville),

vainqueur des Sussex Stakes (Gr1), de l’étalon Tourangeau (Val de Loir), devenu un remarquable père de mère, de Torrefranca (Sicambre), qui est elle-même

la grand-mère des étalons Lou Piguet et

Le balafré, les oncles de Saint des Saints. Dibenoise n’a pas

couru, elle a été vendue yearling par  le

Haras d’Etreham à François Geffroy, qui a alors décidé  de la confier à ses amis Aliette et Gilles

Forien. « On comptait encore en francs quand mon mari a acheté Dibenoise, nous

a confié Renée Geffroy. C’est moi qui l’ai nommée Dibenoise, parce que mon mari

était né à Diben. On l’a envoyée à l’entraînement chez Alain de Royer Dupré,

mais elle s’est malheureusement fait une fracture avant de débuter, on l’a

alors tout de suite ramenée chez Gilles et Aliette, avec qui on

travaillait  depuis de longues années.”

DU

MAREYAGE À L’ÉLEVAGE DE PUR-SANG

C’est donc François Geffroy

qui est à l’origine de Dibenoise et de ses nombreux champions. Mais l’éleveur

n’a pas eu le temps de voir sa descendance à l’œuvre, s’en allant pour d’autres

cieux en 1997, un an avant la naissance du premier produit de Dibenoise. François

Geffroy s’était mis  tardivement  à 

l’élevage,  après  avoir 

évolué  dans  un 

tout  autre domaine. « Mon mari

était mareyeur, il vendait des poissons, puis il est devenu ostréiculteur et

pisciculteur. Il aimait élever et avait toujours été intéressé par les chevaux

de course, jusqu’à ce qu’il franchisse le pas avec un ami. Ils ont eu un cheval

ensemble, puis il acheté une poulinière. C’est dans les années soixante qu’est

née cette passion. On l’a vécue ensemble, avec notre fils Bernard. Ce sont eux

deux qui prenaient les décisions, moi je m’occupais surtout de la comptabilité.

Nous étions des éleveurs sans sol ; alors il fallait faire de bonnes rencontres

pour que cela fonctionne. Ç'a été notre première réussite. Nos premières

poulinières ont été placées chez M. Chateignoux qu’on appelait "Lulu la

Châtaigne". Il était installé à Canapville. Il y en a eu d’autres après,

jusqu’à ce qu’on se mette à travailler avec les Forien. Aliette est comme une

sœur pour moi et mon mari était très ami avec Gilles. Ils ont toujours été à

nos côtés, dans les bons moments comme dans les mauvais. On a eu de la réussite

dans l’élevage, c’est vrai. Parce que mon mari était entreprenant, mais aussi

parce qu’on était bien entourés. » Les époux Geffroy ont eu jusqu’à dix poulinières

éparpillées entre plusieurs éleveurs, mais c’est surtout avec les époux Forien

qu’ils ont connu tant de succès. « On a tissé des liens d’amitié très forts,

nous a dit Aliette Forien. C’est probablement pour cette raison qu’à la mort de

son mari, Renée a laissé deux poulinières chez nous, dont Dibenoise. »

LA

NAISSANCE DES CHAMPIONS

 Dibenoise a été une

remarquable acquisition, l’une des meilleures qu’ait pu faire François Geffroy.

Au Haras de la Reboursière et

de Montaigu, elle a déjà donné trois gagnants de Groupe, dont deux au niveau

Gr1, et un étalon. « C’est une jument extraordinaire, poursuit Aliette Forien.

Elle n’est pas d’un physique hors norme, elle est même d’une taille moyenne,

mais elle a déjà pour elle d’être une fille de Kendor [étalon-vedette de la

Reboursière jusqu’à sa disparition, ndlr], qui s’est révélé être un excellent

père de mère et elle a toujours fait de beaux poulains. Dibenoise n’a pas immédiatement  donné 

des  champions, mais tous ses

produits sont passés sur le ring et ils se sont toujours  bien 

vendus.  Le  premier 

champion  a  été 

Corre Caminos (Montjeu),

le propre frère de Récital.

C’était un cheval très sanguin et on a été obligé de le castrer en fin d’année

de 2ans. » Dibenoise a ensuite continué de donner naissance à de bons chevaux,

mettant au monde l’année suivante Racinger

(Spectrum), vainqueur de Prix du Muguet (Gr2) et triple lauréat de Gr3,

avant de devenir étalon au Haras national du Lion-d’Angers. L’année suivante,

Dibenoise a donné écume du Jour (Hawk

Wing), une jument honnête « qu’on a rachetée aux ventes d’élevage 170.000€,

confie Aliette Forien. Elle est d’ailleurs suitée d’une jolie foal de Montjeu.

» Vient ensuite Glamstar (Numerous),

un poulain qui a tourné vinaigre après avoir montré de belles choses chez

Jean-Claude Rouget. C’est alors qu’est né Récital (Montjeu), « sans doute le plus beau yearling que j’aie

jamais présenté sur un ring, avoue Aliette Forien. Ça n’est pas pour rien qu’il

a fait le deuxième prix de la vente à 750.000€. C’est un poulain magnifique,

qui a tout pour lui et qui a immédiatement séduit sur la piste. Après lui, il y

a sa propre sœur, une foal, qui passera probablement sur le ring l’été

prochain. »

L’ON REPARLE D’AMÉRICAIN…

François Geffroy et Gilles

Forien sont partis à plusieurs reprises ensemble aux États-Unis, à la conquête

de sang américain. Ensemble, ils ont acheté une certaine Round the Rosie (Cornish Prince), la

troisième mère d’Américain (Dynaformer).

« Ils partaient souvent aux États-Unis ensemble et quand ils ont acheté Round

the Rosie, mon mari n’était pas très emballé, nous a confié Renée Geffroy.

Durant la vente, François avait dit à Gilles qu’il n’avait plus les moyens,

mais Gilles a quand même mis une dernière enchère et ils sont revenus avec la

jument. Elle nous a donné Green Rosy (Green

Dancer), qu’on a conservée et qui nous a donné de nombreux champions. » Green

Rosy est la mère de l’étalon majorien (Machiavellian),

deuxième du Grand Critérium (Gr1) et d’un Gr1 aux États-Unis, et d’America (Arazi), une jument qui avait

été vendue 2,3 millions de francs à Wertheimer & Frère en 1999 et qui est

ensuite devenu la mère du premier cheval français à remporter le Melbourne Cup

(Gr1) : Américain !